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Cameroun : le système éducatif paralysé par le déficit en enseignant

Le déficit en enseignants dans le système éducatif camerounais a été estimé à plus de 16 000. Quelle solution pour combler le vide ?  Aux termes de la constitution du 18 janvier 1996, l’Etat du Cameroun assure à l’enfant le Droit à l’éducation (instruction), l’enseignement primaire est obligatoire public et laïc ouvert à tous sans distinction. Dans l’article 3 de la loi d’orientation de 1998, l’Etat consacre le bilinguisme (français-anglais) à tous les niveaux comme gage de l’unité et de l’intégration nationale.

Ainsi, la loi no98 /004 du 14 avril 1998 fixe le cadre juridique de l’orientation de l’éducation au Cameroun. Enseignement privé est régi par la loi no2004/022 du 22 juillet 2004 fixant les règles relatives au fonctionnement et à l’organisation des établissements privés. L’adoption de ces lois a été à l’origine de la création d’un raz de marées d’établissements scolaires secondaires tant privés que publics. Vu l’évolution galopante de la population majoritairement jeune ainsi que l’augmentation du taux de scolarisation avec la présence de nombreux établissements, un problème fait surface : celui du manque exorbitant en enseignants. Dans le cas échéant, l’enseignement secondaire est le secteur le plus affecté par ce déficit au Cameroun.

En Août 2015, lors de la polémique sur la non intégration directe des diplômés des Ecoles Normales Supérieures, on évaluait un déficit de plus de 16000 enseignants au Minesec. Quels sont les mobiles qui sont à la cause de ce déficit ? La situation qui prévaut actuellement au Cameroun est l’aboutissement de plusieurs manœuvres à la fois fonctionnelles et conjoncturelles. D’abord, nous avons le problème du non analyse des préalables et conditions favorables à la création des établissements. Ce qui explique la différence entre le taux de création d’établissements qui est supérieur au taux d’enseignants formés qui est inferieur. Ici, l’Etat crée plus de collèges et lycées qu’il en forme. Nous retrouvons ainsi un manque considérable en enseignants. En plus, nous avons les mutations au sein du Ministère des Enseignements Secondaires pour d’autres ministères qui ne sont pas pourtant remplacées ce qui laisse à cet effet un vide.

Dans la même mouvance, la conjoncture économique ne permet pas à l’Etat de financer la formation et l’intégration en masse des enseignants comptant sur les coopérations avec les bailleurs de fonds comme l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour la Science, l’Education et la Culture) qui à leur niveau, limite le nombre de formés qui ne peut couvrir la demande nationale. La raison qui gangrène et catalyse le déficit en enseignants dans les collèges et lycées de l’enseignement général et technique est lié au manque de conscience professionnelle et au favoritisme lié à son tour à des considérations historiques et géographiques et surtout des diversités entre les établissements des villes et des campagnes.

A ce niveau, nous remarquons un manifeste déficit en milieu rural. Les diversités villes-campagnes désavantages cette dernière. D’abord les considérations politico-historiques sont à l’origine de la popularité des certains établissements des villes les gonflant en effectif d’enseignants en lésant ceux des campagnes. A titre illustratif, les grands lycées des grandes villes telles que les chefs-lieux de régions, départements et arrondissements excèdent en enseignants. Qu’est ce qui cause cette situation ? Le manque de conscience professionnelle sus évoqué en est le moteur. Nous constatons à suffisance que certains enseignants affectés en zones rurales désertent de leur lieu de service laissant leur poste. Ces derniers brandissent de motifs divers et des certificats médicaux .Toutes ces machinations visent la réaffectation de ces derniers en ville pour des raisons sanitaires.

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C’est la raison pour laquelle nous nous retrouvons avec un trop plein d’enseignants en zone urbaine alors que les campagnes en manque d’enseignants. Ce sureffectif a pour résultat, des enseignants qui dispensent 4 à 6 heures de cours par semaine certains n’y dispensent pas. Comme exemple nous avons le Lycée Général Leclerc qui a 300 enseignants pour un effectif de 6352 élèves (année scolaire 2015 /2016). Le sureffectif des enseignants des établissements urbains a aussi été noté au Lycée Classique de Bertoua au cours de l’année scolaire 2014/2015 avait 91 avec 18 d’HIST/GEO/ECM. Face à une telle situation certains enseignants ne dispensent pas cours et se livrent à d’autres activités.

En dernier ressort, nous avons les faux patriotes faisant partir de ceux qui n’aiment leur emploi. Ces derniers considèrent l’enseignement comme tremplin permettant à ceux-ci d’intégrer la fonction publique et d’avoir le matricule. Après l’obtention du matricule, ils prêtent des sommes exorbitantes à l’Etat et abandonnent ainsi le métier et investissent ailleurs, nombreux des hommes affaires furent enseignants. Il faut reconnaitre les efforts aménagés par l’Etat en vue de récompenser ceux-là par la détermination et leur dévouement, sont promus à des grades supérieurs voués à des responsabilités comme surveillant général et censeur. Bien que faisant le bonheur des promus, il promeut la discipline dans les établissements, mais ces nominations contribuent à coup sûr au déficit. Car, la plupart des établissements urbains et populaires sont des véritables poubelles des surveillants généraux et censeurs. Les prérogatives de ces postes prévoient aussi la réduction des heures de cours de ces derniers.

Irrégularités au Lycée Général LeclercAu Lycée Général Leclerc par exemple, nous avons 18 censeurs pour 6352 élèves ce qui implique le non respect des textes du Minesec qui prévoit un censeur pour 400 élèves. La réduction d’heures de cours impacte beaucoup sur les établissements de campagne quand le personnel administratif est élevé. Ce vide oblige ainsi les chefs d’établissements à solliciter les services des vacataires. Pour illustrer cette situation en zone rurale, nous avons le cas du Lycée de Yemessoa I(Arrondissement d’Obala) jeune établissement créé en 2004 qui de nos jours a un corps d’enseignants formés n’atteignant pas 20 . Mais nous constatons ici qu’il est composé d’un personnel administratif à hauteur de 12 cadre dont 6 surveillants, 5 censeurs et le proviseur mais avec près de 10 vacataires pour près de 1000 élèves.

Pour atteindre les objectifs du millénaire, il est urgent qu’une prise de conscience collective soit prise par les décideurs du Minesec ainsi que par les enseignants. Le gouvernement doit s’attarder sur l’éducation gage du développement d’une nation par la production des compétences. L’Etat doit travailler en osmose avec les bailleurs de fonds afin de multiplier les coopérations pour l’édification d’une éducation solide à tous les niveaux.

Sources : Camer.be

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