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Ce qu’il faut savoir sur le culte des crânes en pays Bamiléké

Les populations bamiléké de l’Ouest du Cameroun vouent un véritable culte aux crânes humains qui font partie du décor dans chaque famille. Des rituels de toutes sortes sont organisés autour de ces crânes, soit pour témoigner son attachement au disparu, soit pour se protéger de maléfices.

« La civilisation nous a prêté toutes sortes de clichés souvent dégradants, mais il ne s’agit nullement de vénération, de pratiques mystiques ou maléfiques. A part les marginaux, nos morts sont considérés comme faisant toujours partie de la famille. C’est pour cela qu’ils gardent une place importante dans nos traditions, nos concessions et dans nos coeurs », explique M. Delors Nkemche, originaire de Bandjoun.

Chaque concession de cette région du pays dispose en effet d’un endroit réservé aux morts, représentés par leur crâne ou par des objets (cailloux, vêtements), où les vivants viennent se recueillir régulièrement. « Rien à voir avec la profanation, au contraire. C’est exactement comme avec la gerbe de fleurs qu’on vient déposer sur une tombe, ou le bocal de cendres mortuaires que certains conservent ailleurs. Chez nous, les morts représentent le ciment de la famille et intercèdent auprès du Seigneur », poursuit M. Nkemche.

Cependant force est de constater que ces propos pourront difficilement balayer le mythe et les légendes entretenus autour de cette pratique en pays bamiléké. Quelque dix ans après les obsèques, le temps qu’il se détache du reste du squelette, le crâne est exhumé par des initiés au cours d’un rituel convenu et déposé dans une case réservée à cet effet, à l’abri de la pluie. C’est ici que chaque membre de la famille, par l’intermédiaire de son chef, qui est chargé de l’organisation de la cérémonie, et selon ses problèmes existentiels ou ses désirs, vient se confier à son (ses) mort(s), soit pour demander pardon, soit pour requérir le pardon de Dieu par l’entremise du disparu, réputé saint.

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Il doit, pour cela, accompagner son geste d’offrandes, dont les plus importantes sont le sel, le vin et, surtout, l’huile de palme brute. « Dans le passé, cette dernière denrée était particulièrement rare dans notre région. Et le fait de l’offrir au disparu est une preuve d’amour. Le crâne sert de « reliance » sociale et spirituelle, c’est pour cela que le noyau familial reste très soudé chez nous », souligne pour sa part Marguerite Nana, originaire de Baham. Ici, point besoin d’une grande quantité d’huile, quelques gouttes sur le crâne suffisent, accompagnées d’autres objets symboliques pour la confession qui, souvent, est individuelle.

Ce rituel est suivi par une séance d’expiation et de réconciliation avec la famille et par un repas commun. On peut, au cours de cette séance, implorer l’intercession des ancêtres auprès du Seigneur pour obtenir le bonheur, la longévité et la prospérité. Le culte des crânes peut également revêtir d’autres formes. Il en est ainsi des personnes éloignées de leur pays ou de leur lieu d’origine, et qui, dans leur déplacement, emportent ou font venir de la terre prélevée sur la tombe et mélangée à la fameuse « huile rouge », qu’ils peuvent humer ou sucer en parlant à leurs morts.

« Il n’y a strictement rien de choquant à cette pratique. Certains parlent à Dieu directement, nous nous adressons à lui à travers nos morts. Le message reste peut-être le même, mais la manière et la symbolique font notre spécificité », conclut Marguerite Nana.

panapress.com

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