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Boko haram : Extreme Nord : Les motos sont interdites

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Le gouverneur de l’Extrême-Nord ne veut plus que les motos circulent en milieu rural et restreint les déplacements par automobile sur tous les axes routiers reliant les centres urbains de la région.

Le 07 aout dernier, le gouverneur de ma région de l’Extrême-Nord Midjiyawa Bakary, a pris deux arrêtés réglementant la circulation dans sa région : « Pour compter de la date de signature du présent arrêté, la circulation des véhicules dès 18 heures est systématiquement interdite sur tous les axes routiers reliant les centres urbains de la région de l’Extrême-Nord. Pour compter de la date de signature du présent arrêté, la circulation des motos est systématiquement interdite de jour comme de nuit dans les zones rurales », a décidé le gouverneur. Midjiyawa Bakary a pris ces actes au sortir d’une réunion avec son staff de sécurité, le lendemain de l’attaque des terroristes de la secte Boko Haram à Zigagué.

Le gouverneur voulait comprendre ce qui s’était passé la veille dans cette localité du département du Logone et Chari, en plein sur la route nationale n°1. Les experts en sécurité ont exposé au chef de la région le film et les causes de l’attaque. Selon eux, l’attaque a eu lieu vers 14 h. Elle était menée par une vingtaine d’hommes venus du Nigéria, à près de 6 km de la localité, sur des motos. Les assaillants étaient sans doute renseignés sur les mouvements de la patrouille d’une unité de l’opération Alpha. Ils ont attendu en effet le passage de celle-ci.

Les militaires étaient à une dizaine de km quand ils ont appris au téléphone que des assaillants avançaient. Ces derniers se sont avec fulgurance attaqués à des villageois et, fait inédit, à des usagers de la route. Ils les ont assassinés, mis en scène leurs corps pour les médias, pillé ce qui pouvait l’être et sont repartis vers le Nigéria. L’attaque a duré au total 15mn, ont dit des militaires qui l’ont vécue, pour ainsi dire, en » live » au téléphone.

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Les militaires ont dit que les bandits ont profité de trois facteurs majeurs. Outre le renseignement de complices infiltrés dans la population, la proximité de la frontière a permis la fulgurance de l’assaut et du repli. La configuration du terrain, cette bande de 40 Km à peu près, qui court entre Kolofata et Tildé, est une vaste véranda nue de tout arbre et plate comme le dos de la main. Le dispositif de l’opération Alpha qui se met en place n’y a pas encore mis assez de postes avancés comme c’est le cas autour d’Amchidé.

Les militaires, en attendant de s’y installer, ont instauré des patrouilles régulières dans ce secteur « découvert », où jusqu’à ce jour fatidique, Boko Haram n’avait pas montré le moindre intérêt. Les militaires ont aussi dit au gouverneur que la patrouille n’a pas pu stopper l’assaut parce que la route nationale N°1 est, à cet endroit-là très dégradée et, fait aggravant, entravée de nombreux dos d’âne.

D’autres intervenants ont soutenu que la mesure de restriction de la circulation des motos dans la ville de Maroua prise quelques mois plus tôt par le prédécesseur de Midjiyawa Bakary avait porté des résultats probants. Les agressions de nuit ont disparu. Ils ont conseillé au gouverneur d’interdire les motos. Pour les voitures, ils ont exposé que depuis l’attaque de Zigagué, aucun automobiliste ne se risquait plus sur les axes de nuit.

En conséquence, le gouverneur a pris ses décisions. Mais, dans la région, l’on s’interroge sur l’applicabilité de ces actes. Est-ce que les véhicules militaires sont aussi concernés par ces décisions ? Si oui, les terroristes possèdent de tels véhicules et des uniformes. Comment les distinguer ? Comment vont se débrouiller les populations rurales pour se rendre dans des hôpitaux éloignés de chez elles ? Comment vont travailler les moniteurs agricoles, agents des campagnes de vaccination, instituteurs et autres personnels de l’Etat qui travaillent avec des motos de l’Etat ? Va-t-on instituer des laissez-passer ?

Au quel cas, est-ce un couvre-feu ? Des réponses ne nous ont pas été données à ces questions au lendemain de la publication des arrêtés à la région, malgré nos efforts.

© Le Jour : Aziz Salatou

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