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Camair-Co: Les défaillances du service et la concurrence freinent la compagnie nationale

Camair-co-Aviation-Cameroun

Les annulations de vols, le manque de ponctualité, et la rude rivalité avec les 26 compagnies aériennes desservant le pays, restent les principaux goulots d’étranglement de « l’étoile du Cameroun ».

« Il est 20h à ma montre. Depuis 6 heures je suis à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. J’attends d’embarquer dans un avion Camair-co qui devait décoller à 8h 25. La dernière information c’est qu’on pourrait enfin partir vers 22h à bord d’un appareil égyptien », s’indignait ainsi un journaliste de la chaine de télévision Canal 2 le 31 mai 2015 sur sa page Facebook. Le lendemain 01 juin par le même canal, c’est un confrère en service dans une ONG internationale qui faisait également entendre ses inquiétudes face aux manquements de la compagnie aérienne nationale. « Vol Camair-Co pour Ndjamena, annulé ce matin sans plus d’explication aux passagers », regrettait t-il.
Ce type de dénonciations est presque légion. Et plusieurs raisons sont évoquées pour justifier ces défaillances. Un responsable de la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co), explique qu’«il y a des vols qui manquent cruellement de passagers. Il est difficile

d’aller à Paris avec un avion qui compte moins de 30% de passagers à bord, quand on sait que le taux de remplissage minimum et rentable est de 75% ». A côté de cela, la faible considération des camerounais à l’égard de leur compagnie est un véritable obstacle. « Je n’ai jamais voyagé avec Camair-Co. Elle ne me parait pas différente de l’ex-Camair. Je constate que presque rien n’a évolué. Il y a des retards, et des annulations de vols. Pourtant tout était exemplaire lors des premiers vols », se souvient un commerçant régulier de la ligne Douala-Paris-Douala. Il ajoute que « même les hautes personnalités du pays : grands hommes d’affaires, ministres et diplomates, me donnent raison. Puis ce que nous voyageons tout le temps ensemble dans les compagnies concurrentes à Camair-Co. Ça montre bien qu’elles même ne veulent pas souffrir des insuffisances de notre société. El qu’elles recherchent un certains niveau de confort ». Une situation qui fait dire à un responsable de Camair-Co que « les camerounais manquent de patriotisme. Ils tuent une entreprise de souveraineté comme celle-ci. Nous faisons beaucoup d’efforts pour leur garantir un service de qualité S’ils nous faisaient confiance, la compagnie nationale ne connaitrait pas autant de difficultés à s’imposer».

Autre problème toujours relevé par certains observateurs, est l’insuffisance d’aéronefs. Malgré que la Cameroon Airlines Corporation, a récemment améliorée sa flotte. Avec notamment, l’acquisition de deux aéronefs MA60 via l’Etat du Cameroun. Ceux-ci sont venus s’ajouter au Boeing 767-300 ER de 211 places et aux deux Boeings 737-700 de 137 places acquis en leasing (crédit-bail). Bon point certainement, mais la courbe des attentes restent ascendantes. « Cinq avions c’est toujours insignifiant pour une entreprise qui ambitionne d’être la compagnie aérienne leader qui relie la façade atlantique de l’Afrique au reste du monde. Il faut plus d’avions et pas des moindres», conseille un spécialiste de l’aéronautique.
En quatre ans d’âge, même si le trafic connait une amélioration, il demeure cependant faible. Notamment pour ce qui est des vols dits domestiques, couvrant le territoire national. Car, le trafic passager a plutôt régressé de 5%, passant de 312 692 passagers en 2013 à 295 969 passagers en 2014. Par contre, le trafic passager international, en 2014 a connu une légère augmentation de 10% par rapport à 2013. Une hausse plus ressentie au niveau sous régional où les passagers de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ont progressé de 28%.

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Concurrence

Le marché de l’aviation est en évolution permanente au Cameroun. D’après les chiffres de l’Autorité aéronautique (CCAA), huit nouvelles compagnies aériennes sont entrées dans le marché camerounais entre 2013 et 2014. Parlant des performances de Camair-Co en 2014, elle figure dans le top 5 des compagnies aériennes qui effectuent des vols à partir et à destination du Cameroun. Selon des données rendues publiques dans la quatrième édition du Bulletin statistique de la CCAA sur l’évolution du trafic aérien au Cameroun, Camair-Co est troisième, avec 11% des parts de marché sur le trafic international passagers. Elle qui est basée à Douala et emploie près de 700 employés, est devancée par Air France (21%) et Brussels Airlines (13%). Derrière Camair-Co, Ethiopian Airlines (8%), Asky et Turkish Airlines qui gèrent chacun 7% du trafic passagers.
Un rang qui aurait été plus favorable si le trafic était mieux rentable s’agissant des voyages long courriers. « Si la ligne de Paris était pleine de passagers, Camair-Co connaitrait une faute rentabilité. Pace que c’est à ce niveau que peine véritablement l’entreprise. Surtout pour les voyages Paris-Cameroun où vous avez moins de 20 passagers dans un voyage. Les gens préfèrent aller chez les concurrents pour plus d’assurances et de confort. Ça crée forcément un déficit énorme chez nous », explique un Cadre de Camair-Co Yaoundé.
Pour survoler cette forte concurrence, l’expert en aéronautique suggère que « Camair-Co se dote du même type d’appareils, comprenant le même type de confort ; des petits avions de 50 places dont les coûts d’entretien et de maintenance sont moins élevés. Ceci permettra de faire des bénéfices dans les trafics qui ont peu de passager. Et donc ça limitera les retards et les annulations des vols.». Par ailleurs, conseille t-il, « Camair-Co qui est une entreprise anonyme au capital de 100 millions de FCFA doit cesser de recevoir des appuis de l’Etat, en renforçant sa flotte et son offre de service (confort Ndlr) Elle doit privilégier le marché africain qui présente un énorme potentiel de croissance. Et les autorités doivent également cesser de renouveler en permanence les administrateurs. Cela est un handicap non négligeable.».
Autant de propositions pour empêcher à « l’étoile du Cameroun » de connaitre le même sort que son défunt prédécesseur la Camair Airlines. Car, les experts expliquent que le secteur du transport aérien appelle à des reformes et des ajustements permanents. C’est peut-être pourquoi Air France, premier sur le ciel camerounais, a entamé une montée en gamme avec la mise en service depuis quelques mois, de Boeings 777 équipés de nouvelles cabines pour la desserte régulière des villes de Libreville, Douala et Malabo. Turkish Airlines, qui effectue déjà sept vols par semaine au départ de Douala, ambitionne de porter la fréquence de vols à partir de Yaoundé à sept également (contre quatre actuellement). Une ambition justifiée par le nombre d’opérateurs turcs voulant réaliser des affaires au Cameroun.

Source: camerounlink.net

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