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Avom Dang : « Plus de 20 armes de guerre entrent illégalement au Cameroun par jour »

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Le sous-préfet de l’arrondissement de Moloundou dont la tête a été mise à prix par des réseaux occultes déroule les menaces sécuritaires qui viennent de cette partie du territoire tout en fustigeant l’irresponsabilité du pouvoir central de Yaoundé et la permissivité suicidaire du tribunal militaire.  Au moment où la nation entière est confrontée à la menace de la secte islamiste Boko Haram, quel est l’état de la sécurité dans cette ville frontalière ?

Merci pour l’opportunité que vous me donnez pour offrir la perception de l’autorité administrative notamment de l’arrondissement de Moloundou quant à ce qui est de la lutte contre de cette secte islamiste. A notre niveau, nous sommes sereins et nous sommes tous derrière le chef de l’Etat. Nous avons pris des mesures sécuritaires qui consistent à garantir la sécurité de notre arrondissement notamment  l’entrée et la sortie de nos populations quant à ceux qui vont au Congo et ceux qui circulent ici.

Quelles sont donc les mesures qui ont été prises à votre niveau pour garantir la sécurité des populations  et la circulation des biens ?
Ici à Moloundou, à mon arrivée, j’avais déjà pressenti un danger allant dans ce sens. C’est ainsi que nous avons pris des mesures qui consistaient d’abord à élargir le comité de coordination. Vous savez que le chef de l’Etat à travers une circulaire, avait institué les réunions de sécurité au niveau de l’Etat-major constitué des forces de première (police) et deuxième catégorie, c’est-à-dire des gardiens de prisons issus de l’administration pénitentiaire et des forces de 3e catégorie que sont l’armée. Mais, je me suis rendu compte que si je voulais avoir l’entière information – vous savez que dans le cas de l’information prévisionnelle qui a la bonne information prédomine dont commande – alors je me suis dit que dans les localités comme Socambo , Kika, nous avons les douanes, la marine marchande, les eaux et forêts qui sont des maillons importantes qui peuvent nous donner la bonne information  car ce sont les gens qui entrent et qui travaillent directement avec la population. Nous les avons intégrés dans l’Etat-major. Ce qui fait que la bonne information par le concours de ce beau monde là nous permet de prendre des mesures préventives lorsque un braconnier ou encore une arme de guerre ou autre chose est sur le point d’arriver. Nous prenons donc des mesures sécuritaires pour étouffer dans l’œuf ces velléités.

Sans entrer dans les secrets du renseignement prévisionnel, quel est l’état de collaboration entre les différentes unités de renseignement quand on sait que le climat est souvent malsain?
Depuis que nous sommes là, nous avons tout fait pour que la collaboration soit véritablement fluide car avant, il y avait des interventions de certaines forces dans les domaines d’activités qui n’étaient pas les leurs. Vous savez comment le Cameroun fonctionne avec des affaires de gombo, d’argent. Quand vous avez un domaine d’activités qui est le vôtre, vous ne voulez pas d’interférence parce que vous ne voulez pas que ce que vous avez à manger que quelqu’un d’autre vient piocher, excusez-moi pour l’expression. Mais, nous avons demandé qu’il n’y ait pas de rétention de l’information. Que toutes les forces qui ont une information de quelque nature que ce soit puissent la partager avec les autres de sorte qu’ensemble nous puissions réfléchir pour dégager les meilleures stratégies à mettre sur pied afin que l’ennemi ne nous surprenne pas afin que nous ne soyons attaqués par personne.

Comment comprendre que ce dispositif sécuritaire trimbale toujours des lacunes?
Vous savez la perfection n’étant pas de ce monde, il y a quelques lacunes qui peuvent arriver mais je voudrai dire que nous avons une embellie car les choses ont véritablement changé parce qu’il y a un échange d’information entre la marine marchande, la douane, la police surtout que nous avons ici le commissariat de sécurité publique, le commissariat spécial, le poste frontalier de la sureté nationale et la surveillance du territoire. J’en veux pour preuve, nous avons reçu ici des français mais la surveillance du territoire qui s’en occupe n’était pas informée mais c’est plutôt la douane qui a passé l’information de la présence des étrangers dans la ville. Cela dénote à suffisance la bonne collaboration entre les différentes forces.

