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Au Nigeria, ce qui attend Muhammadu Buhari

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Ce vendredi 29 mai, l’exécutif nigérian va changer de tête. Muhammadu Buhari élu le 31 mars 2015 à la tête de la République fédérale du Nigeria, va être officiellement installé. Ce sera ainsi l’aboutissement d’un long combat politique, après plusieurs tentatives infructueuses pour accéder au palais présidentiel d’Aso Rock, à Abuja.

L’ex-général à la retraite Muhamadu Buhari va prendre le relais de Goodluck Jonathan qui aura passé cinq ans à la tête du pays. Passée l’euphorie de sa victoire électorale d’il y a quelques semaines, le président Buhari va très vite entrer dans le vif du sujet. Le Nigeria doit faire face à de nombreux défis. Ces dernières semaines, par exemple, le premier producteur africain de pétrole a été confronté à une importante pénurie artificielle de carburant, qui a paralysé plusieurs secteurs d’activités du pays. Et c’est dans un environnement brumeux où règne une grande suspicion entre les cadres de l’administration sortante et les partisans du nouveau président que l’on va assister à la première alternance démocratique au Nigeria.

L’équipe du président-élu juge assez sévèrement le bilan de l’équipe sortante. Pour les partisans de Muhammadu Buhari, le Nigeria est un pays malade où l’économie est au plus mal. Le malaise social y serait profond avec un chômage endémique, des entreprises en détresse et des fonctionnaires qui ne sont pas payés à temps. Dans ces conditions, la priorité du nouveau régime sera de relancer la machine économique. Mais avec la chute des prix des cours du pétrole -70 % des recettes de l’Etat-, la tâche ne sera pas facile. Selon de nombreux observateurs de la scène politico-économique nigériane, des problèmes de trésorerie et une démobilisation des agents de l’Etat sont à redouter. Il faudra donc se montrer patient avant que Muhammadu Buhari puisse imprimer sa marque.

Par ailleurs, le président élu est très attendu sur le terrain sécuritaire. L’ancien militaire qu’il est, a suscité de nombreux espoirs auprès des populations pour juguler la menace Boko Haram. Aujourd’hui, le pays vit dans la torpeur. Exécutions sommaires, pillages, enlèvements, incendies etc., les exactions du groupe terroriste se multiplient. Ces derniers jours, on a enregistré plus d’une cinquantaine de morts au cours de plusieurs attaques. Dans l’Etat du Borno, les insurgés islamistes ont détruit mosquées, écoles, bâtiments publics et véhicules dans la ville de Gubio. Ces sinistres épisodes viennent rappeler à tous que Boko Haram demeure une menace réelle. Muhammadu Buhari a promis de résoudre cette équation. Les Nigérians le prendront au mot. Mais une chose est certaine, c’est que l’ex-général va prendre la tête d’un pays miné par de graves problèmes de sécurité, d’inégalités économiques, de corruption et de divisions ethniques et religieuses.

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La santé précaire du Nigeria doit-elle pour autant constituer un motif de découragement ? Pour les partisans du président élu, il n’en est pas question. Il faut se retrousser les manches. C’est la ligne de conduite du All Progessive Congress (APC), la coalition de partis qui a porté le président Buhari au pouvoir. Il est notamment question de mener une lutte sans merci contre la corruption et les passe-droits pour instaurer une culture de l’effort. Chaque Nigérian doit ainsi mettre sa main dans le cambouis. Plus facile à dire qu’à faire. Les difficultés du Nigeria sont importantes. Pendant la campagne, Muhammadu Buhari a promis de s’attaquer aux problèmes à bras le corps et d’apporter des réponses positives au chapelet d’attentes sociales de ses concitoyens. Le temps de l’action a sonné.

Du reste, le succès du mandat du nouveau « guide » nigérian est étroitement lié à sa détermination à relever les défis auxquels il va faire face. Toute autre attitude est susceptible de faire resurgir des crises sociales qui couvent. En effet, la première économie du continent est aussi l’un des pays les plus imprévisibles. Il ne faut généralement pas grand-chose pour l’ébranler. Au-delà de la politique intérieure, Muhammadu Buhari devra également veiller à soigner les relations de son pays avec ses principaux voisins. Le Cameroun avec lequel le Nigeria partage une longue frontière commune représente par exemple un partenaire économique important. Par ailleurs, les deux pays font face depuis plusieurs mois à un ennemi commun : Boko haram. A Abuja comme à Yaoundé, on nourrit sans doute de grands espoirs pour une meilleure coopération économique et sécuritaire.

Simon Pierre ETOUNDI

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