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Cameroun : Amnesty International dénonce une nouvelle fois des disparitions forcées dans l’Extrême-Nord

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Amnesty International a une nouvelle fois interpellé mardi le gouvernement camerounais à propos de 130 personnes disparues depuis leur arrestation en décembre 2014. Les autorités dénoncent de leur côté un « mauvais procès » contre l’armée camerounaise.« Les autorités camerounaises doivent révéler où se trouvent les 130 hommes et garçons toujours portés manquants 20 mois après leur arrestation durant une opération de répression contre des membres présumés de Boko Haram », a déclaré Amnesty International, lors de la Journée internationale des personnes disparues, mardi 30 août.

L’ONG internationale avait déjà interpellé le gouvernement camerounais en décembre 2015, un an après l’arrestation, selon eux, d’au moins 200 hommes et garçons dans les villages de Magdeme et Doublé. Les pouvoirs publics ont depuis affirmé avoir interpellé 70 membres présumés de Boko Haram, dont 25 sont décédés la nuit même et 45 ont été transférés à la prison de Maroua. Au moins 130 personnes seraient donc encore portées disparues.

Enquête ouverte au ministère de la Défense

« Le fait que les autorités continuent de s’abstenir de révéler où ils se trouvent est insultant à l’égard des familles qui attendent depuis longtemps déjà de savoir ce qu’il est advenu de leurs proches », a déclaré Alioune Tine, directeur du bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique centrale et de l’Ouest. « Le pays doit cesser d’utiliser son combat contre Boko Haram comme argument pour justifier les violations flagrantes des droits humains dont il est responsable », a-t-il ajouté.Amnesty International a communiqué la liste complète des noms des disparus aux ministres camerounais de la Défense et de la Justice, ainsi qu’au responsable des opérations militaires dans le nord du pays. Les autorités ont dans la foulée annoncé qu’une enquête interne avait été ouverte au ministère de la Défense pour faire la lumière sur les événements. Celle-ci est toujours en cours, selon nos informations.

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Si exactions il y a, les auteurs seront punis.

« Nous menons cette enquête en ce moment-même, avec bonne foi et en toute régularité », explique ainsi le porte-parole du ministère de la Défense, le colonel Didier Badjeck, joint par Jeune Afrique. « Mais nous le faisons à notre rythme, car nous avons également une guerre à mener avec les terroristes. Si exactions il y a, les auteurs seront punis, comme cela a déjà été fait par le passé », ajoute-t-il.

L’armée dénonce un manque d’objectivité

Dans un rapport publié en juillet 2016, intitulé « Bonne cause, mauvais moyens… », Amnesty International dénonçait déjà des violations de l’armée camerounaise, dans le cadre de la guerre contre Boko Haram. « Plus de 1 000 personnes, dont beaucoup ont été arrêtées arbitrairement, sont détenues dans des conditions épouvantables, et plusieurs dizaines d’entre elles meurent des suites de maladie, de malnutrition ou de torture dans le cadre des opérations de répression menées contre Boko Haram », indiquait alors l’ONG.

Nous sommes une jeune armée mais nous faisons ce qu’il faut au niveau des droits de l’homme

« Nous sommes une jeune armée mais nous faisons ce qu’il faut au niveau des droits de l’homme au moment de la formation et de l’encadrement de nos troupes », estime le colonel Badjeck. « Chaque fois que nous avons fait face à des cas d’exactions, nous avons réagi et nous avons eu la main lourde, notamment avec des révocations et jugements au pénal », explique-t-il. « Il n’y aucun élément contradictoire dans l’enquête d’Amnesty et cela manque d’objectivité alors même que c’est nous qui leur avons ouvert les portes du terrain », déplore encore le porte-parole du ministère de la Défense. Et de conclure : « C’est un mauvais procès intenté à l’armée camerounaise, sur la base d’allégations qui tendent à dévoiler une volonté de nuire au Cameroun ».

 

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