 Plusieurs munitions et armes de guerre ont été saisies ces derniers temps ici à Moloundou. Quels sont les origines et l’ampleur de la menace ?
Avant de dire l’origine et l’ampleur des menaces, permettez-moi de décrier ce que nous avons eu à observer. Il s’agit de quoi ? Nous avons saisi l’année dernière des milliers de munitions de guerre et au moins 15 armes modernes de guerre. Ce faisant, nous avons déféré les auteurs au tribunal militaire de Bertoua. Malheureusement, pour des raisons qui nous sont inconnues, ces gens ont été relaxés. Nous avons ces personnes qui sont revenues ici et nous narguent à longueur de journée. Ce sont ces mêmes personnes qui reviennent nous dire qu’elles ont donné soit 500 000 Fcfa soit deux millions Fcfa pour obtenir leur liberté. Je voudrai dire que cela me frustre et me gêne car lorsque nous combattons ces choses qui sont susceptibles de donner la mort auprès des camerounais, certains responsables les relaxent et ils reviennent ici continuer à mener leurs activités dangereuses et illicites. C’est criminel.

Si je peux donner l’origine, vous savez que nous sommes face à un pays communiste (Ndlr : République du Congo) et comme c’est un régime militaire, les armes de guerre circulent là-bas comme des petits bouts de pain qu’on vent à la boutique. Ce qui fait que c’est juste le fleuve qui nous sépare de ce pays et les armes entrent en masse. Actuellement, nous pouvons affirmer d’après nos renseignements que les armes entrent autour de 10 à 15 par jour et même plus. D’ailleurs, la fois dernière, nous avons saisi 1000 munitions et armes de guerre. C’est trop. A ce rythme, c’est inquiétant. Nous avons eu à saisir à Ngatto un cercueil bourré de munitions de guerre en destination de Moloundou. Nous sommes certes dans la forêt équatoriale. Autant d’armes et de munitions de guerre concentrées à Moloundou, cela sert à quoi ? Si ce n’est que pour abattre les éléphants, il y a lieu de se poser la question car on n’a pas besoin de tant d’armes de guerre pour une telle opération.

Je voudrai décrier ici à avec la dernière énergie la posture ou la façon de travailler d’un certain service qui s’occupe du renseignement extérieur et qui fait tout sauf ce travail qui lui a été confié. Je suis parfois obligé de travailler avec mon collègue de Balla de l’autre côté du Congo qui me donne des informations afin je puisse sécuriser le pays alors qu’il y a un tel service ici susceptible de me donner ces renseignements, mais ce service s’occupe plutôt du grand braconnage, du trafic des pointes d’ivoires et des éléphanteaux.

Les munitions et les armes de guerre que nous saisissons viennent de ce pays et tenez-vous tranquille, une arme moderne de guerre de type kalachnikov se vend entre 15 000 et 20 000 Fcfa ici. Vous voyez que le risque sécuritaire est très élevé. Entre autre mesures de sécurité que nous avons prises ici, nous avons écrit au Mindef à la Dgre, à la Dgsn et qu’est ce qui a été fait ? Ici à notre niveau, nous avons eu la création d’un poste frontalier de la sureté  nationale à Kika et à Socambo, environ 60km de Moloundou. Il y a eu ici un détachement de la 132e compagnie issue du Bataillon d’infanterie motorisé (Bim) de Yokadouma. Voilà en gros ce qui a été fait. Sur le plan local, nous prenons des mesures qui consistent à faire qu’il y ait des contrôles pédestres et même nocturnes et interpeler des individus et les refouler. Soit nous écrivons à la hiérarchie aux différentes administrations pour qu’il y ait de nouvelles unités sécuritaires. D’ailleurs à Socambo, il y a la marine marchande qui a  été créée.

