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« Boire le CADI » justice d’autrefois, déclin et conséquences aujourd’hui

Il ne se passe plus une seule affaire sans que les conclusions ne soient notariées. A quoi servent ces actes lorsqu’on sait qu’à l’application, deux notaires peuvent se présenter dans le cadre d’une succession avec des avis contraires ? Voici les méandres de notre civilisation à l’ère dite moderne. Une contradiction avec les mœurs d’autrefois à laquelle, elle veut se substituer.
Hier, nous misions sur le respect de la parole donnée et la caution morale était de rigueur entre les hommes. C’est dommage pour nous autres africains d’avoir perdu l’usage des bonnes mœurs d’autrefois. Nos chefferies traditionnelles paient le prix. Plus d’une est en décadence en raison du manque d’intégrité du comité des neuf notables constituant le cercle qui décide du successeur. D’ailleurs Sa Majesté Soukoundjon Jean Rameau au trône depuis plus de 50 ans affirmait que bon nombre de chefferies sont en déchéance parce que la quasi-totalité des promus sont illégitimes.
La norme en vigueur a été foulée au pied pour des raisons stratégiques, des lobbies financiers, des intérêts inavoués, etc. … Ainsi les dépositaires testamentaires sont souvent plus ou moins corrompus. La dernière volonté du défunt qui correspond à sa dernière parole donnée est truquée.
Avant et il ne faille pas le regretter, nous n’avions pas de notaire, ni huissier, non plus tous ces valets de la République et la succession malgré certains conflits hégémoniques  se soldait par la raison de la dernière volonté. Aujourd’hui avec toutes les cautions des mandataires de la République qui, ne réagissant au choix du prince qu’en faveur de la grosseur des enveloppes.
Les valeurs nobles que procurent les actes notariés de la nouvelle civilisation ne sont pas exempts de démagogie, d’ultime tricherie et, quoique, nous y gommons parce que nous savons qu’ils sont facilement manipulables. Pourquoi avons-nous rétrogradé le cadi, la justice ancestrale qui, consiste à faire des confessions publiques en consommant l’eau sacrée au pied de la pierre divine de nos chefferies ? Si nous l’esquivons, c’est bien parce que nous savons que cette juris-prudence traditionnelle ne pardonne pas, n’excuse pas la gabegie.
Ah ! La terre de mes aïeux, qu’avons-nous fait de l’héritage culturel que tu nous as légué ? La confiance, l’intégrité, le respect de la parole donnée, qui devait continuer à être le socle de la civilisation, à être le dénominateur commun ou la mesure de l’équité entre les hommes ont complètement disparu de nos gènes. Nous semblons nous accorder et nous plaire dans la tricherie, la fourberie et le respect de la dernière volonté du défunt n’est plus qu’un fantôme.
Vieille Afrique, nous avons tout perdu de toi, si tu pouvais resurgir de la tombe, tu nous maudira tous. Ah frère ! N’est-il pas temps que nous réinventons la justice en Afrique.
Florient Kaptue
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