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Boko haram : une dizaine de roquettes tirées sur fotokol

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On déplore la perte d’un commerçant camerounais.

Dans la nuit du 14 au 15 octobre 2014, des combattants de Boko Haram ont tiré une dizaine de roquettes sur la ville de Fotokol. Non sans tenter d’y pénétrer à partir du quartier Makambara, situé à la périphérie de la ville et séparé de la bourgade de Chaouri du côté du Nigeria par la rivière El Beïd. La veille déjà, 13 octobre 2014, des militaires de l’armée camerounaise ont abattu un combattant de cette secte et capturé quatre autres qui avaient réussi à s’infiltrer dans la ville, toujours par le quartier Makambara.

L’armée camerounaise a fait usage de ses chars pour contenir les velléités de la secte. Si aucun bilan n’est encore disponible sur les pertes globales dans ses rangs, les curieux ont apercus tout de même à Chaouri, couchés au bord de la rivière, six corps de des combattants de la secte. Et comme c’est le cas depuis la bataille qui oppose l’armée à la secte pour le contrôle du pont sur la rivière El Beïd qui relie la ville de Fotokol à celle nigériane de Gambaru, la secte est contrainte d’abandonner à la nature, les dépouilles de ses combattants.

«L’armée essaye autant faire que se peut d’établir un périmètre de sécurité de l’autre côté de la frontière nigériane à partir de ses positions à Fotokol. Toute tentative de récupérer les corps entraîne une riposte de notre part», explique une source militaire à Fotokol. Une stratégie payante. Désormais, pas une seule mouche n’approche le périmètre délimité par l’armée camerounaise, de l’autre côté du pont sur la rivière El Beïd, à Gambaru.

La ville de Fotokol déplore toutefois un mort au cours de ces bombardements aveugles. Il a trouvé la mort à Djaborona, au nouveau marché de la ville. «Ce commerçant a perdu la vie au marché. Au total, deux roquettes sont tombées sur le marché», renseigne Mahamat Djibrine, un habitant de la ville. Ces bombardements incessants, de surcroît de nuit, ne sont pas sans affecter le moral des populations. «Pour l’instant, l’armée ne peut faire grand chose contre des roquettes tirées depuis le Nigeria par des combattants essentiellement mobiles qui profitent de la nuit pour engager des combats éreintants», explique une source.

Conséquence, l’on observe pour la première fois des mouvements de populations quittant la ville. C’est ainsi qu’au petit matin du 15 octobre 2014, certains habitants ont profité de l’accalmie pour quitter la ville alors qu’à Kerawa et Kolofata, c’était le mouvement inverse. En effet, depuis la libération des 27 otages, des populations qui avaient fui ces localités et trouvé refuge à Mora retournaient chez elles.

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INQUIÉTUDES

Le niveau de la rivière El Beïd qui sépare le Nigeria du Cameroun au niveau de l’arrondissement de Fotokol, qui jusqu’ici a servi d’obstacle naturel aux velléités de la secte, est entrain de chuter dangereusement. D’où l’inquiétude des populations dans la mesure où la baisse du niveau des eaux offre des possibilités de mouvements aux combattants de Boko Haram qui contrôlent toute la frontière avec l’arrondissement de Fotokol.

«Il ne faut pas être un expert pour se rendre à l’évidence que leurs tentatives d’incursion ont lieu là où le niveau d’eau du fleuve est bas. A Chaouri par exemple, il arrive à peine aux genoux et s’exercent déjà. On voit qu’ils sont manifestement pressés », explique un officier de l’armée sur le théâtre des opérations. Populations et forces de sécurité appréhendent donc la saison sèche avec une certaine anxiété.

De nombreux observateurs s’attendent eux aussi à ce que les combats redoublent d’intensité à cette période de l’année, partie parce qu’ils pensent que la secte retrouvera sa mobilité le long de la frontière, qui pis est dans une configuration où l’armée camerounaise est réduite à la défensive. Si tous les pays engagés dans cette guerre prennent leurs responsabilités et soulagent l’armée camerounaise du fardeau qu’elle porte toute seule aujourd’hui, la saison sèche pourrait ne pas sourire à Boko Haram. De fait, c’est l’efficacité du dispositif militaire arrêté le 07 octobre 2014 à Niamey, par le Cameroun, le Nigeria, le Tchad, le Niger et le Benin qui va en partie décider de l’issue de la guerre. «En dehors des armes prélevées sur l’armée nigériane, l’essentiel de l’armement de la secte transite par le Lac Tchad.

Si cette voie est bien contrôlée, il va sans dire que son approvisionnement à partir de la Lybie, du nord Mali, du Soudan et autres sera sérieusement perturbé. Les pays doivent travailler à assécher la secte, c’est l’unique levier sur lequel ils peuvent encore actionner car pour ce qui est du recrutement, la secte ne manquera pas de combattants à court terme», analyse un spécialiste du dossier. Privée de ravitaillement, Boko Haram devra donc désormais compter ses munitions et ses attaques.

© L’Oeil du Sahel : RAOUL GUIVANDA

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