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Circulation des armes de guerre: Trafic ou complot contre le Cameroun ?

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Si en juillet 2014, des armes de guerre ont été saisies à Moloundou, ville camerounaise frontalière  avec le Congo, le 5 octobre courant, armes et chanvre ont justifié une descente des forces de l’ordre à Ekounou, en plein cœur de Yaoundé. On se souvient qu’en 2013, cinq trafiquants camerounais avaient été arrêtés au Tchad alors qu’ils s’apprêtaient à regagner leur pays avec des armes enfouies dans des sacs d’arachide. En septembre dernier, un chef local de Boko Haram a été arrêté à Kousseri où une importante cache d’armes a été découverte. Le Cameroun, plaque tournante d’un trafic d’armes destinées à Boko Haram ou  activités criminelles d’une rébellion armée en gestation? Dans une région où les frontières sont poreuses et propices à toutes les formes de contrebande, il est difficile de dissocier ces deux hypothèses, au regard de la récente actualité qui fait état d’une tentative de déstabilisation du pays à partir de la République centrafricaine.

Selon la presse internationale citant des responsables sécuritaires camerounais, «le Cameroun, pays frontalier du Nigeria, est devenu ces dernières années une plaque tournante d’un trafic international d’armes de guerre destinées au groupe islamiste armé nigérian Boko Haram». Les découvertes de caches d’armes se multiplient au Cameroun depuis un certains temps, notamment à l’Extrême-Nord ou sévit Boko-Haram,  à l’Est avec la présence de groupes armés dont la Seleka, mais aussi à l’intérieur du pays. Si «le trafic se passe entre le Tchad et le Nigeria,  comme il n’y a pas de route directe entre les deux pays, les trafiquants transitent par le Cameroun», dit-on. Certaines armes sont stockées au Cameroun, en attendant leur utilisation par les islamistes nigérians ou pour d’autres fins. On se souvient des deux policiers mis en détention en février 2014 dans les cellules du Groupement mobile d’intervention n°2 de Douala pour une affaire d’importation et d’escorte d’armes de guerre. Selon  le journal L’Equation, «Il n’est non plus superflu de comprendre les chefs d’accusations qui accablent certains hauts gradés de l’armée de passage dans les tribunaux militaires. Et dans la Police, ceux sont des complicités qui sont tissées entre les importateurs d’armes et les commissaires de police qui leur servent de couvertures pour convoyer des armes à leurs destinations».

Munitions

En avril 2014 un Srilankais qui s’apprêtait à embarquer à bord d’un vol de la Royale air Maroc (Ram) à destination de Casablanca, a été rattrapé à la suite de la détection  dans l’une de ses valises, des torches dans lesquelles étaient enfouis des explosifs. De sources militaires, le 14 juin 2014, une grande quantité d’armes et de munitions ont été saisies dans les environs de Blangoua, non loin du village Larisky. Il s’agit de 34 fusils AK47, 61 chargeurs, une mitrailleuse 12,7 de fabrication chinoise avec 440 munitions, 778 munitions de 7,62. Il y a quelques mois, la Crtv annonçait, à plusieurs reprises, que les forces de défense avaient saisi quelque 5.400 armes à feu dans l’Extrême Nord du pays. Issa Tchiroma Bakary s’était alors fendu d’un satisfecit : «cette saisie  est la meilleure façon de démentir les allégations selon lesquelles le Cameroun sert de base aux insurgés, en vue de déstabiliser d’autres pays». Etonnée,  la population de la localité incriminée s’est montrée surprise suite à cette annonce car il n’y a eu aucun mouvement récent dans leur zone. « Ce sont les menteurs. (…) Je suis le chef du village. Si c’était vrai, je devrais être informé par mes sujets. Les choses pareilles sont montrées à la télé et reportées à la radio. Si c’était vrai, pourquoi ils ne l’ont pas fait, alors qu’ils passent leur temps à montrer les petits bandits à la télé pour montrer que les militaires font le bon travail ? Il ne faut pas être trompé» a déclaré le chef de village de la région de la supposée saisie !

En tout cas, le Cameroun est entré dans l’œil du cyclone de la violence. Les armes circulent de l’Est à Ouest et du Nord au Sud. En rajouter n’est pas nécessaire. Ce qu’il faut savoir, au-delà de l’évidence de l’existence de plusieurs réseaux de trafics d’armes en direction de Boko Haram ou d’autres groupes armés, concerne la sûreté de l’Etat. Y a-t-il des commanditaires dans le  réseau, visant à déstabiliser le pays par une insurrection armée comme l’a laissé supposer le gouvernement ? La mise en action de la Justice s’avère dans ce cas essentielle, maintenant que Me Harissou et Aboubakar Sidiki sont  supposés être en attente de jugement, pour complot  à partir de  la frontière centrafricaine, l’un des points de passage des armes de guerre.

