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Cameroun – Journalistes et ministres: Des malentendus parfois… mortels

La récente sortie médiatique du député William Mandio a jeté un pavé dans la mare du système de défense au Cameroun. Au banc des accusés, le ministre Mebe Ngo’o qui n’est pas au bout de ses peines. Avant sa tragique disparition, le journaliste Koum Koum enquêtait sur la fortune du ministre de la défense. Il avait déjà publié une série d’enquête sur la question.Que cela vienne d’un ancien journaliste, ou d’un reporter encore en fonction n’est pas gratuit, loin s’en faut. Aussi loin que remontent les souvenirs, ce n’est pas la première fois qu’un ministre est pris à partie dans les médias. Entre rumeurs et « révélations fracassantes », on y perd son latin.

On se souvient du temps ou Georges Ngango, aujourd’hui décédé, était en charge de l’éducation. La presse fit les choux gras de son fils, collégien au sud, qui aurait eu un coup de pouce de son ministre de père, pour passer l’examen du Bepc. Celui-ci, mis au courant avant la distribution du journal dans les kiosques, fit confisquer tous les exemplaires trouvés …à l’imprimerie et les fit dit-on, brûler.

Comparaison n’est pas raison, mais la relation entre les membres du gouvernement et la presse ne baignent pas toujours dans l’huile , et les ‘coups’ peuvent aller dans tous les sens. Bounougou Fouda, alors journaliste au combattant, journal aujourd’hui en ‘léthargie’, fut interpellé en pleine rédaction et gardé à vue dans les locaux de la police. Il y a de cela …une trentaine d’années. Au cours d’une visite de travail à l’école de police de Mutenguene, le ministre Ekani alors en charge de la police dénonça le comportement anti-professionnel de certains de ses éléments. Le compte rendu fait par le journaliste ne fut pas du goût de ce membre du gouvernement qui le fit arrêter sans autres formes de procès.

Sans nécessairement faire montre de brutalité comme Denis Ekani, il faut dire que de nombreux ministres font l’objet de dénonciations par voie de presse, pour cause d’indélicatesse, de boulimie financière ou de mœurs…contre nature. Nous pouvons citer Grégoire Owona, présenté comme homosexuel sur une liste publiée sans aucune précaution par la presse. En réaction, accompagné de son épouse, le ministre a intenté un procès en diffamation contre certains journaux. Grégoire Owona avait décidé de saisir la justice pour laver son honneur après avoir vainement exigé que les journaux en question lui présentent des excuses publiques. A la deuxième moitié des années 2000 Polycarpe Abah Abah alors fringant ministre de l’Economie et des Finances poursuivit des journalistes pour diffamation, au sujet de sa présumée fortune. Ce fut une véritable ‘campagne judiciaire’ avec pas moins d’une demi-douzaine d’organes poursuivis. Entre autres, sous la plume d’un certain…Peter William Mandio, le journal ‘le Front’ arguait que « Polycarpe Abah Abah avait suffisamment d’argent pour entretenir une rébellion armée pendant 20 ans ». Pas moins !

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Abah Abah avait déposé des plaintes contre plusieurs journaux dans les villes de Yaoundé, Douala, Ebolowa, Sangmélima, Kribi, Akonolinga et Bafia. Selon ses conseils à l’époque, l’esprit de ces procès n’était pas de combattre la presse, mais de fustiger ce que le plaignant appelait « une presse de haine, de jalousie, qui incite au meurtre… »

Meurtre, ce sont pour le moment des journalistes qui laissent leur peau sur le carreau. Exit Koum Koum qu’une semi-remorque folle avait opportunément écrabouillé en pleine enquête sur des dossiers brulants à l’entame de l’axe lourd Yaoundé-Douala. Voici Bibi Ngota, dont le fantôme n’a pas encore fini de hanter les mémoires. Le mercredi 04 juillet 2012 au Palais de Verre de Ngoa- Ekelle, interrogé par les députés pour donner sa part de vérité sur les faits concernant l’affaire Bibi Ngota, le Ministre d’Etat en charge de la Justice, Garde des Sceaux, Laurent Esso a fait savoir à l’Assemblée nationale que, malgré la gravité des faits, il n’a jamais intenté un procès en diffamation ni en dénonciation contre le journaliste Germain Cyrille Ngota Ngota, décédé le 22 avril 2011 à la prison de Nkondengui des suites de maladies. Bien plus il n’a jamais porté plainte.

Qui a tué Jules Koum Koum ? Un grumier, pardi ! A qui imputer la mort de Bibi Ngota dans une cellule ? A la maladie, a répondu en son temps, Issa Tchiroma, ministre en charge de la communication, qui est très informé. Qui est derrière la cabale médiatique contre Mebe Ngo’o ? Des jaloux, prétendent ses proches. Qui a glissé le nom de Grégoire Owona dans la liste des homosexuels ? Une faute de frappe sans doute… Et si ministres et journalistes n’étaient que des instruments au service d’intérêts et d’oraisons ? Un pays n’a que la presse et le gouvernement qu’il mérite, comme disait l’autre…


 Edouard Kingue

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