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Cameroun: Attention, le marché central de Douala suffoque !

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En déguerpissant les commerçants au lendemain du grave incendie criminel qui avait paralysé l’un des plus grands marchés de l’Afrique centrale, l’autorité administrative avait cru résoudre le sempiternel problème de l’engorgement. Près de 06 ans après, les choses sont revenues au point de départ, et la situation est même plus alarmante. Il suffit de faire un tour au marché central de Douala, précisément au niveau du grand édifice pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène. A l’entrée, les caisses qui avaient été interdites sont revenues au galop, obstruant le passage aux usagers qui doivent se faire violence en tentant tant bien que mal de se frayer un passage.

Le phénomène est connu et entretenu par les responsables dudit marché. Pourtant, on se rappelle qu’au lendemain de l’incendie qui avait calciné près d’une centaine de boutiques, les autorités administratives, notamment le préfet du département du Wouri de l’époque, aujourd’hui gouverneur du Sud-ouest, Bernard Okalia Bilaï, avait interdit l’encombrement de ces espaces qui avaient été créés pour faciliter la mobilité des usagers. Mais là aussi ce n’est pas le plus grave. En effet, pour recaser les commerçants sinistrés, détenteurs des attributions acquis auprès de la Communauté urbaine de Douala, les responsables du marché central de Douala ont fait le choix de remplacer les caisses construites en matériaux provisoires, donc facilement démontables, par des petites boutiques en aluminium. Pour ces espaces qui n’excèdent pas un mètre de large, les potentiels occupants se doivent de reverser dans les caisses du coordonnateur des commerçants, la somme de 2 millions de Fcfa, sans aucune décharge au préalable. Au cours de nos investigations sur le terrain, nous sommes entrés en contact avec le secrétaire général de cette coordination qui s’est refusé à tout commentaire, nous renvoyant simplement auprès des responsables de la Communauté urbaine de Douala.

Occupation anarchique en continue

Pour Ousmane, vendeur de prêt-à- porter, il est tout à fait loisible à la Communauté urbaine de Douala de loger les commerçants là où bon lui semble, mais de là à étouffer le marché ce n’est pas normal. «Nous n’avons rien contre la décision de recaser les commerçants. Il se trouve simplement que cela est fait au détriment du marché. Ce que les responsables de la Cud gagneraient à faire, c’est de construire d’autres marchés. Parce que je vous assure s’il y a un incendie ici les sapeurs- pompiers auront de la peine à se déployer sur le marché. Pourtant, on avait créé ces espaces pour permettre aux usagers et aux engins de circuler sans problèmes. Aujourd’hui observez-vous-même, ce n’est plus possible…» a-t-il souligné tout dépité.

On se rappelle que courant avril 2015, précisément le 5, un incendie s’était déclaré au secteur « A » autour de 14h30 minutes. Deux boutiques construites en matériaux définitifs avaient été consumées par les flammes. Ces boutiques de vêtements appartenaient à un commerçant de nationalité nigériane et à un commerçant camerounais. D’après Samuel Nsangou, vigile au marché central, l’incendie s’était déclaré alors que tous les commerçants avaient quitté le marché. Arrivés sur les lieux quelques minutes plus tard, les « soldats du feu » n’ont pu maîtriser les flammes qu’autour de 17h10, soit près de trois heures de temps après leur arrivée sur les lieux de l’incendie. Une situation qui s’expliquerait par l’encombrement des bouches d’incendie. « Nous n’avons pas pu trouver les bouches d’incendie. C’est ce qui a un peu retardé notre travail. Il fallait aussi casser le toit, écarter les autres commerçants affolés, avant d’accéder aux flammes », avait indiqué un sapeur-pompier. La cause de cet incendie n’a pas été révélée au public. Cependant, des vigiles soupçonnent une cafetière laissée branchée à une prise et qui aurait explosé. Ce qu’on retient dans cet incendie, ce sont les déclarations d’un des sapeurs-pompiers. L’accès facile aux boucles d’incendie leur aurait permis de maîtriser rapidement le feu. Mais apparemment cela n’a pas semblé attirer l’attention des responsables en charge de la gestion dudit marché. La preuve, les boutiques poussent comme des champignons.

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Pour satisfaire tout le monde, la Coordination, dit-on avec l’onction de la Cud, a entrepris de multiplier la construction des « petites boutiques ». Constructions hors normes Comme vous l’observerez sur les il lustrations ci-jointes, elles pullulent à tous les étages et à chaque coin du marché. Ce qui fait qu’au fur et à mesure qu’on s’engouffre dans le marché, on a l’impression de suffoquer. C’est comme-ci on manque d’air. Selon des sources bien introduites, ces aménagements ne tiennent pas compte de la structure de départ. « Les aménagements ont été faits sans tenir compte de la structure de départ. Le marché central de Douala n’a pas été construit pour accueillir autant de monde. Mêmes les conduits d’aération ne sont plus respectés. L’essentiel ici est d’avoir une boutique. Il faut que les responsables en charge de ce dossier se penchent énormément sur cet aspect. Parce qu’on ne peut pas occuper de manière aussi anarchique un espace sans s’attendre aux conséquences. S’ils veulent satisfaire tout le monde, ils n’ont qu’à construire de nouveaux marchés.» arguera-t-il. La situation est d’autant plus préoccupante que ces derniers jours, où on constate que les maçons ont le cœur à l’ouvrage au niveau de la rampe qui mène au premier étage qui jouxte le lieu-dit « Gazon », réputé dans la commercialisation des médicaments. Ici, on a décidé contre toute attente d’y ériger d’autres boutiques. Selon toute vraisemblance, une bonne dizaine de boutiques sortiront de terre dans les prochains jours.

Les plaintes et les récriminations des commerçants qui ne voient pas d’un bon œil cette initiative ne semblent pas émouvoir les responsables de ce projet qui tiennent contre vents et marées d’atteindre leurs objectifs. Pourtant, on se rappelle qu’au lendemain de l’incendie de décembre 2009, le préfet du département du Wouri d’alors avait indiqué à grand renfort de communication que « 290 boutiques sont déjà opérationnelles et en tout, 500 autres seront construites afin de recaser les sinistrés. » Ce qui au regard de la réalité n’est pas vrai. Les commerçants peinent toujours à se trouver une place pour écouler leurs marchandises. Tout se passe comme-ci la Communauté urbaine de Douala a de la peine à appliquer les directives de l’article 110 de la loi numéro 2004/18 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes, lequel donne compétence à la Cud pour la construction, la gestion, l’entretien et la maintenance des marchés et gares, reprécisé par le décret N°2015/1375/PM du 08 juin 2015. Qu’est-ce qui fait en sorte que cette collectivité territoriale décentralisée soit dans l’incapacité jusqu’ici de créer les marchés conformément au décret du Premier ministre ?

Rendu tour à tour dans les services de la Communauté urbaine de Douala, notamment à sa cellule de communication, le reporter n’a pu obtenir d’amples informations. Les responsables de ce service nous ont plutôt suggéré de déposer un protocole d’interview à leur patron. Approché au cours d’une récente visite de chantiers à Douala, le Dr Fritz Ntoné Ntoné nous a ressassé la même rengaine. Toutefois, en attendant que les personnalités de premier plan que nous avons sollicitées pour plus d’éclairage, daignent nous répondre, il reste que le marché cen- tral de Douala suffoque, dans l’at- tente de la construction de nouveaux espaces marchands.

Sources : Le flux rss de camer.be

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