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Boko haram : Les comités de vigilance se mettent en place

boko Haram-Nigeria-Abuja

Dans l’arrondissement de Mokolo, 1500 jeunes se sont constitués pour barrer la route aux terroristes de la secte islamiste  Boko haram.

Dès Mokong, on peut déjà voir des troncs d’arbres qui bloquent la route. Ce village, porte d’entrée de l’arrondissement de Mokolo dans le département du Mayo Tsanaga, n’est pourtant pas le plus exposé aux exactions des Boko Haram, mais les autorités administratives en ont décidé ainsi. « Nous avons mis sur pied des comités de vigilance dans les 200 villages et quartiers de l’arrondissement, conformément à une directive du gouverneur de la région », explique Théophile Beina Nguia, le sous-préfet de l’arrondissement de Mokolo.

La traduction de cet arrêté préfectoral est une grosse adhésion des populations à la lutte aux terroristes. Les chefs des deux cantons, des cinq chefferies de 2ème degré et des quartiers ont fourni des hommes. « Ils ont été recrutés parmi des volontaires les plus jeunes et les plus vigoureux. Leur moralité est vérifiée. Ils sont 1500. Leur mission est de filtrer toutes les entrées et les sorties des villages et quartiers », précise le sous-préfet. Ces comités de vigilance sont sur pied depuis le début du mois de juin 2014 et, déjà, ils semblent obtenir des résultats.

« Ils posent de sérieux problèmes aux Boko Haram, qui n’aiment pas les obstacles. Ils ont reçu l’ordre de couper les principales routes et sentiers pour gêner les terroristes dans leur avancée, mais surtout dans leur repli », ajoute Théophile Beina. Ceux que nous avons rencontrés, ne disposent d’aucune arme. Mais il se raconte qu’ailleurs, les comités de vigilance ont des machettes tranchantes, des arcs et flèches empoisonnées.

Samedi 30 aout 2014 sur les hauteurs de la ville de Mokolo, au quartier Zimangayak, nous sommes à 30 km de la frontière avec le Nigéria. Sur cette route escarpée taillée dans la pierre, Justin Vasta et Ousmane, deux quinquagénaires à l’air benêt, sortent de leur cachette derrière des cases à l‘approche de la voiture du sous-préfet que nous accompagnons dans une tournée d’inspection. Ils ont la garde d’une barrière faite de robustes branches qui bloquent la route de part en part.

Pour ne pas avoir à faire à eux, l’usager a le choix entre des rochers qui abondent sur cette colline et la pente abrupte, elle aussi parsemée de grosses pierres.

Contributions

Les deux hommes vont tout de suite rentrer en action sous nos yeux. La scène se déroule vers 11 h Un arrêté du gouverneur interdit la circulation entre les villes de la Région à partir de 20 h, mais nos deux hommes ne semblent pas le savoir. Leurs premières victimes, des gendarmes du Groupement polyvalent. Ceux-ci n’ont pas d’autres choix que d’attendre que les deux hommes lèvent nonchalamment leur lourde barrière. L’opération dure cinq minutes au moins. Les gendarmes ne semblent pas contents. Mais les deux gardiens n’en ont cure.

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Ils ferment aussitôt la barrière à un camion qui transporte du sable. Là, ils prennent encore plus de temps. « Ils ont même l’autorisation de contrôler les cartes nationales d’identité. Tout citoyen honnête devrait s’y conformer sans faire de difficulté », dit le sous-préfet. « Nous avons demandé que les commerçants vendeurs de Bil bil, coiffeurs et autres versent 100 Fcfa, chacun, par marché périodique ou par semaine, alors que chaque ménage doit payer 200Fcfa par mois », déclare le sous-préfet. Selon lui, l’argent ainsi collecté auprès des 310 000 personnes de son arrondissement est investi dans l’équipement des comités de vigilance.

Ils perçoivent, en sus de ces contributions des habitants, de l’argent qui provient des nombreuses amendes aux contrevenants : six lampes torches pour s’être déplacé à moto en zone rurale ou troismachettes pour avoir rudoyé des vigiles. « Nous voulons ainsi créer de l’émulation ». Les vigiles n’ont pas attendu d’être félicités pour faire montre de zèle. « Certains ont renforcé les barrières de grosses pierres», raconte un collaborateur du sous préfet. Ces mesures, pour folkloriques qu’elles paraissent, semblent justifiées au regard de la dernière actualité de la zone.

Jeudi aux alentours de 11h40, l’aviation nigériane a bombardé aux abords de la frontière non loin de la localité camerounaise de Tourou. Les déflagrations provenant du Nigéria ont fait croire aux populations venues au marché périodique de Tourou que les terroristes attaquaient. Une débandade s’ne est tout de suitesuivie. Pendant ce temps, 16 km plus loin, Les Boko Haram ont attaqué la localité nigériane de Vizik. Ils voulaient s’en prendre aux douaniers et à la police des frontières de chez eux.

Ceux–ci se sont enfuis côté camerounais. Les terroristes les ont poursuivis sur près de 4 km. Ils ont tué des personnes, mais ont manqué ceux qu’ils recherchaient. Ils sont restés dans cette localité entre 12h et le matin du lendemain. Le comité de vigilance de Tourou a alerté les autorités camerounaises, qui, à leur tour, ont appelé les soldats du bataillon d’infanterie motorisée stationnés à Tourou. « Ils n’ont daigné réagir qu’à 7h le lendemain », se plaint Théophile Beina.

© Le Jour : Aziz Salatou

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