Economie

Scandale financier à la Bicec : Néocolonialisme pernicieux autour des arrestations

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Avec la mise aux arrêts de certains personnels d’encadrement de la Bicec impliqués de près ou de loin dans la distraction de 40 milliards de F Cfa des caisses de cette banque, certaines mauvaises langues croient y adjoindre les dirigeants statutaires de cette dernière et singulièrement son Pca, Jean Baptiste Bokam, alors même qu’il est de notoriété qu’il ne saurait répondre de la gestion quotidienne de celle-ci.

Les chiffres annoncés font état de plus de 40 milliards de F Cfa envolés sans qu’à l’occasion, l’on établisse avec exactitude aussi bien les responsabilités que le mode opératoire utilisé par ceux à l’origine de cet énorme scandale financer qui a certainement ébranlé l’équilibre financier de cette structure bancaire. Au lieu de cela, on se sera plutôt empressé de désigner quelques bouc-émissaires en les personnes de Samuel Ngando Mbongue, directeur de la comptabilité et de la trésorerie, Sa Majesté Innocent Ondoa Nkou, ex-directeur général adjoint, Benoît Ekoka Essoua, commissaire aux comptes et Martin Nyamsi, prestataire de services et Pdg du Groupe Interface, près de deux mois après la survenance des faits.

Mais cela aussi, on peut valablement le comprendre, tant ceux des dirigeants statutaires de la banque qui devraient en répondre, semblaient plutôt bénéficier d’une immunité de fait. Sinon, comment penser qu’une telle somme ait pu être distraite sans que le directeur général d’alors soit au fait de cette importante saignée financière ?

On a beau faire fi de tels détails, ils sont pourtant révélateurs de la conspiration qui se trame autour de ce scandale pour lequel, ceux des expatriés qui ont été auditionnés ont pu être exfiltrés aussitôt après leur audition. Bien plus, que cache la promptitude de l’Agence française de développement à assurer un appoint financier de F Cfa 13 milliards alors qu’au même moment l’on procédait au redéploiement du personnel d’encadrement expatrié sous d’autres cieux ? Ces questions, on ne se les sera guère posées, préférant de loin confiner le scandale aux seuls nationaux et conforter ainsi la thèse de velléités cleptomanes qui sont les leurs.

Le rôle trouble de la maison mère

vient à croire que l’Etat du Cameroun qui est pourtant actionnaire au sein de cette banque, y tienne plutôt un rôle de faire valoir au point de vouloir sacrifier son principal représentant, en l’occurrence Jean Baptiste Bokam, Pca de cette structure bancaire. Pour ce faire, on se sera bien gardé de faire éclater ce scandale au grand jour alors même qu’il était déjà effectif sous Pierre Mahe, prédécesseur au poste de Dg de la Bicec d’Alain Ripert, celui par qui il fut révélé au grand public.

Aussi eston plutôt en droit de croire qu’il s’agisse de quelque savant réseau connu de la maison mère quand bien même ce fut encore elle qui commandita l’audit qui établit l’importante saignée financière pour laquelle on en est à rechercher les principaux responsables. Mais jouant de cloisonnement, la même maison mère ne semble guère s’interroger sur le rôle des dirigeants statutaires français de la Bicec, un peu comme si la rapine était un vocable essentiellement camerounais.

Ce qui malheureusement ne saurait être le cas, quand on sait par ailleurs qu’à là suite des premières interpellations certains cadres français présumés impliqués dans ce scandale ont tous bénéficié d’un redéploiement vers d’autres filières de la maison mère. Il en est ainsi notamment de Serge Le Quentrec, alors secrétaire général, Cyrille Dechanoz, directeur de l’audit interne et Remy Raffi, directeur central de la finance.

Aussi les mauvaises langues n’ont-elles pas hésité à se délier, pour y voir davantage une vaste conspiration savamment huilée, eu égard à la difficulté à démêler les écheveaux quand il y va de quelque responsabilité étrangère et singulièrement française.

Réseau bien huilé

Analyse faite cependant, cette saignée financière se sera opérée sur plusieurs exercices comptables, alors que dans le même temps, la direction générale recevait constamment un quitus de gestion. C’est donc dire que les différents états financiers qui étaient présentés au conseil d’administration étaient, si ce ne sont des faux, de savants montages pour taire les fautes de gestion imputables aux Dg français qui alimentèrent cette importante saignée financière en concédant peut-être aux responsables locaux du menu fretin. Une incongruité en somme qui a cependant le mérite d’établir de manière nette, la collusion des différents organes statutaires de la banque.

