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Les cimetières à Douala ne peuvent plus accueillir les morts

cimetière-Douala

A quelques mètres du vacarme des motos et des voitures, le cimetière de Deido, l’un des plus grands de Douala, capitale économique du Cameroun, est calme. « Ici, c’est la maison des morts. Et les morts ne parlent pas. Ils se reposent », rigole un fossoyeur occupé à la réfection d’une tombe. Aidé par trois compères, le jeune homme mélange du ciment à de l’eau dans un petit seau noir, met la pâte avec précaution sur un carreau qu’il dispose ensuite sur le caveau surmonté de trois escaliers. « Cette famille célèbre l’anniversaire de la mort de leur patriarche, explique-t-il. Ils veulent que tout soit propre. »

Pour se déplacer, le fossoyeur et ses amis sont obligés de marcher sur des tombes. « Nous n’avons plus peur des morts », assure l’un d’eux, par ailleurs maçon, en allant chercher un outil dans son vieux sac à dos. En réalité, il n’a vraiment pas de choix : tous les espaces du cimetière sont occupés par des tombes, construites les unes près des autres. Dans la capitale économique du Cameroun, une ville de plus de deux millions d’habitants, des familles peinent à trouver un espace où enterrer leurs morts.

Se contenter d’un « petit espace »

A la mort de son oncle en mai dernier, Robert Ngando, en tant que neveu le plus âgé, est allé au cimetière de Deido « chercher un espace » où enterrer celui qu’il appelait affectueusement « Papa Tom ». Accompagné de ses frères, il n’a pas trouvé l’endroit idéal. « Ils nous ont indiqué un petit espace dans des herbes, se souvient-il. Nous n’avons pas voulu. Nous sommes allés l’enterrer au village. »

« Ce n’est pas seulement le cas ici, justifie Claude Emmanuel Mbella, gestionnaire du cimetière de Deido. Tous les cimetières de Douala sont pleins. Il n’y a vraiment plus de grands espaces dans ces lieux. »S’il ignore la superficie exacte de cette nécropole qu’il dirige depuis douze ans, Emmanuel Mbella reconnaît néanmoins que les familles qui ont la chance de trouver un endroit où enterrer leurs membres décédés doivent se contenter d’un « petit espace ». Le plus souvent de 1,70 m de longueur sur 1,30 m de largeur, pour une profondeur de 1,40 m.

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Au cimetière du quartier Ngodi, au nord de la ville, des tombes s’étendent à perte de vue. A chaque pas, on bute sur l’une d’entre elles. Le soleil qui brille en ce début de matinée n’empêche pas Samuel Tobbo, le gardien des lieux, d’y faire un tour. Il l’avoue : au fil des années, les espaces disparaissent à vue d’œil. Il pointe du doigt un petit lopin de terre au milieu de plusieurs tombes. « On peut encore enterrer un mort là », indique-t-il, plein d’espoir.

Dans un champ de bananes

Plus loin, à la limite du cimetière, on aperçoit une petite bananeraie. Là-bas aussi, assure Samuel Tobbo, on peut enterrer des morts. « Les familles n’aiment pas y aller car ce sont des marécages », murmure un riverain.

Ce manque d’espaces pour les morts inquiète les habitants de Douala, qui doivent débourser entre 10 000 francs CFA (environ 15 euros) pour les autochtones et 25 000 francs CFA (38 euros) pour les autres pour un lopin de terre. « On n’a pas besoin d’être sorcier pour voir que dans nos cimetières, la majorité des espaces est occupée, peste Paul, 39 ans. Quand j’étais petit, chaque mort avait sa petite maison au cimetière. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On n’a même plus l’opportunité d’avoir l’espace désiré. »

Il y a quelques années, la Communauté urbaine de Douala, en charge de l’entretien des cimetières, a décidé d’en délocaliser certains dans des zones périphériques. L’attente se fait longue : « Cela fait près de dix ans », soupire Claude Emmanuel Mbella. Au cimetière de Ndogpassi, quartier périphérique situé à l’est de Douala, un fossoyeur confie ses craintes : « Tant qu’on creusera les tombes n’importe comment dans le cimetière, on aura toujours un souci d’espace. Il faut former les fossoyeurs. »

Source : © Le Monde.fr

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