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#Cameroun – Extrême-Nord: Le rapt manqué d’une sœur canadienne

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La messe de veillée organisée le 31 janvier 2014 à la maison vice-provinciale; au quartier Galdima, en hommage à la sœur Horbaita Jeannette décédée une semaine plus tôt, a failli tourner au drame. Les obsèques de cette femme de Dieu ont, en effet, drainé beaucoup de religieux et religieuses, venus du monde entier. Dont, de nombreux occidentaux. Personne ne pouvait se douter de ce que, quelques petits malins mettraient ce moment de douleur à profit pour tenter l’impensable.Vers 18 h 15, alors que les religieux sont plongés dans un profond recueillement, un homme s’approche tranquillement de la sœur Albertina Viara, une canadienne travaillant à la paroisse de Makoulahé à 12 kilomètres de Mora, et lui souffle quelques mots. Il l’informe qu’une femme blanche, répondant au nom de Marie Françoise, souhaite la rencontrer. L’interlocuteur précise même qu’elle est assise dans une voiture garée non loin de là, sur la route principale. Puis, il s’éloigne d’un pas rassurant. Prudente, la sœur Albertina Viara questionne son entourage sur sa visiteuse. Personne ne semble reconnaître une Marie Françoise. L’information fait le tour de la veillée. Et toujours personne pour mettre un visage sur cette expatriée blanche qui se refuse à rentrer dans la maison vice-provinciale, préférant rester dans la pénombre de la nuit.

La sœur Albertina Viara poursuit sa prière, mais prêtres et sœurs sont désormais gagnés par la panique. Depuis l’enlèvement du père Georges Vandenbeusch, l’atmosphère est lourde. Quelques courageux décident donc d’aller directement à la rencontre de l’inconnue Marie Françoise. Et là, les soupçons se confirment. Aucune trace d’âme qui vive. Même l’émissaire, vêtu d’une djellaba, a disparu.

La sœur vient d’échapper à un guet-apens. Rapidement informé de la situation, le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Awa Fonka, instruit des mesures pour sécuriser immédiatement les lieux. «Nous avons été informés par les sœurs et avons aussitôt alerté le gouverneur de la région par le truchement de son secrétaire particulier, John. Ensuite, nous avons aussi alerté les forces de maintien de l’ordre», déclare le père Henri Djonyang, vicaire général du diocèse Maroua-Mokolo.

Le gouverneur de la région refuse cependant de céder à la panique. «La sœur m’a expliqué ce qui s’est passé. Je pense qu’il s’agit juste d’un incident. Si c’était un enlèvement, ce n’est pas de cette façon que les ravisseurs ont l’habitude de procéder. Effectivement, un individu est venu dans leur couvent au moment de la veillée à la maison vice-provinciale suite au décès de la sœur Jeannette, Horbaita. Mais la manière dont cet individu faisait le va et vient nous conduit à penser qu’il pouvait s’agir d’un petit bandit», croit-il savoir.

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Des explications du gouverneur qui ne résistent pas à la critique. Pourquoi un petit brigand chercherait-il à détrousser une sœur alors qu’il est bien admis que les religieux ne sont riches que de leur foi? «Ces incessants va et vient qu’évoque le gouverneur fait penser au travail d’un guetteur. On ne prend pas un otage n’importe comment. Il faut un plan d’évacuation, des caches. Il faut tout planifier. On peut encore supputer sur l’expérience ou l’inexpérience de l’équipe qui voulait enlever la sœur, mais on ne peut pas nier que ce soit une tentative d’enlèvement. Les occidentaux présents dans la région font actuellement l’objet d’une étroite surveillance, et ces gens ont pensé, à raison, qu’à l’occasion d’un deuil comme celui-là, la surveillance serait relâchée et que leurs cibles manqueraient de vigilance», analyse un officier supérieur de la gendarmerie.

Pour de nombreux observateurs, cette scène renseigne sur l’industrie du rapt qui se développe à grande vitesse dans la région. En effet, attirés par l’odeur de la rançon, de petits groupe); sont aujourd’hui prêts à tout pour s’emparer des occidentaux dans l’espoir de faire fortune. Ils s’appuient sur les deux précédentes prises d’otages qui ont fait le bonheur des ravisseurs, des intermédiaires et des chefs traditionnels.

Cette tentative montre également que la rareté des «blancs» aux frontières oblige les ravisseurs à s’enfoncer plus à l’intérieur du pays pour mettre le grappin sur le «précieux trésor». A cette allure, ce sont tous les occidentaux présents dans les régions septentrionales du pays qui seront désormais des cibles potentielles. «La menace est réelle, et certaines entreprises ont déjà pris des dispositions. Le périmètre de circulation de plusieurs expatriés est clairement délimité. Des pays amis qui financent des projets à l’Extrême-Nord sous-traitent désormais avec des locaux, ils n’en¬voient plus leurs experts sur le terrain», reconnaît un responsable de la sécurité à Maroua.

Cette évolution dans la prise d’otages met également en lumière l’existence d’un système bien huilé pour le traitement des otages. Car si la tentative d’enlèvement de la sœur Albertina Viara avait été couronnée de succès, où aurait-elle été planquée? Quelle que soit l’option des ravisseurs, ils ne pouvaient ne pas disposer d’une planque dire dans la ville de Maroua au cas où son évacuation vers une zone frontalière avec le Nigeria venait à se compliquer.

Reste à savoir si cette tentative d’enlèvement est le fait des sous-traitants de Boko Haram ou une décision de la secte qui aurait instruit, selon diverses sources, l’intensification de la prise des otages pour renflouer ses caisses et faire face à l’étau que l’armée nigériane tente depuis quelques mois de resserrer autour d’elle.


DAVID WENAI

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