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Cameroun – Comprendre le phénomène d’effondrement des immeubles

Il n’est pas le dernier, certes, mais ses répercussions font qu’il est encore gravé dans les mémoires. Il s’agit de l’effondrement d’un immeuble de six niveaux à l’ancienne rue Boué de Lapeyrère à Akwa à Douala. La scène se produit aux premières heures de la matinée de mercredi 17 juillet 2013. Une femme enceinte et sa fille ont été retrouvées mortes sous les décombres. La femme était âgée de 28 ans, et sa fille de 4 ans. Mais l’âge importe peu. Le fait, c’est qu’elles sont mortes dans leur sommeil. Rencontrée le jour du drame par notre confrère Le Jour, la délégué d’arrondissement de la Promotion de la femme et de la famille, Agnès Edibe, affirmait avoir déjà des frayeurs par rapport à l’immeuble qui jouxtait ses bureaux: «Quand je suis arrivée ici en 2009, l’immeuble en construction s’élevait déjà sur quatre étages. J’ai constaté que je n’étais pas en sécurité et j’ai écrit à la Cud. Une équipe était descendue sur le terrain.» Et après… plus rien.

Le cas survenu à ce chantier n’est pas isolé et vient s’ajouter à d’autres. Douala, lieu dit Derrière Mobil Guiness à Ndogbong. Le 13 mai 2013, aux environs de 20h, l’affaissement en plein culte de la paroisse de la Congregation Baptist arrache à la vie à Joël Ethan Kouami, âgé de 7 ans. Quelques mois auparavant, le vendredi 17 mai 2013, une muraille de la chapelle Ste Thérèse de l’enfant Jésus de Nkozoa s’écroule, après la messe de 6h. Des témoins expliquaient alors que «les chrétiens se sont organisés pour faire l’investissement humain lorsque la pluie s’est mise à tomber. Certains fidèles qui étaient dans l’église se sont abrités sous l’autel parce que ce n’est que cette partie de la chapelle qui est recouverte de tôles. Ceux qui désherbaient à l’extérieur se sont refugiés au presbytère avec le curé.» Les murs de l’autel, ainsi que la charpente du bâtiment, vont s’effondrer sur eux. Parmi les victimes, Marie Brigitte Beke, sa fille Ornella Nkada Beke et Blandine Nkou, une autre fidèle de la paroisse, ainsi que Georges Anicet Ateba.

Toujours un vendredi, précisément le 7 janvier de la même année, la charpente du gymnase multisports de Douala en construction s’effondre. Plus de peur que de mal, l’incident se produit pendant que les ouvriers sont à la pause. Mais les pertes matérielles sont considérables. Sur le coup, le gouverneur de la région, Joseph Beti Assomo suspend les travaux, question de faire une évaluation technique. «Je vais également mettre en place une deuxième commission d’enquête avec les officiers de police judicaire pour qu’on me fasse le point sur ce qui s’est passé. On va sans état d’âme faire la lumière sur ce qui s’est passé et les populations de la région, et surtout la jeunesse sportive bénéficiaire de cette infrastructure seront informées par nos soins en temps opportun» avait-il laissé entendre.

Sauf que ces commissions ne sont pas la solution à la série d’effondrement qui n’a pas épargné l’université de Douala. Le pont et la clôture érigée par un particulier au niveau de la Faculté de génie industriel se sont écroulés le samedi 24 août 2013, à la suite d’une violente pluie. A Yaoundé, Un immeuble R+3 (Rez-de-chaussée) en construction s’est affaissé dans la matinée du mardi 13 novembre 2012 au quartier Simbock à Yaoundé au lieu-dit Petit village. Selon les témoignages du voisinage de l’immeuble, c’est aux environs de 2h dans la nuit que l’édifice en construction s’écroule. La liste ne saurait être exhaustive. La situation est plus qu’alarmante.

Valgadine TONGA (Stagiaire)

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A l’origine des effondrements…: Les clauses du permis de construire violées

A la Communauté urbaine de Douala, on accuse les entrepreneurs de ne pas respecter les indications de ce document.

Après l’effondrement du bâtiment R+6 à Akwa, le préfet du département du Wouri, Paul Naseri Bea himself a déclaré que la bâtisse «ne respectait pas les normes en matière de construction.» S’agissant de l’éboulement de l’église au quartier Ndogbong qui a arraché la vie à un enfant, d’aucuns ont accusé des défaillances dans la structure de l’immeuble type R+1. D’autant que l’église présentait déjà des fissures, d’après les témoignages des voisins. Ces quelques clichés montrent à suffire, s’il était encore nécessaire qu’il y a un problème quant à la construction au Cameroun. A la Communauté urbaine de Douala, un responsable sous anonymat en charge de la question explique pourtant qu’il y a toute une procédure à suivre pour ériger une bâtisse.

Le demandeur devrait avoir un permis de construire qui lui est remis par la Communauté urbaine. Le permis en question comprend deux dossiers, l’administratif et le technique. Demande de permis de construire, certificat de propriété récent, plan de masse et de situation, certificat d’urbanisme sont les pièces constituantes du dossier administratif. Quant au dossier technique, les pièces essentielles sont, le plan d’implantation et d’aménagement des abords ; les vues en plan, coupes, façades ; le plan des fondations ; le plan de toiture, le plan de fosse septique ; le devis descriptif ; le devis estimatif et quantitatif des travaux. Des documents fournis par un architecte. «Si une des pièces manque, le dossier est rejeté», précise la source. Et d’indiquer que, pour les bâtiments d’une hauteur supérieur ou égale à R+2, il faut prévoir une note de calcul de structure avec plans de ferraillage des différents éléments calculés (poteaux, poutres, semelles, planchers, escaliers), une étude du sol(R+2 t plus), une notice de sécurité.

Avec toute cette paperasse, on ne devrait plus assister au phénomène d’effondrement. Sauf qu’«il y a des gens qui ne respectent pas les indications du permis de construire», relève l’interlocuteur. D’après lui, certains propriétaires «se présentent avec un permis sur lequel il est mentionné R+2, mais ils vont construire des bâtiments R+5, sans toutefois avoir fait une étude du sol, ni la note de calcul. C’est le cas par exemple de l’immeuble qui s’était effondré à Akwa. L’entrepreneur n’a pas respecté les normes. Il avait un permis R+2, pourtant il est allé faire un immeuble R+6. Il y a des terrains qui ne supportent pas les bâtiments d’un certain niveau, c’est le cas des zones marécageuses.» Il reconnaît d’ailleurs qu’il n’est pas permis de construire dans les zones marécageuses, «nous ne délivrons pas de permis de construire dans ces zones. C’est juste que les gens, conscients bien évidemment de ce que ce sont des sites interdits vont y bâtir leurs habitations. Il ne faudra pas qu’ils se lamentent quand la Cud détruira tout.» Il ne faut pas cependant ignorer que la Communauté urbaine a le devoir de suivre les travaux des entrepreneurs, pour vérifier le respect des normes. L’informateur souligne qu’en cas de constat du non-respect du nombre de niveau, le responsable paye l’additif. Et quand il y a mort d’hommes ? Aucune compensation n’est à la hauteur d’une vie. Les entrepreneurs avides de gain et les autorités gagneraient à prendre conscience.

V.T. (Stg)

Sources: Le messager

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