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Cameroun: Des ministres défient la présidence

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Certains investisseurs nippons doivent sans doute se demander si quelque chose ne tourne pas rond au Cameroun. Et pour cause, tous les projets structurants qu’ils proposent d’implanter sur le territoire national piétinent, comme si la partie camerounaise préfère se contenter de dons ou de la construction des écoles. « Repères » s’est mis sur les traces de ces projets de grande envergure que des membres du gouvernement travaillent curieusement à torpiller même lorsque le président de la République, lui-même, les valide.

L’USINE DE RAFFINERIE DE PÉTROLE À KRIBI SE NOIE AU MINMIDT

Parmi les projets structurants que les Japonais proposent au Cameroun, bon nombre d’entre eux végètent au ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt). Dans ce ministère, de hauts fonctionnaires sont scandalisés par le triste sort réservé au projet de construction d’une usine de raffinerie de pétrole à Kribi. Et pourtant, c’est depuis plus d’un an que le projet du mémorandum d’entente de ce projet a été signé par Sojitz, une société majeure de négoce au Japon exerçant ses activités dans de nombreux domaines, dont l’énergie et les ressources minérales, et ce dans plus de 50 pays.

Le mémorandum d’entente du projet pétrolier a été transmis au secrétaire général des services du Premier ministre, Louis Paul Motaze, par correspondance N°58/L/DC/ACT/E/14 du 7 février 2014. Le dossier a été traité avec diligence et le Cameroun a accepté de travailler avec Sojitz. Le Premier ministre, Philémon  Yang, à son tour a reçu en audience l’ambassadeur du Cameroun au Japon pour lui transmettre l’accord de la « très haute hiérarchie ».

Curieusement, cinq mois plus tard, Sojitz n’a plus eu des nouvelles de la partie camerounaise. Embarrassé, l’ambassade du Cameroun au Japon va relancer, le 20 juillet 2014, Emmanuel Bonde, le Minmidt et tutelle du projet. Jusqu’au moment où « Repères » écrit ces lignes, l’usine de raffinerie de pétrole à Kribi est en dormance dans les tiroirs du Minmidt. « Si ce projet venait à voir le jour, l’impact sur notre pays serait énorme. Mais on semble se contenter des quelques bâtiments scolaires que ce pays nous offre de temps en temps », regrette un fonctionnaire du Minmidt.

RÉHABILITATION DE LA CICAM ET LA CELLUCAM… L’INERTIE PREND LE PAS

Marubeni Corporation est l’une des SOUS RÉGIONAL FANE plus importantes entreprises de commerce japonaises. Elle a manifesté son intérêt dans plusieurs projets gérés par le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt). Il s’agit en l’occurrence de la réhabilitation de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), société spécialisée dans la fabrication de pagnes et de serviettes de bain 100 % coton, et de l’ex-Cellulose du Cameroun (Cellucam) aujourd’hui appelé Edea-Tech.

Cette dernière, actuellement, n’est plus qu’un champ de ruines régulièrement vandalisé par des malfrats en quête d’aluminium, de cuivre, de fer, et autres métaux précieux. Marubeni veut aussi construire un complexe sucrier et une usine d’éthanol dans la Région de l’Est. Notamment à Bertoua et Batouri. Pour l’ensemble de ces projets, Emmanuel Bonde, le Minmidt, a reçu une invitation de la société Marubeni. Mais rien n’a avancé. Le 18 juillet 2014, la chancellerie camerounaise à Tokyo a saisi Ferdinand Ngoh Ngoh, le SG-PR, pour constater le blocage de ces différents projets. Même jusque-là, le Minmidt continue de freiner des quatre fers.

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Or, croit savoir une source bien au fait des procédures de traitement de dossiers à la présidence de la République, « le Président a donné son OK ». Avant de poursuivre : « Ce que beaucoup de Camerounais ignorent, est que le président de la République ne met pas 24h avec un dossier. Mais une fois que le mémo qu’on lui soumet sort de son bureau, l’application de ses instructions devient un véritable problème ».

LE PROJET D’UN HÔPITAL ULTRA MODERNE À YAOUNDÉ GÎT AU MINSANTÉ

Etoudi rêve d’un hôpital ultramoderne à Yaoundé depuis plusieurs années. Pour matérialiser ce rêve, un premier partenaire a été trouvé : l’entreprise Tokushukai. Mais les négociations ne sont pas allées bien loin puisque cette entreprise chinoise s’est finalement désistée. Mais Marubeni Corporation, une autre entreprise nippone, a saisi la balle au bond et s’est proposée de relever le challenge. C’est ainsi Ferdinand Ngoh Ngoh, par une correspondance datée du 6 mai 2014, va instruire le ministre de la santé Publique (Minsanté), André Mama Fouda, de lui transmettre pour appréciation le projet de mémorandum d’entente devant sceller la coopération avec la société Marubeni.

De retour à Tokyo, Marubeni remet un projet de mémorandum d’entente à l’ambassade du Cameroun au Japon le 31 juillet 2014. Qui est aussitôt transmis au ministre de la Santé publique. Dans ce contexte, la direction de Marubeni a souhaité dépêcher un représentant à Yaoundé, pour poursuivre les entretiens avec M. Mama Fouda. Mais la société japonaise va être stoppée net dans son élan par les diplomates camerounais à Tokyo eux-mêmes dans l’embarras. L’ambassade camerounaise convainc le partenaire nippon d’attendre de recevoir sur place la version définitive du mémorandum d’entente envoyé depuis lors au Minsanté. Et les Camerounais garantissent à Marubeni qu’elle a le droit de dépêcher un représentant à Yaoundé s’il y a des points du mémorandum qu’elle souhaite amender. Jusqu’à ce jour le partenaire japonais continue d’attendre.

LE PROJET D’UN CENTRE DE FORMATION AGRICOLE SOUS RÉGIONAL FANE

Le 5 mai 2014, Paul Biya a reçu le ministre des Affaires étrangères japonais, en marge des travaux de la conférence ministériel Ticad tenue à Yaoundé du 4 au 5 mai. Au cours de cette rencontre, le chef de l’Etat camerounais formule une demande à l’endroit du diplomate nippon : il veut un partenariat qui va aboutir à la construction d’un Centre d’excellence de formation professionnelle en matière agricole à dimension sous-régionale. Dans un autre entretien, bilatéral celui-là, le ministre des Relation extérieures Pierre Moukoko Mbonjo va reparler du même sujet avec son homologue japonais.

Au terme de ces échanges « fructueux », Paul Biya donne son accord pour que ledit Centre soit abrité au Cameroun comme en témoigne une lettre de Ferdinand Ngoh Ngoh, le SGPR, datée du 29 juillet 2013. Quelques mois plus tard, le 5 septembre plus précisément, le SG-PR écrit au ministre des Relations extérieures pour que des dispositions soient prises pour la matérialisation dudit projet. Saisie, l’ambassade du Cameroun au Japon va se mobiliser. Jusqu’à ce jour, les diplomates camerounais en poste au Japon attendent toujours l’autorisation à se rendre au bercail pour travailler avec le ministre de l’Economie, de la Planification et l’Aménagement du territoire (Minepat) tel qu’instruit par la présidence de la République. L’autorisation n’arrive pas…

© Repères : Sylvain Andzongo

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