Est-ce que ces actions sont efficaces pour dissuader les différentes incursions en territoire camerounais ?
Vous savez que les gens qui se livrent à ce genre d’incursion sont  généralement des militaires  congolais ou des individus qui utilisent les méthodes militaires. Or, des simples individus ne peuvent pas opérer de la sorte. Je me suis dit que l’appareil administratif au Cameroun est perméable parce que ce sont les mêmes individus qui sont interpellés et s’il y avait une certaine rigidité eu sein de l’appareil administratif ces gens ne pouvaient plus revenir. Lorsqu’on met la main sur un individu qui se livre au grand braconnage ou qui tue les camerounais, on le traduit dans les tribunaux militaires camerounais et cet individu est aussitôt relaxé et il continue son sale besogne. Nous avons eu à mettre main sur beaucoup de congolais qui sont des grands braconniers, des criminels de sang mais pour des raisons que nous ignorons, ils sont relaxés rapidement au niveau du tribunal militaire de Bertoua. Il s’agit des raisons que je ne peux pas évoquer ici car nous sommes astreints à une obligation de réserve. Cela nous gêne énormément comme nous sommes à la frontière. C’est vrai que nous gérons les relations diplomatiques ici mais nous sommes parfois excédés et nous avons envie de sortir de notre réserve pour essayer de faire comprendre aux autres que nous sommes aussi des humains.

L’Est-Cameroun fait face depuis plusieurs mois à un afflux de réfugiés. Quelles mesures ont été prises à votre niveau pour contrôler leur mouvement ?
Lors d’une réunion de sécurité j’avais prescrit à mon collaborateur de procéder aux fouilles et à l’identification des personnes non seulement au niveau de mes collaborateurs c’est-à-dire  l’état-major mais également j’ai demandé aux chefs des villages et aux chefs des quartiers de créer des comités de vigilance     et d’identifier tous les étrangers et qu’on nous fasse parvenir cette liste.  Le chef de l’Etat avait pris des mesures de sorte que tous ceux qui sont centrafricains soient refoulés.  Nous avons entrepris de refouler ceux-ci. Nous avons des émigrés maliens – c’est vrai qu’il y a des anciens accords qui avaient été signés entre le président Moussa Traoré et le président Ahidjo qui font de sorte que les maliens peuvent circuler partout au Cameroun. Or, nous ne sommes pas dans la cour du Roi Petaud où on peut tout laisser faire. C’est ainsi que vous retrouvez dans une chambre 15 individus qui dorment toute la journée et la nuit, ils se dispersent. Ils vont où ? Nous avons également entrepris de  refouler tous ceux qui bien qu’en règle sont ici chez nous et ne font rien parce qu’ils constituent des menaces car ils doivent manger, s’habiller, se loger ainsi de suite. Ils ne font rien, ils ne savent rien faire et la nuit ils se dispersent dans une petite ville comme Moloundou pour certainement poser des actes répréhensibles. Conséquence, j’ai demandé aux forces de l’ordre de refouler tous ceux-là qui ne font rien bien qu’étant en règle.

J’ai demandé aux tenanciers des débits de boisson de fermer à une certaine heure. Par exemple, un bar est appelé à fermer à une heure du matin. J’ai décidé qu’à partir de 22h, je ne veux voir personne dehors pour limiter les risques d’attentat. J’ai fait circuler une note au niveau des églises pour demander aux parents de se faire moins accompagner par des enfants, par exemple lors qu’ils veulent aller mener une activité quelconque. A titre d’illustration, lors de la fête du Ramadan, j’avais demandé que personne n’utilise un téléphone. Au niveau des églises, j’ai demandé que ceux qui y vont n’amène pas de gros sacs de peur que les gens ne puissent y dissimuler des explosifs. C’est vrai que je n’ai pas encore eu à interdire la Boca parce qu’ici la majeure partie des populations n’est pas d’obédience musulmane. Ils portent de simples habits comme les kaba et les vestes.

