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Cameroun: Facebook : Les faux profils de nos dirigeants

facebook - reseaux-sociaux-Paul Biya

La famille présidentielle et des hommes politiques camerounais sont présents sur le réseau social via des pages non officielles créées par des anonymes.

«La Société Nationale de Raffinage S.A (SONARA), dont le siège social est situé à Cap Limboh, Limbe, porte à la connaissance du grand public, que des individus mal intentionnés et non identifiés ont ouvert des profils sur des réseaux sociaux à l’instar de Facebook en se servant du nom et des photos de son Directeur Général, Monsieur Ibrahim Talba Malla. » Le 7 septembre dernier, c’est par un communiqué de presse que le patron de la SONARA s’est indigné de l’usurpation de son identité sur le réseau social le plus suivi du monde, Facebook avec son milliard d’abonnés de par le globe. Le même communiqué indique aussi « qu’il n’a jamais possédé de profil Facebook ».

Avant lui, c’est le ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, Edgar Alain Mebe Ngo’o, qui avait déjà signifié à l’opinion que son image était utilisée insidieusement sur le site crée par l’américain Mark Zuckerberg. Le phénomène d’usurpation d’identités des personnalités camerounaises est devenu une pratique courante à laquelle les internautes sont confrontés. Lorsqu’un utilisateur du réseau social Facebook souhaite retrouver un patronyme célèbre, trois types de comptes peuvent apparaitre : celui associé au site Wikipédia, l’encyclopédie mondiale contenant des informations biographiques sur la personnalité, un compte privé dont l’accès est conditionné par l’envoi d’une demande d’amitié ou un profil de type page officielle auquel le simple clique à la mention j’aime permet que l’on puisse suivre les activités du mot clé qu’on a introduit dans la barre de recherches.

Pour les personnalités jouissant d’une notoriété assez conséquente, c’est dans la troisième catégorie de compte qu’ils sont casés. Par soucis de sécurité, Facebook certifie l’authenticité d’un compte officiel par une icône bleue portant la mention « vérifiée » qui devrait permettre à l’internaute de faire le tri entre les diverses occurrences données lors de la recherche.

La famille Biya prisée par les pirates

Mais les gestionnaires des comptes du couple présidentiel n’ont pas pris la précaution de faire authentifier leurs pages par les administrateurs de Facebook afin que la mention « vérifiée » puisse ressortir. Paul et Chantal Biya sont présents par deux comptes présentés comme fiables par la Présidence de la République ; il s’agit de « Paul Biya, la seule et l’unique page officielle » suivi par 112.720 personnes et « Chantal Pulchérie Biya » suivi par 25.065 fans où l’on peut voir la Première Dame se prêter au jeu du selfie, terme anglosaxon signifiant qu’une personne se prend en photo elle-même .Les autres comptes utilisant les noms des locataires du Palais d’Etoudi sont donc des faux et reprennent allègrement leurs photos. Les plus en vue, les profils « Biya Paul » et « Chantal Pulchérie Biya », avec une image de la First Lady et sa défunte mère, sont des pages privées mettant en avant des informations comme leurs dates de naissance et leur lieu de résidence actuel le Palais de l’Unité.

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Dans la famille présidentielle, Franck et Brenda Biya sont aussi victimes du vol d’identités. Le fils ainé du Président est présent via un compte privé reprenant des images prises sur les moteurs de recherches comme Google et souvent de mauvaise qualité. Plusieurs « amis » virtuels de Franck Biya se laissent berner et glissent des commentaires visant à demander de l’aide, plus souvent de l’argent, au fils du président. La plus piratée dans la famille est la benjamine, Brenda, très active sur les réseaux sociaux. Seulement, il lui est reconnu officiellement un seul compte sur le site de partages d’images dénommé Instagram. Tous les comptes portant son nom sur Facebook sont la création d’anonymes dont « Brenda Biya Page Officiel » , on note au passage la faute flagrante annulant la terminaison du mot officielle , ayant 13.199 personnes inscrites convaincues de suivre les activités de Brenda Biya et qui reprend des photos issues de son compte Instagram en y attribuant des commentaires fictifs qui ont le don d’enflammer la toile, créant des groupes de « pro » et « anti » Brenda.

15 faux comptes de ministres

Même l’équipe gouvernementale est touchée par les comptes fictifs. Pas moins de 15 fausses pages ont été répertoriées parmi lesquelles celles du Premier Ministre Philemon Yang et ses ministres Edgar Alain Mebe Ngo’o, Martin Belinga Eboutou, René Sadi, Pierre Moukoko Mbonjo, Michel Ange Angouing, Laurent Esso, Catherine Bakang Mbock, Essimi Menye, Ama Tutu Muna, Luc Magloire Mbarga Atangana, Emmanuel Nganou Djoumessi, Jacques Fame Ndongo, Philippe Mbarga Mboa et Issa Tchiroma Bakary, le ministre de la Communication, qui a jusqu’à trois fausses identités sur Facebook. Le mode opératoire des créateurs de ces fausses pages est de transmettre des demandes d’amis à des internautes et d’engager des conversations avec eux à l’issue desquelles ils pourront procéder à des extorsions de fonds ou la propagation de promesses fallacieuses.

Alors, dans le gouvernement de la République du Cameroun, quel ministre a-t-il vraiment un compte Facebook administré par ses propres soins ? Seuls Grégoire Owona, via une page officielle relayant périodiquement ses activités, Jean Pierre Biyiyi Bi-Essam avec un compte privé crée en 2012, et Patrice Amba Salla, avec des publications assez fréquentes sur sa vie privée et professionnelle, ont des identités officielles sur Facebook. Au-delà des poursuites judiciaires qui devraient être engagées contre les créateurs de ces faux comptes, la question de l’absence des responsables gouvernementaux camerounais sur les plateformes Internet se pose, alors que leurs homologues de Côte d’Ivoire et du Gabon s’approprient de plus en plus facilement ces outils modernes.

William Oyono

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