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Château Rouge: Des Camerounais exportent la débrouillardise à Paris

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Pour joindre les deux bouts, nos compatriotes se livrent à toutes sortes d’activités en occurrence le petit commerce, la prostitution …Le Camerounais qui débarque pour la première fois à Château Rouge en France, n’est pas dépaysé. Dans ce quartier, point besoin d’ouvrir grand les yeux pour reconnaître les ressortissants camerounais, de la foule d’Africains qui écument les rues de cet arrondissement de Paris 18 ème. Loin de l’Afrique, des «mintoumba» – gâteaux faits à base de pâte de manioc et d’huile de palme- très prisés en pays bassa, sont exposés dans une échoppe. Plus loin, des safous, des arachides fraiches et des plantains à la braise sont vendus à la camerounaise. 237online.com Juste à côté de tout ce décor, des superettes spécialisées dans la commercialisation des produits exotiques en provenance d’Afrique, exhibent les bières qui ont pignon sur rue au Cameroun. «Une fois par semaine, je fais venir du Cameroun, des bières auxquelles les compatriotes sont habitués ; cela leur permet de garder un petit contact avec le pays», lâche

Le quartier compte aussi des bars et des restaurants

tout sourire Bertrand, propriétaire d’une superette. Guinness, Castel beer, 33 export, Kadji beer, sucreries et autres boissons gazeuses brassées au Cameroun, sont là pour étancher la soif des nostalgiques du pays. C’est que Château Rouge est connu depuis les années 1990 pour la spécificité des produits qui y sont vendus par des commerçants aussi bien français, maghrébins ou chinois qu’originaires d’Afrique subsaharienne ou du sous-continent indien. L’offre en boutiques (plus d’une centaine) y est à la fois abondante et diverse, qu’il s’agisse de produits alimentaires frais ou transformés, de tissus, de vêtements, de cosmétiques et de produits culturels (CD, DVD, articles religieux). Le quartier compte aussi des bars et des restaurants, des artisans (des tailleurs, par exemple) ainsi que diverses activités de service (téléphonie, fret, coiffure, etc.). Les nombreuses affiches placardées sur les murs et le mobilier urbain, annonçant des concerts, des soirées dansantes («nuit sénégalaise», «nuit congolaise») ou prêches évangéliques en banlieue (très rarement à Paris et jamais à Château Rouge même), témoignent de la centralité du quartier en termes de réseaux sociaux. De nouvelles boutiques sont régulièrement ouvertes par des entrepreneurs qui cherchent à s’insérer dans ce lieu et ce créneau particuliers, et ce, malgré la politique de diversification des activités commerciales menée par les pouvoirs publics depuis plusieurs années. En réintroduisant des commerces de proximité, la municipalité cherche en effet à faire du quartier un «lieu de vie» pour ses habitants et pas seulement un «lieu de passage» pour des usagers venus de l’extérieur. Mais Château Rouge conserve son image de quartier «africain».

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HONTE

Si à Château Rouge, on est bien dans le fief des Africains, ce sont les mets camerounais qui font la loi. Un plat de «Ndolè» se déguste ici entre 20 et 25 Euros. Sept safous s’achètent à 5 Euros et pour un maïs grillé, il faut au moins prévoir 2 Euros. «Des prix qui ne peuvent pas te permettre de faire grand-chose, juste t’acheter un peu à manger et attendre le lendemain. Je ne peux pas retourner au pays. J’ai très honte. Beaucoup sont dans ma situation pour avoir vendu ce qu’il avait au pays avant de se lancer dans l’aventure à Paris. Tous, nous regrettons, mais c’est le regard qu’on posera sur moi par exemple, qui me contraint, et là c’est bien dit, à rester ici, quitte à mourir. Si j’avais un conseil, ce serait de dire aux autres que ce n’est pas facile ici, surtout lorsqu’on est en situation irrégulière. Personne ne peut vous embaucher. Et dans ce cas, bienvenue dans la vraie galère ! Si vous avez des moyens, autant développer votre activité au pays, et venir ici pour des congés et autres», indique posément Raoul. Son assiette de prunes et plantains sur le poignet, baskets aux pieds, le jeune homme est sans cesse mobile. «La police ne nous laisse pas tranquille. Lorsque les services d’hygiène viennent, c’est le sauve-qui-peut. Vendeurs de poissons fumés, de gombo, de bifaga (hareng, Ndlr), etc. chacun veut se sauver», relate-t-il. La police en a après la colonie de commerçants camerounais à cause de l’insalubrité qu’elle génère et qui n’est pas sans rappeler certains de nos marchés locaux.

 

EBAUCHE DE SOLUTION

Dans cet environnement, plusieurs immigrés explorent les voies et moyens qui peuvent les ramener au bercail. Parmi elles, un accompagnement de l’Etat français, disposé à mettre une petite enveloppe à ceux qui voudraient rentrer dans leurs pays. Le hic : «Que vais-je dire aux gens auprès desquels j’ai contracté des prêts ? Je préfère évoluer dans le noir, espérant que le soleil brillera, même après des décennies. Moi, je suis même mieux ; plusieurs se débrouillent en journée, et une fois la nuit tombée, se livrent à la prostitution», glisse François M. Qui totalise cinq ans dans la galère des rues du Château Rouge et est conscient de ce que la fin du calvaire n’est pas pour demain. Et dire que malgré la misère qui se lit sur les visages de certains Camerounais basés à Château Rouge, nombre de personnes caressent toujours l’espoir de s’installer en France.

 

ALKALI

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