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Boko Haram exigerait la démission d’Amadou Ali

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Selon des indiscrétions puisées à bonne source, le groupe islamiste poserait entre autres comme conditions, le départ du vice-Premier ministre Amadou Ali du gouvernement.

Amadou Ali souffle le chaud et le froid en ce moment. Depuis l’enlèvement de ses proches, parmi lesquels son épouse, le vice-Premier ministre délégué à la présidence de la République chargé des Relations avec les Assemblées a perdu le sommeil. Pris entre deux feux, après le dernier coup de force de la nébuleuse terroriste à Kolofata (Extrême-Nord), l’homme a le cœur qui balance et bat la chamade : donner suite aux exigences de la secte islamiste qui, ni plus ni moins, exige sa démission du gouvernement contre la libération de ses proches ou alors rester fidèle au chef de l’Etat.

les frères kanuri d’Amadou Ali, qui partagent la philosophie de Boko Haram, seraient intransigeants sur leur position

Un faisceau d’indices incline pour l’instant à penser que le ci-devant secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie (Sed) demeure un inconditionnel dans la guerre déclarée par Paul Biya contre Boko Haram. Mais pour combien de temps ? En effet, d’après l’analyse de l’hebdomadaire La Nouvelle, les frères kanuri d’Amadou Ali, aussi bien du Nigeria que du Cameroun et qui partagent la philosophie de Boko Haram, seraient intransigeants sur leur position de le voir partir du gouvernement afin de manifester son adhésion totale au plan d’action militaire, hégémonique et idéologique de la secte. C’est à ce prix, et à ce seul prix, rapporte une source introduite, qu’il pourra obtenir la libération de ses proches.

le commando islamique tenait à faire payer à Amadou Ali son loyalisme envers le régime de Yaoundé.

Ce qui est certain, selon le journal L’Anecdote, c’est qu’Amadou Ali est en train de payer le prix de son intrépidité et de sa présence indéfectible aux côtés du chef de l’Etat camerounais, le 17 mai dernier à Paris, lors du sommet franco-africain sur la situation d’insécurité au Nigeria, au cours duquel le président Biya avait justement déclaré la guerre à Boko Haram. Traduction, le commando islamique tenait à faire payer à Amadou Ali son loyalisme envers le régime de Yaoundé. Comment ne pas rappeler que le vice-Pm est, depuis des années, une pièce essentielle du système Biya ? En dehors du Sed en effet, il a notamment été secrétaire général à la présidence de la République, ministre d’Etat-ministre de la Défense, puis vice-Premier ministre chargé de la Justice, garde des Sceaux.

Fidélité. Le natif de Kolofata est, surtout, resté un irréductible du président de la République pendant les moments difficiles. Même dans les milieux politiques, son engagement sans réserve dans la conduite de la politique prônée par Paul Biya, son long et prodigieux parcours dans la haute administration et les arcanes politiques, en disent long.

Cible principale de l’attaque de Kolofata, le fils du Mayo Sava ne serait pas étranger, pensent certains analystes, au déploiement de l’important dispositif militaire dans la partie septentrionale du pays pour faire échec aux visées funestes de la nébuleuse : Bataillon d’intervention rapide (Bir), Bataillon sol, Bir Delta, Équipes spéciales d’intervention rapide (Esir) ou encore du Groupement polyvalent de la gendarmerie nationale (Gpign). Mieux, comme féru du renseignement, il serait indexé comme celui qui a motivé le chef des Armées à créer de nouvelles unités de défense, dans la gendarmerie et dans les commandements territoriaux de l’armée de terre. On pense ici, et surtout, aux Bataillons d’infanterie motorisé (Bim) créés à Ngaoundéré, Garoua et Maroua ainsi que dans certaines autres zones névralgiques (Kousséri, Mora, Poli, Tibati).

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Le coup de force de Kolofata, indique une source militaire sous le sceau de l’anonymat, serait donc significatif à plus d’un titre. «Le comportement des hommes de la nébuleuse nigériane, lors de leurs fréquents refuges au Cameroun à la suite d’exactions dans leurs pays, va désormais changer. Certes, ils arriveront encore par centaines, mais en dehors des rapts et des actes de grand banditisme, ils ne s’occuperont plus à faire de petits trafics ou encore de faire passer des armes pour approvisionner les membres de la secte en activité au Nigeria. À Kolofata, ils ne sont pas venus pour prêcher ni chercher à convertir les Camerounais. Ils avaient certainement une mission précise, dans leur plan de déstabilisation du Cameroun», conclut cette source.

La déstabilisation qui vient du Nord

Jusqu’à une date relativement récente, l’Afrique noire était une lointaine contemplatrice des actes hideux commis par des groupes extrémistes, déterminés à reverser les régimes en place. Aujourd’hui, on constate que le loup est dans la bergerie. Telle l’hydre, le mal terroriste, davantage facilité par la circulation massive d’armes lourdes à travers les frontières poreuses, se répand sur le continent noir. Les fondamentalistes de tout bord élargissent leur champ d’action. A l’exception de certains pays africains où ils ont essuyé des échecs cuisants, les fous d’Allah font leur nid en Afrique subsaharienne sans trop de contrariétés.
Pour preuve, les efforts entrepris depuis quelques années par la République fédérale du Nigeria, en particulier par l’armée, ont été peu probants.

Idem en Somalie où, après avoir étalé leurs tentacules, les barbus feront vaciller le pouvoir central ou ce qui en tient lieu, les extrémistes ayant transformé la partie septentrionale du pays en un véritable guet-apens avec un Etat quasi-fantôme. Et, sans trop exagérer, tous les pays du continent africain seraient aujourd’hui dans l’œil du cyclone.

De fait, la stratégie commune aux sectes islamistes est de s’installer dans un pays, de mener le prosélytisme en espérant ratisser large, puis d’utiliser des méthodes de peur et de terreur. Et, une fois le maximum de fidèles obtenu, les radicaux engagent des actions terroristes avec l’assurance d’agir le plus longtemps possible dans l’ombre. C’est en cela qu’en Somalie, tout comme au Nigeria ou encore au Mali, il apparaît aujourd’hui particulièrement ardu de venir à bout d’un mal profondément ancré au sein de la population.

Et le Cameroun dans tout ça ? Les attaques, devenues quasi hebdomadaires, perpétrées par Boko Haram dans la partie septentrionale, appellent les pouvoirs publics à prendre le problème à bras-le-corps. Surtout que la secte, créée en 2002, entend demeurer menaçante et son pouvoir de nuisance, élevé. Ce qui s’est passé à Kolofata, aux premières heures de dimanche dernier, a montré que les fondamentalistes nigérians étaient capables de commettre des attentats à la fois subits et dévastateurs.

© Source : La Météo

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