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Nous avons eu le problème de Bakassi du fait de la non-présence effective et rationnelle de l’administration le long de la frontière avec le voisin Nigéria. Ce même spectre ne guette-t-il pas la ville de Moloundou où un note un relâchement de l’Etat dans l’occupation rationnel du territoire ?
Vous soulevez là une préoccupation majeure et c’est le lieu d’interpeller la hiérarchie pour lui dire qu’au niveau de N’Dongo qu’il est souhaitable qu’on crée un poste de la gendarmerie, un poste de la sûreté nationale parce c’est une localité qui est située à 45-50 km d’ici et est une zone véritablement ouverte parce qu’il suffit de travers le fleuve pour arriver au Congo.  C’est d’ailleurs par-là que passent la plupart des armes de guerre. Je vous assure que toutes les armes qui entrent au Cameroun passent par N’Dongo et MAYA-M qu’on peut encore contrôler car c’est à coté ou par Bolozo. Mais, je vous assure que N’Dongo est une zone essentiellement poreuse pourtant  les bâtiments administratifs y ont été construits mais jusqu’à ce jour, il n’y a pas la présence d’un agent de l’Etat. Il y a même un grand groupe électrogène que l’Etat avait installé, mais il est abandonné. Je ne sais pas pourquoi jusqu’à ce jour, il n’y a rien. C’est le lieu indiqué pour moi d’interpeller la hiérarchie afin qu’un poste de gendarmerie, la police des frontière soient créés là-bas et pourquoi pas étendre les services. Je me dis d’ailleurs que si l’arrondissement qui est très vaste avait été éclaté en deux en faisant même de cet arrondissement un chef-lieu de  département, cela permettrait que N’Dongo soit un arrondissement. Je puis vous dire que c’est une forêt qui part d’ici jusqu’à Djoum dans le sud du pays. Elle est très vaste et il y a beaucoup de potentialités  non encore exploitées à ce jour.

Malgré les instructions du gouverneur de l’Est, la presse a relayé ces derniers temps des menaces des braconniers dans le parc national de Lobeké avec les massacres des éléphants. N’y a-t-il pas des complicités au niveau de l’appareil sécuritaire ?
Vous le dites si bien et il y a effectivement des complicités car nous ne saurons expliquer le fait qu’en même temps qu’on demande à ceux-là de mener une lutte âpre contre le massacre des éléphants contre le trafic des pointes d’ivoire que curieusement on retrouve les mêmes voitures qui passent nuitamment avec des pointes d’ivoires. J’ai beaucoup de gens ici même dans mon état-major     qui sont des grands  braconniers. J’ai écrit et si vous voulez comme c’est déjà officiel, je suis obligé de citer ici le chef de bureau de liaison de la DGRE (Ndlr : le commissaire de Police TEDONDJO Louis) qui du 12 au 13 juillet dernier est allé à Mokounou, une localité située à 30 km d’ici, soit à moins de 150m du Congo Brazzaville (car il n’y a qu’un fleuve qui nous sépare), il y a pris 13 paires de pointes d’ivoires. Mes indics qui y sont m’en ont fait état et nous étions décidé de le prendre la main dans le sac malheureusement le réseau téléphonique nous a pris à défaut et il a pu s’échapper. Il y a quelques jours (lundi 10 aout), il est allé à Yaoundé avec d’autres ivoires pour vendre au marché noir.

Nous avons également le conservateur du parc national de Lobeké et je le dis de manière officielle (Ndlr : Megamenya Goue Achille, ingénieur des Eaux, forêts et Chasses) qui avait été relevé de ses fonctions parce qu’il était en intelligence avec les braconniers et se livrait au trafic des pointes d’ivoires. Malheureusement, il a été réhabilité pour des raisons que nous ignorons encore, mais il n’a pas cru nécessaire d’abandonner cette pratique répréhensible. Aujourd’hui, il travaille de mèche avec le chef de bureau de liaison et je le dis de façon officielle, j’assume parce que j’ai des preuves. Il a conclu avec lui un accord satanique qui consiste à éliminer ou à décimer tous les éléphanteaux de la forêt parce qu’il faille récupérer leurs excréments qu’ils vont vendre aux Modibo au Nigéria en Angola, au Mali  ou au Gabon pour des raisons cabalistiques et des pratiques occultes à des fins de conservation du pouvoir et de la dominance de pouvoir. Voilà des responsables qui foulent au pied toutes les instructions du Gouverneur, du ministre de la faune et des forêts, du chef de l’Etat.  Ce qui gêne dans cette histoire sordide quand je dénonce ce qui est fait, on estime que je suis un élément dangereux, on agite toute la République pour qu’on me fasse partir pour que je sois relevé de mes fonctions et on dit des choses qui ne sont en rien fondé sur moi juste parce qu’il faille me sacrifier à l’autel des intérêts obscurs. Je mets quiconque à défi de venir ici à Moloundou vérifier ce qui se passe.  Ici on peut tout vous refuser sauf les informations. Si le sous-préfet Avom Dang que je suis est dans le trafic des pointes d’ivoires cela ne peut pas s’ignorer. A contrario, tous ceux-ci sont connus de tout le monde. Malheureusement, ils sont adoubés par la haute hiérarchie. Je n’ose pas dire que la haute hiérarchie elle aussi est trempée parce que je n’ai pas  les preuves mais plusieurs questions me taraudent l’esprit car depuis que je suis arrivé ici voici trois ans je dénonce avec vigueur ce qui est train d’être fait mais on trouve que je suis un élément dangereux.  On me dit que personne n’ignore que des choses pareilles se passent ici à Moloundou. Pourquoi m’avoir envoyé donc ici avec des instructions fermes pour que je me casse les méninges ? Du coup, j’ai l’impression qu’il existe des complicités à un niveau très élevé peut être à Yaoundé ou à Bertoua avec des agents locaux que j’ai sous ma responsabilité. Et il y en a certainement ici à Moloundou car plus vous dénoncez plus les gens  s’excellent dans leur sale besogne. Pour le cas du chef de bureau de liaison, il est ici depuis 14 ans et il n’a jamais été inquiété malgré ses pratiques répréhensibles.

