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Boko Haram: Le Tchad envoi au moins 1000 soldats au Cameroun

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Face à l’ampleur des violences commises par Boko Haram au Nigeria, la voie du dialogue semble désormais impossible à suivre. Selon une source diplomatique tchadienne, N’Djamena se prépare à envoyer au moins un millier de soldats tchadiens au Cameroun en guerre contre la secte islamiste qui a rasé le village de Baga au nord-est de l’Etat de Borno au Nigeria, faisant au moins 2000 morts la semaine passée selon Amnesty International et Human Right Watch.

Après avoir annoncé son aide, le Tchad a décidé d’envoyer un important contingent militaire au Cameroun en proie à de violents combats au nord avec Boko Haram, près d’un millier de militaires tchadienne selon une source diplomatique tchadienne à Paris. Les parlementaires devraient voter une résolution dans ce sens à la demande du président du Tchad Idriss Déby. Le nombre et la durée de l’intervention reste à confirmer et à préciser.

En janvier 2013, le chef de l’état du Tchad avait de la même façon sollicité les députés pour engager son pays dans la guerre au Mali. Pourtant encouragée par son allié Paris dans la guerre contre le terrorisme, N’Djamena avait soutenu le dialogue entre les autorités du Nigeria et plusieurs chefs de Boko Haram. Les négociations dans la capitale tchadienne avaient abouti à un accord de cessez-le-feu laissant espérer une libération des 200 jeunes filles retenues par le groupe terroriste. Un accord vain et inutile puisque les violences se sont poursuivies sans relâche au Nigeria et tout récemment au bord du lac Tchad où près de 2000 personnes auraient été tuées du 3 au 7 janvier dernier par Boko Haram selon Amnesty International et Human Right Watch.

La secte extrémiste a attaqué les villes de Baga, Doron Baga et ses environs. Selon des clichés satellites publiés par Amnesty International qui dénonce l’une des actions les plus sanglantes de Boko Haram, la ville de Baga a été en grande partie rasée. Ce nouveau massacre montre que le conflit ne fait que s’aggraver depuis 12 mois. Le bilan des victimes de Boko Haram fait état de 4000 civils tués en 2014 selon Amnesty Internationale, des milliers de déplacés également. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés près de 7 300 réfugiés nigérians sont arrivés dans l’ouest du Tchad.

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Vers une intervention internationale contre Boko Haram?

La montée en puissance de la secte islamiste démontre chaque jour l’impuissance des autorités du Nigeria. Pour le Cameroun voisin visé par des attaques de Boko Haram, l’état du Nigeria reste passif. Sous le feu des critiques, le président Goodluck Jonathan n’est jamais parvenu à lutter efficacement contre ce danger permanent. Les raids de Boko Haram se multiplient à la frontière nord du Cameroun forçant le pays à engager près de 3000 militaires. Rien n’arrête sa folie meurtrière et ses provocations, le président du Cameroun Paul Biya a été directement menacé par un chef de Boko Haram Abubacar Shekau.

Réputé pour son efficacité en matière de lutte contre la piraterie maritime notamment, le bataillon d’intervention rapide (BIR), l’unité d’élite de l’armée camerounaise est mise en difficulté. L’intervention militaire du Tchad s’annonce ardue, si les militaires tchadiens sont parvenus à repousser efficacement les djihadistes au Mali, le nouveau terrain de guerre et les raids incessants de Boko Haram devraient leur donner du fil à retordre. Il y a deux jours dans un premier communiqué, le Tchad a exhorté la communauté internationale à des actions concrètes.

L’impuissance du Nigeria, première puissance économique du continent africain, suscite bien des interrogations sur la fragilité du pouvoir de Goodluck Jonathan tout comme le refus des puissances du nord à s’engager militairement pour stopper l’horreur au Nigeria et dans la sous-région. L’enlèvement de 223 jeunes filles avait ému le monde entier en mars 2014, le slogan « Brings back our girls » a fait le tour de la planète comme celui de Charlie Hebdo, « je suis Charlie » après la vague d’attentats commis par des djihadistes en France. Quelques semaines plus tard, Paris justement avait convoqué à la demande de Goodluck Jonathan un sommet pour renforcer la coopération internationale. Presqu’un an plus tard, on se dirige vers une intervention militaire généralisée dans la sous-région sous la houlette du Tchad qui préside la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC). On se doute bien que ce renfort militaire devrait se doubler d’une aide logistique française et/ou américaine. Reste à savoir comment le Nigeria va réagir à l’envoi de troupes tchadiennes au Cameroun, la bataille risque de se prolonger de l’autre côté de la frontière nigériane.

La rédaction

@Afriqueinside

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