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Biens mal acquis: Teodorin Obiang renonce à 15 milliards de FCFA aux États-Unis

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La justice américaine a trouvé un accord avec le fils du président de Guinée équatoriale, poursuivi pour corruption.

L’information est du journal « La Croix » du 21 octobre 2014. Le fils du président de Guinée équatoriale Teodorin Obiang a accepté de renoncer à 30 millions de dollars (15 milliards de FCFA) d’avoirs aux États-Unis, dans le cadre d’un accord passé avec le gouvernement américain qui le poursuivait pour corruption. Teodorin Obiang, fils du président et deuxième vice-président de Guinée équatoriale, vendra sa villa de Malibu en Californie, une Ferrari et six statues grandeur nature de Michael Jackson, selon le ministère américain de la justice. Le fruit de la vente ira, pour 15 millions d’euros (à peu près 9,8 milliards de FCFA), à une organisation caritative active  en Guinée équatoriale et, pour 8 millions d’euros (pratiquement 5,2 milliards de FCFA), en amende aux États-Unis qui les redistribueront au peuple équatoguinéen.

En échange, le quadragénaire pourra conserver son avion d’affaires, un yacht et la majorité de sa collection d’objets ayant appartenu à Michael Jackson. Ces biens pourraient être saisis s’ils étaient transportés aux États-Unis.

Le gouvernement américain accusait Teodorin Obiang d’avoir acheté tous ces biens avec de l’argent issu de la corruption. La Guinée équatoriale est un état pétrolier de 700 000 habitants. Le revenu annuel par habitant y est de 27 000 euros mais il cache des disparités abyssales, la majorité de la population vivant avec moins d’un euro par jour.

Selon des documents de justice, le vice-président – auparavant ministre de l’agriculture et des forêts – percevait un salaire de 100 000 dollars par an et avait usé de son influence pour « amasser plus de 300 millions de dollars d’avoirs par la corruption et le blanchiment d’argent, en violation de la loi de Guinée équatoriale et des États-Unis ».

AUX SOURCES DE L’AFFAIRE

Teodorin Obiang, a été mis en examen le 18 mars 2014 pour blanchiment dans l’affaire dite des «biens mal acquis», a-t-on appris le lendemain de source judiciaire et auprès de son avocat. Des magistrats financiers enquêtent depuis décembre 2010 sur les conditions dans lesquelles trois chefs d’Etat africains – Denis Sassou Nguesso du Congo, Teodoro Obiang et le défunt président gabonais Omar Bongo – ont acquis un important patrimoine immobilier et mobilier en France. Cette mise en examen, la première dans ce dossier, a été notifiée lors d’une audition organisée par visio-conférence, a précisé Me Emmanuel Marsigny, l’avocat de Teodorin Obiang, par ailleurs vice-président de son pays.

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Lors de leur enquête visant la fortune Obiang, les juges avaient notamment saisi en juillet 2012 un hôtel particulier de six étages, situé avenue Foch, dans le XVIe arrondissement de Paris, d’une valeur de 100 à 150 millions d’euros. Dans ce somptueux bâtiment de plusieurs milliers de mètres carrés accueillant notamment une boîte de nuit et un salon de coiffure, les juges avaient déjà saisi en février 2012 200 m3 de biens de très grande valeur, lors d’une perquisition hors normes qui avait duré dix jours et nécessité plusieurs camions. Des perquisitions aux domiciles du clan Bongo à Paris et dans le sud de la France avaient également été menées en février 2013.


DES ONG À LA MANOEUVRE

Selon un document publié en 2009 par Transparency I n t e r n a t i o n a l France, la famille Bongo et ses proches possédaient en France « outre six garages, 33 propriétés, la plupart dans les quartiers les plus chics de Paris, les autres sur la Côte d’Azur ». Les magistrats se concentrent désormais sur le volet visant la famille du président congolais Denis Sassou-Nguesso. Cette enquête sur les biens mal acquis est consécutive à des plaintes de l’association herpa, qui a déposé à l’automne 2013 une plainte similaire visant un oncle de  Bachar al-Assad, Rifaat al-Assad. «Nous avons toujours dit » que Teodorin Obiang « ne cherchait pas à se soustraire à la justice. Il fallait que cet interrogatoire de première comparution se déroule dans des conditions compatibles avec les fonctions qu’il exerce et avec l’immunité qui s’y attache», selon Me Marsigny. Les magistrats avaient lancé à l’été 2012 un mandat d’arrêt  international contre Teodorin Obiang après son refus de répondre à une convocation des juges. Il avait invoqué son statut de vice-président de son pays, qui octroie à ses yeux une immunité de juridiction.

Interrogée sur une levée du mandat d’arrêt après la mise en examen, la source judiciaire a répondu que cette question, du ressort des magistrats instructeurs, n’avait pas été tranchée. Selon Me Marsigny, lors de l’audition, Teodorin Obiang a refusé de répondre aux questions sur le fond, toujours au nom de son « immunité de juridiction totale à l’étranger », qui n’a pas été levée par les autorités de son pays. Eu égard à cette immunité, Teodorin Obiang entend désormais saisir la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris d’une «requête sur la légalité de cette
mise en examen ».

D’après le quotidien El Pais, la justice française serait sur le point de conclure son enquête, après avoir entendu les témoignages « d’une douzaine d’entrepreneurs, dont dix Espagnols, qui ont expliqué aux juges les commissions illégales qu’ils ont prétendument payés lorsque Teodorin Obiang était à la tête d’une société d’exploitation de bois en Guinée équatoriale.»

© Sylvain Andzongo | Repères

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