Santé

Cameroun : Acheter des médicaments à la sauvette, une nécessité

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Les médicaments sont hors de prix pour les pauvres du Cameroun. La solution? Se fournir au marché noir. De tous les combats que mène la plupart des pays africains, celui relatif à la vente des produits pharmaceutiques à la sauvette est perdu d’avance.

Représentez-vous une population où le taux de chômage des jeunes en âge de travailler est partout supérieur à 75%, où le Smic est plus ou moins égal à 35000 francs CFA (50€), où l’accès aux soins de santé demeure un privilège réservé aux nantis ! Que peut-on faire pour soulager les douleurs qui accablent une telle population où de nombreuses familles vivent avec moins d’un dollar US par jour ?

Vu cette situation, le commerce illégal des médicaments est de jour en jour plus prospère. Et le consommateur n’a pas besoin de connaître l’origine du produit, pourvu qu’il achète ce qui lui a été prescrit. A tous les coups, les prix pratiqués dans la rue encouragent les nécessiteux qui dépensent toujours presque la moitié de ce qu’on aurait pu leur demander en pharmacie.

Notre société fonctionne ainsi : dès lors que vous êtes admis dans un hôpital, même s’il s’agit d’une intervention chirurgicale, les produits nécessaires, c’est dans la rue que vous les trouvez…  De temps en temps, les forces de police font des descentes musclées là où sont établis ces pharmaciens sociaux afin de les rappeler à l’ordre: mais vont-elles donner aux pauvres populations les moyens d’accompagnement pour qu’elles se ravitaillent ailleurs plutôt que dans la rue ? D’ailleurs, il est même avéré que certains pharmaciens légaux se ravitaillent en empruntant les mêmes filières que les vendeurs illégaux.

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Tenez ! Un jour, je suis allé rendre visite à un pharmacien de mes amis dans son officine. Je l’ai trouvé recevant un de ses clients qui, à défaut du produit qu’il voulait, a confié l’équivalent en argent à son pharmacien qui l’a rassuré qu’il passerait la commande de son médicament dès que possible. Une trentaine de minutes après, mon ami pharmacien est allé s’enquérir du même produit auprès d’un vendeur à la sauvette auprès de qui il l’achète toujours moitié prix du prix qu’il réclame à son client habituel. Cette fois-ci, mal lui en a pris, car par inadvertance, son client se trouvait dans les parages et par hasard, il a reconnu son pharmacien en flagrant délit.

Non seulement notre homme n’a pas pu contenir sa surprise, mais il est allé empoigner notre pharmacien par le col de sa chemise à la grande surprise de tous les passants qui ont dû intervenir pour sauver monsieur le pharmacien tout confus d’avoir été pris la main dans le sac. Je vous fais grâce des suites de la supercherie.

Tant que la sécurité sociale demeure une vue de l’esprit dans nos pays en mal de gouvernance, aucun pouvoir dans nos Etats ne peut mettre un terme à ce commerce qui est le bienvenu pour les gagne-peu qui forment 90% des populations d’Afrique noire. Ce commerce sans frontière s’est heureusement étendu jusqu’en zone rurale où il n’y a d’ailleurs pas d’officines appropriées. Ainsi va notre société en ce début du XXIe siècle, société où les inégalités sont toujours plus accentuées que les pouvoirs publics, à défaut de croiser les bras, mènent des combats qu’ils reconnaissent perdus d’avance ; car tant que le mal prévaut en amont ce n’est pas en aval qu’on va l’éradiquer.

Phil Ndedi

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