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Boko Haram : Marafa prone l’abolition de la polygamie

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Dans une tribune publiée par Le Jour, l’ancien secrétaire général de la présidence de la République plaide la cause des femmes. Marafa Hamidou Yaya a clairement affiché des positions féministes dans sa tribune publiée le 30 juillet dernier dans les colonnes du Jour.

Prenant prétexte des dernières attaques sanglantes de la secte islamiste Boko Haram, qui a utilisé des femmes comme bombes humaines, l’ancien secrétaire général de la présidence de la République aujourd’hui incarcéré au secrétariat d’Etat à la Défense a plaidé la cause des femmes. « Les bombes humaines des deux attentats de Maroua, écrit-il, ont été des fillettes et des jeunes femmes, dont certaines vivaient de mendicité.

Elles devaient avoir la soif d’apprendre, le rêve de se réaliser par le travail et l’entreprise, l’ambition d’être indépendantes et de construire une famille dans laquelle elles auraient été les égales de leurs maris. C’est sans aucun doute la conscience désespérée que rien de tout cela ne se réaliserait pour elles, qui les a poussées vers ce geste sanglant et absurde, et non une quelconque foi ou idéologie. » Comme s’il était dans une opération de charme, Marafa Hamidou Yaya prend une position rarement assumée par les hommes politiques : l’abolition pure et simple de la polygamie.

L’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation ajoute que le projet de loi portant code de la famille doit être immédiatement adopté. Pour Me Ntiga, avocat au barreau du Cameroun, la question de la polygamie est assez complexe dans le contexte camerounais. « La polygamie, ditil, a des aspects sociologiques dont il faut tenir compte. Comment allez-vous faire pour qu’un lamido ou un chef traditionnel admette qu’il n’a plus le droit d’épouser autant de femmes qu’il le souhaite ? » Florence Fama Zang, de l’association Femmes et progrès, quant à elle juge la position de Marafa Hamidou Yaya courageuse et inédite. « Que Marafa se prononce aussi clairement contre la polygamie ne peut rien avoir d’anodin, avance-telle. Non seulement du fait de sa casquette d’homme politique, quoiqu’emprisonné, mais aussi du fait de son origine. Il vient quand même d’une région où il y a de nombreux polygames.

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C’est très courageux pour lui de prendre une telle position sachant qu’il va se mettre une bonne partie des hommes à dos. Mais au moins il aura récolté les suffrages de beaucoup de femmes qui pensent que la polygamie est une pratique qui n’a plus de place dans une société moderne. » Deux formes de mariage sont reconnues par la loi camerounaise : la monogamie et la polygamie. Le choix du système matrimonial appartient exclusivement à l’homme. Une exigence de l’ordonnance de 1981 qui ne passe plus dans les milieux féministes. Il s’agit, pense-t-on ici, d’une manifestation claire de l’inégalité entre l’homme et la femme. « L’ordonnance de 1981 sur l’état civil au Cameroun est aujourd’hui dépassée, soutient Florence Fama Zang. Le Cameroun a l’obligation de s’arrimer à des instruments juridiques internationaux qui font la promotion de l’égalité des genres. Le code de la famille que nous appelons de nos voeux depuis de nombreuses années devrait régler ces problèmes ».

Au-delà de la question de la polygamie, Marafa Hamidou Yaya se montre sensible aux autres problèmes auxquels les femmes font face et qui sont, selon lui, « des archaïsme nocifs ». « Fixons un minimum légal pour éviter les mariages précoces et développons le planning familial, en particulier dans les zones rurales, propose- t-il. Interdisons et luttons contre les pratiques telles que l’excision et le massage à la pierre brulante des seins des jeunes filles pour freiner leur croissance. Inscrivons dans la loi l’égalité de traitement des hommes et des femmes en matière d’héritage. »

Jean-Bruno Tagne

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