Edouard Kinguè

Focal: Des armes, des éléphants, des hommes…

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En septembre dernier, des armes ont été saisies  à Dabanga dans le septentrion. 5 000 munitions de Kalachnikov et des pièces d’armes de guerre démontées ont été extraites du véhicule. L’arsenal que l’on dit en provenance du Tchad/Soudan s’apprêtait à être livré au Nigeria. On sait depuis des lustres qu’un vaste réseau de trafic d’armes existe entre le Tchad et le Nigeria, en passant par le Cameroun. En janvier, les forces de sécurité camerounaises ont arrêté un homme qui tentait de faire passer 655 armes à feu au Nigeria. En septembre 2013, selon les autorités et les médias locaux, 5 400 fusils AK-47 ont été saisis à l’arrière d’un pick-up à Maroua, la capitale de l’Extrême-Nord. La région demeure une zone de trafic, car elle est proche du Nigeria. «Avant le déploiement des forces de sécurité spéciales du Groupe d’intervention rapide en 2009  l’Extrême-Nord était en proie à de nombreux coupeurs de route armés de mitrailleuses légères. Mais aujourd’hui, selon nos sources, les vols armés ont diminué dans l’Extrême-Nord et ont laissé la place aux trafiquants d’armes qui visent maintenant de nouveaux marchés au Nigeria voisin», a dit un gendarme de la division du renseignement. En raison de l’étendue des frontières de la région, les trafiquants peuvent parfois traverser la région sans être repérés. Les enlèvements, les déplacements irréguliers d’étrangers et l’afflux de réfugiés de Rca, du Tchad, du Nigeria et du Soudan sont autant de menaces contre la sécurité de l’Extrême-Nord. Les autorités craignent que les camps de réfugiés servent de cachettes aux activistes ou deviennent la cible d’attaques.

Le Cameroun accueille actuellement une centaine de milliers de réfugiés, principalement originaires de Rca. Les attaques incessantes de Boko Haram et les affrontements entre le mouvement islamiste et l’armée ont forcé environ 5000 Nigérians à chercher refuge au Cameroun. Le nombre de réfugiés nigérians est ainsi passé à 12 000, dont 2 185 ont été installés dans un camp du Haut-commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (Hcr) dans l’Extrême-Nord. Les troubles qui secouent la région alimentent le commerce des armes. En Rca, le régime actuel n’a pas encore évalué ni retrouvé les millions d’armes qui auraient été pillées dans l’arsenal du gouvernement. Après les guerres, les armes à feu sont vendues à des prix relativement bas : une véritable opportunité commerciale pour les trafiquants. Avec 15.000fcfa, 25.000fcfa, 50.000fcfa l’on peut acquérir une arme. La facilité observée dans le maniement des armes, leur vente à vil prix, ramènent à l’ordre du jour les résultats des enquêtes réalisées en 2008 par Wwf.  Les kalachnikovs provenant du Congo Brazzaville étaient vendues à 100.000 Fcfa la pièce. Les violences enregistrées et l’instabilité politique en Rca ont davantage exacerbé la situation au point, qu’une arme se négocie aujourd’hui à 50.000 Fcfa.

Des sources affirment que depuis janvier 2014, cinq kalachnikovs ont été saisies entre les mains des braconniers, et 30 éléphants ont été abattus. La circulation des armes légères acquises illicitement est également en hausse. Environ 45 armes légères ont été saisies au cours d’une opération anti-braconnage en avril 2013. Près de 40 éco-gardes, appuyés par 26 militaires du Bir ont aussi arrêté une vingtaine de personnes au cours des opérations menées sur le terrain. Selon Djogo Toumouksala, le délégué régional des Forêts et de la faune de l’Est, «en procédant à la fouille sur les lieux où étaient dissimulées les armes acquises illégalement, les éco-gardes ont également découvert que certains suspects avaient enterré leurs armes pour que celles-ci ne soient pas confisquées». Selon le Wwf, des rebelles centrafricains qui utilisent des armes de guerre ont déjà massacré environ 500 éléphants depuis 2007 dans les aires protégées de l’Est. Le Fonds mondial pour la nature (Wwf) qui appuie techniquement et logistiquement le Minfof dans la lutte contre le braconnage révèle qu’«environ 100 kalachnikovs ont été saisies dans les aires protégées de l’Est depuis 2007, en provenance de la République centrafricaine et du Congo-Brazzaville». Environ 500 éléphants ont été abattus depuis 2007 avec des kalachnikovs. En 2012, les investigations menées par la même organisation montrent que la kalachnikov se vendait à 60 000 Francs à Moloundou, ville frontalière avec le Congo-Brazzaville. Ces armes sont utilisées pour abattre des éléphants à cause de leurs pointes. «La criminalité faunique a atteint une cote d’alerte à cause de la crise en Rca». Celui-ci se souvient qu’en 2013, une bande armée avait investi une concession forestière et abattu 26 éléphants sous le regard impuissant des vaillants éco-gardes qui ne pouvaient rien face à l’armement de ces derniers.

Edking

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