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Aussi Samuel Ngando Mbongue, quand  bien même il serait présenté comme l’un des maillons essentiels dans cette distraction de fonds, il est plutôt en réalité le bouc-émissaire idoine, au su très certainement de son ascension au sein de ladite banque. Un savant artifice en somme, quand on sait qu’il s’est agi d’un réseau bien huilé disposant très certainement de complicités insoupçonnables au sein même de la maison mère française de la Bicec.

Du coup, de mauvaises langues estiment que la découverte de ce scandale juste après le départ Pierre Mahe, le prédécesseur de Alain Ripert, participe par ailleurs de quelque volonté sibylline d’incriminer principalement la partie camerounaise et notamment les trois responsables nationaux les plus en vue : le Pca Jean Baptiste Bokam, le Dga Sa Majesté Innocent Ondoua Nkou, chef supérieur de Fifinda et bien évidemment Samuel Ngando Mbongue.

Mais autant les deux derniers ont été récemment mis aux arrêts, autant en choisissant d’y enrôler par tous les moyens le Pca de la banque qu’est Jean Baptiste Bokam, on voudrait ainsi étaler au grand jour le néocolonialisme pernicieux de la Bicec.

Quid des auditeurs ?

Bien qu’ayant été ceux par qui le scandale a été découvert, on en vient néanmoins à se poser les questions suivantes : pourquoi avoir attendu le départ du Dg sortant, pour en faire la pierre angulaire de la mission de son successeur ? Du coup, on en vient à conclure que tous les responsables impliqués de près ou de loin à la gestion des fonds ainsi volatilisés, se soient mutuellement couverts durant la fin du mandat de Pierre Mahe, le Dg sortant. Et à moins pour la Bicec de s’être mise en marge des obligations tenant notamment d’audits permanents, on devrait s’interroger pourquoi ledit scandale n’a pas été révélé au grand public plus tôt ?

Espérait-on taire la supercherie plus longtemps ? Dans tous les cas, les auditeurs de la banque ne serait être exempts de toute poursuite, singulièrement ceux évoluant en interne, mais également les différents responsables de la clientèle dans les agences. A ce titre, il ressort pour ce faire que le Dg sortant et son staff se seraient entendus d’opérer en conséquence, des affectations plutôt subjectives des personnels suspects dans le cadre de cette affaire. Mais en circonscrivant les accusations à la seule partie camerounaise, on essaie maladroitement de protéger la partie française pourtant autant coupable sinon plus que la nôtre. Et c’est en cela que cette affaire s’enlise dans un amalgame qui ne saurait oeuvrer pour la manifestation de la vérité première autour dudit scandale car, ceux aux arrêts semblent plutôt payer quelque lourd tribut à leur mise au-devant de la scène.

Chasse aux sorcières

Non contents d’étaler ainsi au grand jour, le traitement plutôt discriminatoire du dossier y afférent, on en est désormais à susciter la hantise auprès des personnels camerounais ayant de quelque manière eu partie liée avec certains des cadres interpellés. Ainsi en est-il de nombreux collaborateurs de Samuel Ngando Mbongue ou encore de Sa Majesté Innocent Ondoua Nkou licenciés sans ménagement, alors qu’en l’état ils ne pouvaient ni réfuter à leurs chefs hiérarchiques respectifs les prérogatives qui étaient les leurs et encore moins déceler quelque incongruité dans les documents signés qu’ils leur soumettaient généralement pour transmission ou enregistrement.

Suffisant dès lors pour comprendre que ceux qui se reprocheraient quelque chose, essaient ainsi de se départir de collaborateurs qui pourraient retracer l’implication de responsables expatriés ou leurs affidés à ce scandale qui, très certainement connaitra des déballages, comme d’ores et déjà annoncé par Sa Majesté Innocent Ondoua Nkou, l’ex-Dga également mis aux arrêts.

Fort heureusement, si les victimes collatérales des têtes de proue interpellées, continuent à jouer quelque carte de conciliation avec la Bicec, il n’en demeure pas moins vrai qu’engagée qu’elle est dans une véritable chasse aux sorcières, ladite banque va inéluctablement au-devant de nombreux procès, ne serait-ce qu’à en juger par la détermination de certaines victimes collatérales à faire dire le droit quant à leur licenciement sans droit social aucun. Et ce, au fallacieux motif de faute lourde qui ne transparaît pourtant nulle part.Comme quoi, décidément quand on veut noyer son chien, on l’accuse de rage. Affaire à suivre…

Pascal Ahanda Assiga

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