Justement dans l’un de vos rapports à la hiérarchie, vous avez indiqué que votre tête était mise à mise par des réseaux occultes. Qu’est ce qui a été fait par la haute hiérarchie sur ces menaces qui pèsent sur votre propre sécurité ?
Je dois vous dire sincèrement que jusqu’au moment où nous parlons rien n’a été fait. Est-ce que je suis un écorché vif ou est-ce qu’on veut me voir immoler à l’autel de la République ? Je ne sais pas. Je ne peux pas être juge et partie. Je me dis que si la haute hiérarchie continue à me laisser ici, elle sait très bien pourquoi. Peut-être, elle me laisse ici parce qu’elle sait que j’abats un travail de titan et je freine beaucoup de choses. Elle a de fortes raisons de me laisser ici. Je n’ose pas dire qu’elle voudrait me voir mourir ici. Aucun humain ne peut accepter qu’un autre meure quelque part pour la cause de la République sauf s’il faille aller à la guerre. A ce moment, je ne suis pas militaire pour faire ce genre de tache. Ils savent bien que ces choses sont ainsi et que ma présence ici constitue un frein.
 
Vous venez de prendre une importante mesure portant interdiction d’un mouvement religieux ici à Moloundou. Ne s’agit-il pas d’un recul en matière des libertés individuelles quand on sait que la plupart des mouvements religieux au Cameroun fonctionnement sous le régime de la tolérance administrative ?
Je voudrai apporter une précision. Je n’ai pas interdit l’implantation d’un mouvement religieux.  Si le chef de l’Etat a déjà décrété qu’un mouvement religieux est accepté au Cameroun, le petit sous-préfet que je suis n’a aucune qualité pour interdire l’implantation de ce mouvement. Mais, ce que j’ai interdit, c’est que ce mouvement religieux qui est légal au Cameroun, est en train de mener des activités qui sont incompatibles avec ses activités de missionnaire. Il s’agit, en réalité, de quoi ?  Ce mouvement religieux est en train de vouloir construire une clinique de référence ou haute de gamme pour les pygmées. Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais, dans un premier temps, nous nous sommes posés la question de savoir si le pygmée est incapable de s’acheter un comprimé de paracétamol de 25 Fcfa, comment fera-t-il pour aller se soigner dans une clinique haut de gamme tel qu’on retrouve en Occident ? Nous avons poussé nos investigations très loin et nous sous sommes rendus compte que la zone sur laquelle cette congrégation religieuse veut construire cette clinique est hyper riche en or et que les allemands qui avaient abandonné cet ancien site sont en train de revenir en force sous le label religieux. Ils le font à travers leur sous-filtre constitué d’un ancien commissaire divisionnaire reconverti en officier de Dieu. Ils reviennent justement au même site abandonné depuis des décennies pour exploiter de l’or. Informés, nous avons fait venir un ingénieur avec tous ses équipements  qui a procédé à l’analyse des échantillons et a conclu que la zone est hyper riche en or. J’ai donc pris un arrêté qui interdit non l’implantation de cette obédience religieuse  mais  de la construction de cette clinique parce qu’en réalité, c’est l’exploitation de l’or qui se cache derrière cette construction. Cette zone très riche en or appartient à tout le Cameroun. J’ai demandé que s’il insiste dans leur implantation ou dans l’exploitation de l’or qu’ils aillent à Yaoundé rencontrer le ministre des mines et de développement technologique pour un agrément. D’ailleurs, ils ne m’ont présenté aucun document technique ou officiel indiquant qu’ils veulent construire une clinique. Toutefois, je peux vous certifier que ces gens-là sont venus me faire des propositions incestueuses d’une importante somme d’argent pour que je puisse fermer yeux là-dessus. Fallait-il que je prenne de l’argent pour brader le Cameroun ou rester dans la même posture dans laquelle je suis depuis mon arrivée ici en 2013 ? J’ai préféré mourir pauvre et être riche spirituellement en ayant ma conscience tranquille.

