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Boko Haram: Paul Biya récolte les gains politiques

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Face à la menace terroriste Boko Haram, le président de la République est redevenu «fréquentable» à l’international et fédère autour de lui toutes les sensibilités nationales.
Le 26 mai 2014, Barack Obama a adressé une lettre au Président de la République Paul Biya, à l’occasion de la 42ème fête nationale du Cameroun. Ce qui aurait dû être une banalité, une simple courtoisie diplomatique a pris les allures d’un grand événement au point de faire la une de Cameroun Tribune. «Paix et sécurité en Afrique: Barack Obama salue le rôle du Cameroun», titraient nos confrères lundi.
C’est que la missive du président des Etats-Unis arrive au moment où le Cameroun est aux prises avec les extrémistes nigérians de Boko Haram, qui commettent quelques exactions dans la partie septentrionale du pays. En pareille circonstance, tout ce qui peut s’apparenter à un soutien, qui plus est de la plus grande puissance du monde ne peut pas être accueilli avec la fine bouche. Ce d’autant qu’on garde encore frais à l’esprit le feuilleton des félicitations de Barack Obama à la suite de la «brillante» réélection du présent Biya en octobre 2011.
C’est donc dans le malheur semé par Boko Haram que le président de la République reconnait ses amis ou semble tirer quelques gains diplomatiques. Lorsque François Hollande arrive à l’Elysée en avril 2012, Paul Biya – alors âgé de 79 ans dont 30 passés au pouvoir – fait partie de ces notables de la Françafrique avec lesquels le nouveau président français ne souhaite pas s’afficher. La toute première visite du chef de l’Etat à Paris sous l’air Hollande a lieu en janvier 2013 dans une atmosphère froide, avec un hôte fuyant comme s’il voulait absolument éviter la traditionnelle photo aux côtés de son homologue camerounais.
«Ben Laden» tropical Paul Biya ne redeviendra fréquentable pour Paris qu’après la libération de la famille Moulin-Fournier le 19 avril 2013, soit deux mois après leur rapt non loin du parc de Waza par la secte nigériane Boko Haram. Plus tard, un autre français, le prêtre Georges Vandenbeuch, est lui aussi libéré le 10 février 2014. Il était tombé dans la nasse des mêmes hommes de Boko Haram le 14 novembre 2013.Le dénouement heureux de ces enlèvements réchauffe les liens entre les chefs d’Etats français et camerounais. «Cette affaire a incontestablement resserré davantage les liens entre le Cameroun et la France», commente M. Mestrallet, le Pdg de Gdf-Suez, l’entreprise pour laquelle travaillait Tanguy Moulin-Fournier.
Une fois libérés, les ex-otages sont les hôtes du président Biya au palais de l’Unité. Occasion pour le maître des lieux de saluer l’excellence des relations entre la France et le Cameroun. Des propos repris par le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, venu récupérer ses compatriotes. François Hollande, lui, remercie le Cameroun en insistant sur «l’implication personnelle du président Biya»…Sur le plan interne, la guerre que le Cameroun entend mener contre Boko Haram fédère autour du chef de l’Etat, toutes les sensibilités. Paul Biya tire incontestablement le gain politique d’une telle bataille dans l’intérêt du Cameroun tout entier, indépendamment des sensibilités. Les politiques se sont exprimés en faveur d’un consensus autour de cette cause nationale qu’est la lutte contre Boko Haram.

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Avec une partie de la population camerounaise au sentiment anti-occidental ou spécifiquement anti-français à fleur de peau, les médias fourmillent d’analyses et de commentaires dont certains présentent le plus sérieusement du monde- la nébuleuse Boko Haram et son «Ben Laden» tropical, Abubakar Shekau, comme une invention occidentale dans le simple dessein de déstabiliser le Cameroun et le pouvoir du président Biya. Ce sentiment national, en pareille circonstance est toujours bon pour le moral du chef suprême des armées qui s’est vêtu de son treillis.


Jean-Bruno Tagne | Le Jour

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