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Beaucoup d’enfants meurent encore de faim au Cameroun

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Au moins six décès ont été enregistrés le mois dernier à Garoua, dans l’une des régions présentant le plus grand taux de mortalité lié à ce fléau.

A 19 mois, la petite Aïcha ne mesure que 79 cm. Alors même qu’elle devait mesurer au moins 81 cm, la taille normale d’un enfant de son âge. Seulement voilà : la gamine, qui a le faciès d’un enfant atteint d’infirmité motrice cérébrale (Imc), souffre d’un retard de croissance dû à la malnutrition. «Une personne est malnutrie si son régime alimentaire ne comporte pas de nutriments adaptés à sa croissance ou à son maintien en bonne santé, ou si elle ne peut pas pleinement assimiler les aliments qu’elle ingurgite en raison d’une maladie : dans ce cas, on parle de sous-nutrition.

Ou si elle consomme plus qu’il ne faut pour les besoins de son corps, là on parle de surnutrition», explique Ines Lezama. Selon cette spécialiste en nutrition à l’Organisation des Nations unies pour l’enfance (Unicef), il y a trois types de malnutrition : la malnutrition aiguë qui peut résulter de changements à court terme de l’apport alimentaire souvent en termes de quantité, la malnutrition chronique qui tend à résulter de plusieurs problèmes à long terme et l’insuffisance pondérale (selon qu’il s’agit de la malnutrition aiguë ou chronique).

Au Cameroun, la forme la plus répandue est la malnutrition chronique, dont souffre la petite Aïcha. Cette forme est irréversible au-delà de 24 à 36 mois, affirment les professionnels de la santé. «Quarante-quatre pour cent des enfants malnutris chroniques de la Cemac sont au Cameroun», indique l’Unicef. «Un enfant mal nourri pendant une longue période subira un retard de croissance par rapport à un autre enfant du même âge», indique la spécialiste. Selon les statistiques officielles, un enfant sur trois souffre de malnutrition au Cameroun, et 3 sur 10 souffrent d’un retard de croissance.

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Tandis que 35% des décès sont dus à la malnutrition. Le mois dernier, au moins six enfants (sur 31 cas) sont morts des suites de malnutrition au Centre de nutrition thérapeutique interne (Cni), logé au sein de l’Hôpital régional de Garoua, la capitale régionale du Nord, l’une des régions présentant un taux de mortalité important avec l’Extrême-Nord. «Ce sont généralement des enfants qui nous arrivent à la phase tertiaire, quand il est trop tard pour les sauver», déplore Amadou Alouki, responsable du Cnti, structure mise en place en mai 2009.

Prévalence

Ces chiffres ne témoignent hélas pas de l’ampleur du phénomène, quand on sait que les populations, pauvres et analphabètes pour la plupart, ne fréquentent généralement pas les hôpitaux. Et que ces derniers n’ont pratiquement pas accès aux denrées alimentaires comme les épinards, le macabo ou les plantains vendus dans les marchés de Garoua, mais à des coûts assez élevés. C’est dire que des enfants meurent de malnutrition dans les familles, sans qu’on ne sache effectivement l’origine de leur décès.

Si les causes de la malnutrition sont quasi universelles (pauvreté structurelle, ration alimentaire inadéquate, situation sanitaire précaire, insuffisance alimentaire, non accès à l’eau potable et à l’assainissement, etc.), au Cameroun, «les affections, les maladies et notamment le paludisme ont un poids assez important de la malnutrition», précise Ines Lezama. La carte de la malnutrition aiguë globale chez les enfants de moins de 5 ans (Eds 2011) montre clairement que toutes les régions du Cameroun sont touchées par ce fléau.

Seules les régions du Nord et de l’Extrême-Nord, qui vivent des crises alimentaires et nutritionnelles, sont en zone orange. Ce qui, selon la classification de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), signifie que le niveau de prévalence est élevé et que la situation nécessite une intervention. Laquelle intervention passe nécessairement par la promotion des bonnes pratiques nutritionnelles, l’augmentation de la consommation des micronutriments et la prise en charge des enfants malnutris préconisent les professionnels de la santé. Autrement dit, les interventions menées par le gouvernement camerounais et ses partenaires au développement doivent cibler la prévention de la malnutrition. Après tout, de dit-on pas que prévenir mieux vaut que guérir ?

© Mutations : Patricia Ngo Ngouem

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