Quelles mesures concrètes ont été prises pour sécuriser davantage ce site objet de nombreuses convoitises ?
J’ai pris une décision (Ndlr : Décision N°08/D/B12.01/BADL du 27 avril 2015) portant interdiction de la construction de cette clinique et je l’ai signifiée à cette église. Vous savez que dans la théorie des actes administratifs, un acte réglementaire qui n’est pas publié n’est pas opposable. J’ai envoyé des copies à la hiérarchie et aux individus afin que nul n’en ignore. Aujourd’hui, on m’a fait savoir que ces gens sont arrivés ici et quand ils ont reçu cet acte, ils sont repartis immédiatement très en colère. Je ne saurai brader mon pays parce qu’on va me donner deux millions Fcfa. On me demande de  lever la mesure parce qu’ils veulent construire une clinique  alors qu’ils veulent exploiter notre sous-sol.

Le parti au pouvoir vient d’engager des opérations de renouvellement de ses organes de base et on sait bien que ces moments génèrent souvent beaucoup de tensions. Quelle dispositions ont été prises à votre niveau pour que l’ordre public ne soit perturbé pendant et après cette opération surtout que l’ancien président de section qui était très influent vient de décéder ?
Ce que nous allons faire, c’est que tous ceux qui seront de potentiels candidats devront être connus de tout le monde. Nous allons les convier tous à prendre part à une réunion que nous allons présider. Il sera question au cours de ladite réunion de les mettre chacun devant ses responsabilité en leur disant que si jamais il y a trouble à l’ordre public et que cela est issu de qui que ce soit cet individu portera l’entière responsabilité des actes qu’il aura posés.

Quel message particulier à l’endroit de vos administrés au moment où le pays fait face à une sérieuse menace ?
Je vais dire à mes populations de rester sereines. Nous tenons les reines des choses et nous sommes tous derrière le chef de l’Etat qui a pris des mesures d’envergure     pour que Boko Haram soit éradiqué. Nous tenons les choses entre les mains, mais je ne peux pas dévoiler l’entièreté des mesures sécuritaires que nous prenons car vous allez diffuser mes propos et il ne faudrait pas que l’ennemi soit au courant car tout ce que nous faisons ici au risque de nous surprendre. Mais, c’est le moment pour moi de féliciter le vaillant capitaine Atangana qui injustement est retenu  à la prison militaire parce que quelqu’un qui est contre lui d’ailleurs très cupide (Ndlr : Le colonel Enow Joseph Eyong, commandant de la légion de gendarmerie de l’Est) l’a gardé là-bas. C’est un Monsieur qui travaillait très bien lorsqu’il était ici à Moloundou. C’est le lieu pour moi de soutenir également l’adjudant Eyock qui lui aussi est retenu injustement à cause de la cupidité de certains individus. J’ose croire que la hiérarchie va permettre qu’on les relaxe car ils n‘ont rien fait et qu’ils reviennent ici afin qu’on continue de travailler comme par le passé et à continuer à sécuriser la ville de Moloundou.

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