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Camair-Co, quatre ans après: Quelle place face à la concurrence ?

camair-co-Cameroun

La destination Cameroun est régulièrement desservie par 26 compagnies aériennes. Parmi elles, une seule compagnie nationale : la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co). Société anonyme au capital de 100 millions de F, la Camair-Co a été créée

par décret présidentiel n°2006/293 du 11 septembre 2006 avec pour unique actionnaire, l’Etat du Cameroun. Son exploitation a officiellement démarré le 28 mars 2011 avec un vol inaugural domestique Douala-Yaoundé-Douala et un vol long courrier Douala-Yaoundé-Paris, ce même jour. La compagnie basée à Douala compte environ 700 employés avec une flotte récemment portée à cinq avions, avec l’arrivée des deux aéronefs MA60 (acquis par l’Etat du Cameroun) qui vont s’ajouter au Boeing 767-300 ER de 211 places et aux deux Boeings 737-700 de 137 places acquis en leasing (crédit-bail). Dans l’ensemble, le trafic aérien au Cameroun a connu une progression en ce qui concerne le trafic passagers international. En 2014, le trafic des passagers a connu une augmentation de 10% par rapport à 2013. Une hausse plus ressentie au niveau sous-régional où les passagers de la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) ont progressé de 28%. Par contre, sur le segment des vols domestiques, le trafic passager a plutôt régressé de 5%, passant de 312 692 passagers en 2013 à 295 969 passagers en 2014.

Quatre ans après son entrée en activité, c’est dans un espace aérien très courtisé que la compagnie aérienne nationale évolue. Huit nouvelles compagnies aériennes ont rejoint le marché camerounais entre 2013 et 2014, d’après les chiffres de l’Autorité aéronautique (CCAA). Au tableau des performances de 2014, Camair-Co figure dans le top 5 des compagnies aériennes effectuant des vols à partir et à destination du Cameroun. D’après les données publiées dans la quatrième édition du Bulletin statistique de la CCAA sur l’évolution du trafic aérien au Cameroun, Camair-Co est troisième, avec 11% des parts de marché sur le trafic international passagers. Devant elle, Air France (21%) et Brussels Airlines (13%). Derrière Camair-Co, Ethiopian Airlines (8%), Asky et Turkish Airlines qui gèrent chacun 7% du trafic passagers.

Si tout semble aller pour le mieux dans le secteur du trafic aérien, pour la compagnie aérienne nationale, ce n’est pas encore la performance attendue, notamment celle traduite dans sa vision : « Etre la compagnie aérienne leader qui relie la façade atlantique de l’Afrique au reste du monde ». En effet, comparaison faite avec ses concurrents directs, Camair-Co, de l’avis de certains analystes de ce secteur, n’a pas encore atteint la vitesse de croisière. La ligne de Paris couverte par la compagnie est présentée comme la cause du déficit que connaît cette entreprise. C’est que, d’après les explications, sur cette même ligne qu’elle partage avec ses concurrents, Camair-Co n’offre pas les mêmes atouts. « Pour se mettre au même niveau que ses concurrents, elle doit avoir le même type d’appareils, avec le même type de confort », confie notre source. L’un de ses concurrents, Air France, premier sur le ciel camerounais, annonçait en décembre dernier, une montée en gamme avec la mise en service dès ce mois de mars 2015, de Boeings 777 équipés de nouvelles cabines pour la desserte régulière des villes de Libreville, Douala et Malabo. Turkish Airlines, qui effectue déjà sept vols par semaine au départ de Douala, ambitionne de porter la fréquence de vols à partir de Yaoundé à sept également (contre quatre actuellement). Une ambition justifiée par le nombre d’opérateurs turcs voulant réaliser des affaires au Cameroun.

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La flotte de Camair-Co reste un sérieux handicap, qui empêche la compagnie de tenir tête à ses concurrentes. L’entreprise gagnerait, selon certains analystes, à acquérir de petits avions de 50 places par exemple (dont les coûts d’entretien et de maintenance sont réduits), pour être plus rentable. Selon un cadre de l’entreprise, le taux de remplissage des avions Camair-co se situe à environ 30%, très loin du taux de 75% requis à une compagnie pour être rentable. Il est également indispensable pour la compagnie de développer un hub (aéroport choisi par une compagnie pour y faire transiter une partie notable de ses vols et y assurer des correspondances rapides et garanties). Côté finances, le business-plan de la compagnie qui couvre la période 2011-2015, prévoyait qu’elle commencerait à engranger des bénéfices dès 2014. Or, l’entreprise continue de recevoir des ressources de l’Etat. Lors du dernier emprunt obligataire émis en 2014 par l’Etat du Cameroun, Camair-Co a reçu trois milliards de F. L’instabilité des directeurs généraux (quatre en l’espace de quatre ans) à la tête de la compagnie, (actuellement dirigée par Jean Paul Nana Sandjo nommé en juin 2014) n’arrange rien. S’agissant du service, les vols en retard, les vols annulés et l’absence d’informations, restent les principaux griefs des clients.

Dans un marché du trafic aérien de plus en plus concurrentiel, les compagnies aériennes européennes et africaines n’hésitent pas à multiplier leurs fréquences de vols ainsi que leurs destinations. Le renforcement de la flotte et l’offre de service (confort) ne sont pas en reste. Elles misent sur le marché africain qui présente un fort potentiel de croissance et pourrait devenir l’un des plus importants du monde, sous l’effet de la croissance économique, de l’urbanisation, du développement du tourisme et de la libéralisation du secteur (consacrée au Cameroun par loi de juillet 2013 portant régime de l’aviation civile). Des estimations font état de ce que le trafic voyageurs devrait tripler d’ici 2030 dans la région. Le trafic aérien en Afrique, selon certaines estimations, est en hausse de 5,2% par an contre 2,3% en Amérique du Nord et 3,8% en Europe. Une niche à saisir pour l’étoile du Cameroun.

Sources

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