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Boko Haram : Les Kanuri, victimes du délit de faciès

Kanuri, Bornouans ou Koolé, avez-vous une idée ? C’est pourtant l’un des groupes ethniques, avec les Kanembu du Tchad, qui ont composé l’empire millénaire du Kanem-Bornou. Résultat de la colonisation, cet empire a été partagé entre le Tchad, le Cameroun, le Nigeria et le Niger. Quelle est la part des Kanuri dans la constitution du groupe Boko Haram ? Difficile d’avancer un chiffre précis. Seule certitude, la secte est bien implantée dans le Bornou-State, un Etat peuplé de Kanuri, et qui font d’eux des boucs émissaires dans toute la sous-région.

Pourtant, les membres de cette nébuleuse terroriste se recrutent désormais indistinctement dans les différents groupes ethniques du Nord-Ouest du Tchad, du Nord du Niger, du Nord-Est du Nigeria et de la partie septentrionale du Cameroun. Mais par un sort tragique du destin, seuls les Kanuri, soupçonnés d’être majoritaires dans cette secte, portent sur eux, l’opprobre. De ce fait, à tort ou à raison, ils sont aujourd’hui la cible des forces de défense et de sécurité de divers pays de la sous-région. Et pas seulement. Même Boko Haram les traque sans pitié. Pour les forces de défense et de sécurité, les Kanuri reflètent le profil-type du terroriste Boko Haram.

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D’aucuns vont jusqu’à laisser croire qu’un Kanuri est forcément un Nigérian. C’est ainsi qu’il est devenu monnaie courante de croiser des personnes interpellées à l’occasion d’un contrôle de routine ou de bouclage, parce qu’elles présentent un profil Kanuri, reconnaissable aux balafres portées sur leurs visages. Ceux d’entre eux qui ont échappé à ce signe particulier ancestral ont renoncé tout simplement à leur appartenance ethnique en s’identifiant à des ethnies voisines. Du côté des terroristes de Boko Haram, les choses sont beaucoup plus simples. Ils semblent appliquer à la lettre l’adage «qui n’est pas avec nous est contre nous».

Pour ceux-ci donc, un bon Kanuri est avant tout Boko Haram. Tous les Kanuri n’étant pas acquis à leur cause, ceux qui n’appartiennent pas à la secte sont considérés comme des traitres, et par conséquent sont des cibles permanentes. Les Kanuri sont donc entre le marteau et l’enclume, et les chances de s’en sortir sont bien minces. Ce groupement ethnique, menacé de disparition en ce moment, mérite une attention particulière de la part des autorités afin d’éviter tout amalgame.

© L’Oeil du Sahel : DOUWOURÉ OUSMANE

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