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CAN 2019 et les dessous de l’Académie de Football

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Formation professionnelle et technique en football de haut niveau. Vieux dossier réchauffé pour distraire ou envie affichée de restructurer le sport-roi au Cameroun ? Après avoir formulé son vœu de créer une école supérieure de football pour la jeunesse de son pays, le chef de l’Etat a signé hier, jeudi 25 septembre, un décret pour lancer la construction de cette institution qui se chargera de l’initiation et l’encadrement des jeunes à la pratique du football de haut niveau.

« J’envisage de mettre à l’étude la création d’une école supérieure de formation au football (Esff), (…) Cette école aura pour mission d’encadrer et perfectionner les jeunes qui montreront des dispositions exceptionnelles pour notre sport roi ». Ainsi parlait Paul Biya le 10 février 2010, lors de son traditionnel discours à la jeunesse. Quatre ans plus tard, le dossier qu’on croyait enterré (comme beaucoup d’autres), vient d’être ramené au dessus de la pile. Selon ce décret présidentiel, lu hier au journal parlé de 13h du Poste national de la Crtv, cette Académie aura pour missions : « l’initiation et l’encadrement des jeunes à la pratique du football de haut niveau,  la formation initiale et continue des formateurs à l’enseignement théorique et à la pratique élaborée du football, le développement de l’expertise nationale dans les métiers liés au football, la collecte, la conservation et la diffusion de la documentation relative au football,  la recherche fondamentale et appliquée liée aux métiers du football ».

Dans son architecture organisationnelle, ladite Académie devra comprendre trois divisions spécialisées. La première est relative à la formation aux métiers liés au football. La seconde à la formation professionnelle et technique en football de haut niveau, et la dernière sera consacrée à la recherche et de la documentation en football. « D’autres divisions spécialisées peuvent être créées en cas de besoin », précise le décret qui ne renseigne pas (encore) sur l’identité des responsables qui devront gérer cette structure d’où vont naître des nouvelles pépites du sport-roi au Cameroun. Quoiqu’à la lecture dudit décret, l’on apprend que l’organisation administrative et académique, ainsi que les modalités de fonctionnement de l’Académie seront fixées par un texte particulier qui reste attendu.

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Mondial 2014

Pour peu qu’on s’en souvienne, l’annonce de la création de l’académie survenait au lendemain de la contre-performance des Lions indomptables en Coupe d’Afrique des nations (Can) 2010 en Angola. Les rois de la forêt qui venaient de sceller leur union avec la débâcle, étaient sortis au second tour, laminés par l’Egypte (1-3). Donnant ainsi le premier d’une série de mauvais résultats dont la conséquence macabre reste les Can manquées de 2012 et 2013 auxquelles viennent se greffer la double déconfiture aux deux éditions du Mondial 2010 et 2014. Le rendez-vous brésilien à l’issue duquel les poulains de Volker Finke ont frisé le ridicule en enregistrant zéro point au compteur, avec neuf buts encaissés couronnés par une dernière place du classement de la compétition : 32e sur 32 équipes. Une performance insoutenable qui avait poussé Paul Biya à ordonner une enquête sur les causes de cette débâcle.

Même si les résultats n’ont jamais été publiés, certains pensent que ce décret est une réponse du premier sportif camerounais à ceux qui rêvaient d’un football professionnel bien élaboré depuis la base jusqu’au sommet. Mieux, Paul Biya, en excellent stratège, a attendu que la Confédération africaine de football accorde ses voix au Cameroun pour l’organisation de la Can 2019 pour signer (son) décret. Le dossier de candidature du Cameroun n’avait-il pas été ficelé depuis le palais d’Etoudi ? Un bel argument de propagande pour celui qui va certainement se représenter aux élections présidentielles de 2018.

Usine de production de footballeurs ?

Toutefois, cette « bonne nouvelle » laisse les puristes du foot sur leur faim. Les diplômes obtenus dans cette grande école seront-ils validés par le ministre de l’Enseignement supérieur qui est par ailleurs, chancelier des ordres académiques ? Sur quelle prisme devra fonctionner l’Académie : sport-études ou va-t-il uniquement se confiner en une usine de production de footballeurs ? Que va apporter cette académie en plus, dans l’univers déjà saturé des écoles privées existantes ou celles des sociétés brassicoles tels les Brasseries du Cameroun, la Kadji sport Academy et Cie ? Autant de questions que le fameux décret fort encensé par les thuriféraires du régime Biya ne répond (malheureusement) pas.

Christian TCHAPMI | Le Messager

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