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Boko Haram: Idriss Déby à la manette, Paul Biya en spectateur

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Les  négociations pour obtenir le cessez-le feu contre la secte Boko-Haram, la semaine dernière, se sont déroulées avec tous les pays concernés par le phénomène à l’exception du Cameroun. Une mise en touche de Yaoundé qui vient sanctionner le manque de collaboration des autorités sur le sujet, mais surtout renforce l’idée de la perte de leadership du pays dans la sous-région.

Il y a un peu plus d’une semaine, le monde apprenait la libération, par le groupe Boko Haram, de 27 otages qu’il détenait depuis plusieurs mois. 10 ressortissants chinois et 17 Camerounais voyaient ainsi leur calvaire prendre fin dans la nuit du vendredi 10 au samedi 11 aux premières heures de la journée quelque part sur la frontière Cameroun-Nigeria. Dès cet instant, les médias d’Etat et pro gouvernementaux ont entonné des chants à la gloire de l’architecte de ce dénouement heureux : Paul Biya, le président de la République du Cameroun qui n’aurait ménagé aucun effort pour que tous les otages enlevés sur le sol camerounais recouvrent la liberté.

Depuis jeudi 16, on en sait un peu plus sur les circonstances qui ont entouré cette libération, ceci à la faveur du cessez-le-feu annoncé entre Boko Haram et les autorités fédérales du Nigeria. Selon une information rapportée par le quotidien Le Jour, des contacts informels ont été noués avec la secte, ce qui a abouti à un premier round de négociations dès le 14 septembre dernier entre des représentants du gouvernement nigérian et les émissaires de la secte islamiste, sous les bons offices du Tchad. Les négociations se déroulent d’ailleurs à Ndjamena sous la houlette du ministère tchadien des Affaires étrangères. Ces négociations qui durent près d’une trentaine de jours, débouchent sur un accord en plusieurs étapes dont la première, selon Moussa Faki Mahamat, le chef de la diplomatie tchadienne, était la libération des otages de Boko Haram enlevés en territoire camerounais. Un geste de bonne volonté d’Abubakar Shekau, le sanguinaire chef de la secte intégriste assortis tout de même de quelques compensations comme la libération de quelques chefs militaires de Boko Haram détenus dans les geôles camerounaises.

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Lauriers

Le 24 septembre, un émissaire du président tchadien est reçu par Paul Biya et le contenu des échanges est diplomatiquement dévoilés à la presse par le haut responsable tchadien : une lutte concertée contre Boko Haram. A Etoudi on sait que des négociations sont en cours entre le gouvernement fédéral du Nigeria, Boko Haram et les autorités tchadiennes, et que le Cameroun n’a pas été invité à la table des pourparlers.  Ce n’est pas bien grave, pense alors les sherpas du président, tant que les résultats de ces négociations participent à célébrer la gloire du champion du régime du Renouveau. Le 10 octobre, les 27 otages sont libérés et Paul Biya peut savourer une autre victoire de sa «diplomatie discrète».

Sauf que pendant que le chef de l’Etat se complait de récolter où il n’a pas semé, ses alliés dans la lutte contre la secte continuent de cravacher dur pour en venir à bout, reléguant le Cameroun au rang de simple spectateur. Hormis le sommet contre Boko Haram organisé à Paris en mai, le président de la République n’a plus assisté à aucune rencontre sous-régionale où s’échafaudent des stratégies pour venir à bout de la secte. La « solitude » de l’homme du 06 novembre, et son désir affiché de faire cavalier seul ont poussé les autres leaders engagés dans la lutte à faire sans le Cameroun. Et la stratégie semble aujourd’hui porter des fruits : les fous de Dieu ont été amenés à la table des négociations, ce qui était impensable il y a quelques mois lorsque les hommes d’Abubakar Shekau menaient des campagnes victorieuses contre les forces nigérianes, allant jusqu’à établir un califat islamique dans les zones sous leur contrôle. Avec la signature d’un cessez-le-feu, qui fait naître l’espoir d’un arrêt des violences au Nigeria, beaucoup d’observateurs se demandent si le Cameroun ne va pas devenir le terrain de chasse des éléments incontrôlables de Boko Haram.

© Ludovic Amara | Le Messager

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