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Cameroun – Agriculture: Les cultivateurs du Moungo freinés par le manque d’accompagnement

Les cultivateurs du Mungo peinent à écouler leurs récoltes de maïs

Photo: (c) Wiliam Tchango

Depuis quelques mois, les agriculteurs membres de la Coopérative agropastorale des femmes et jeunes ruraux du Littoral, Ouest et Sud-Ouest (Copaferjelos) – une coopérative agricole basée dans l’arrondissement de Manjo – sont aux abois. Leur dernière récolte de maïs reste toujours stockée dans des entrepôts, faute d’acheteurs. Durant la dernière campagne, ils ont eu le malheur d’expérimenter un nouveau type de semence: le «pana», encore appelé «maïs blanc». Une variété que leurs habituels clients rechignent à acheter, prétextant qu’elle «pèse» nettement moins que le maïs rouge.

Cette qualité de semence qui assure une très grande production leur a été offerte par les responsables du Projet d’Investissement et de Développement des Marchés Agricoles (PIDMA), une initiative conjointe de la Banque Mondiale et du Gouvernement Camerounais dont la vision est d’améliorer la productivité et la compétitivité des chaînes de valeur du maïs, manioc et sorgho… Ces derniers avaient pourtant promis aux membres de la Copaferjelos de racheter toute leur production. Avant de changer de discours. «Il était question qu’ils viennent payer le maïs à 175 Francs le kilogramme. Mais après, ils sont venus nous proposer de partir d’abord avec les produits pour nous payer bien après alors qu’ils ne nous ont pas aidé pour les travaux et les engrais. Les cultivateurs ont refusé», explique Philomène Ndenga, 4e adjoint au maire de Manjo, et Présidente du Conseil d’Administration de cette coopérative agricole. Face à cette situation, la coopérative a été obligée de se tourner vers les revendeurs de la localité, leurs clients habituels.

Mais ces derniers dénigrant la qualité du produit, ne semblent pas disposés à acheter ces céréales aux prix voulus par les agriculteurs.  «Si nous leur donnons nos maïs aux  prix qu’ils proposent, nous ne pouvons pas rentrer dans nos frais», ajoute la PCA, qui chiffre le maïs stocké à plusieurs centaines de sacs. Les membres de cette coopérative ont été obligés de saisir les autorités afin qu’elles les aident à écouler cette grande quantité de récoltes. Ces dernières tardent malheureusement à réagir alors que les agriculteurs peinent à joindre les deux bouts. «L’honorable Epombe Lydienne, députée du Moungo a promis de saisir le Ministre de l’Agriculture pour voir s’il peut personnellement faire quelque chose», confie notre interlocutrice qui déplore l’absence d’accompagnement de la part de l’État.

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Marchés

Le calvaire que traversent les membres de la Copaferjelos illustre à suffisance les difficultés vécues par les cultivateurs dans le très grand bassin de production agricole qu’est le Département du Moungo. Lorsqu’ils n’ont pas de difficultés pour écouler leurs produits, ils ne bénéficient que très rarement de subventions. Joseph Fongang, cultivateur de maïs, banane-plantains et bien d’autres produits à Laala, un village situé à une demi-dizaine de kilomètres de Manjo, souhaite depuis plusieurs années, augmenter son volume de production. Mais il se heurte à plusieurs difficultés parmi lesquelles celle de trouver de bons acheteurs. «Quand je vends mes produits sur place à Kolla, Manjo et Laala, j’ai du mal à m’en sortir. Je veux trouver un moyen d’aller vendre mes récoltes directement dans la ville de Douala», explique le jeune homme qui tient une exploitation de plus de 10 ha. Ce souci est également partagé par son voisin Nkweta Peter Tachmanyi, l’un des plus grands cultivateurs de maïs du village, avec au moins 15 ha de champs labourés chaque année. Ce dernier explique qu’il pourrait bien aller au-delà de cette superficie s’il était certain de trouver de bons marchés pour ses produits.

Chez les cultivateurs de cacao, café, ananas, palmiers à huile et autres, le problème le plus crucial reste celui de l’acquisition des engrais. Plusieurs agriculteurs incapables de se procurer cet intrant presque indispensable cèdent très vite au découragement. «Or, si nous pouvions obtenir des subventions ne serait-ce que dans ce domaine, cela allègerait considérablement la tâche aux agriculteurs», relève Antoine Kouatchoua, Délégué du GIC dénommé «Solidarité main dans la main du Cameroun (SMDMC)», une organisation basée dans la ville de Loum et spécialisée dans la culture du Cacao et du café (plus de 85 ha).

Lors de son discours à la Jeunesse, le 10 février 2016, le Chef de l’État, Paul Biya, avait invité les jeunes à se tourner vers l’agriculture. Un domaine selon lui, rempli d’opportunités. Mais les difficultés qui rythment le quotidien de ceux qui ont déjà investi ce milieu bien avant cette invite du Président de la République sont de nature à décourager, même les plus téméraires.

Wiliam Tchango

Sources : Cameroon-Info

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