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Assassinat du commissaire spécial de Dabanga : qui sont les coupables ?

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Les dépouilles d’Ousmaïla Sagou et d’Adam Hassan remises à leurs familles. Le 03 mars 2016, à Maroua, ont été restituées aux familles, les dépouilles de l’officier de police principal Ousmaïla Sagou et de l’inspecteur principal à la retraite Adam Hassan. L’on se rappelle que le premier suscité, commissaire spécial de Dabanga dans le Logone-Birni, et son compère de circonstance – il a transporté hasardeusement dans son véhicule Adam Hassan-, avaient disparu dans des circonstances troubles, non loin de Dabanga, le 04 janvier 2016.

Les soupçons portés alors sur la secte terroriste Boko Haram, qui sévit dans cette partie du pays, s’étaient peu à peu dissipés sous l’avalanche de témoignages pointant du doigt des militaires. Jusque-là silencieux, un communiqué du porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma, daté du 25 janvier 2016, révèlera que les corps des deux policiers avaient été retrouvés au Nigeria, à trois kilomètres seulement de la frontière camerounaise.

Personne n’avait cru à cette version du gouvernement, tant des indices concordants penchaient pour la thèse de l’assassinat des deux policiers dans les environs de Waza. Raison pour laquelle, à ce jour, un officier du Bataillon d’intervention rapide (BIR), portant le grade de Lieutenant, et un caporal de cette même unité, sont toujours en détention à Yaoundé en rapport avec cette affaire. De forts soupçons pèsent donc sur des éléments de l’armée qui ont pris sur eux, de leur propre initiative ou suivant des instructions, d’éliminer un officier de police en service. Pourquoi ? Là demeure aujourd’hui le vrai mystère de cette affaire et sur laquelle tôt ou tard, l’Etat devra apporter une réponse.

INTÉRÊTS

Au-delà de la reconnaissance de l’Etat, lequel a traité les deux policiers comme des fonctionnaires morts en service – décoration par le gouverneur de l’Extrême-Nord, cérémonie d’honneur et remise d’une enveloppe globale de 10 millions Fcfa aux deux familles -, la levée des corps qui s’est déroulée à l’hôpital régional de Maroua a été scrutée dans les moindres détails. Et les incongruités n’ont pas manqué. La première a apparu la veille, lors de la réunion préparatoire à laquelle ont été conviées les familles à la délégation régionale de la police de l’Extrême-Nord.

A cette occasion, la Police a admis devant les familles médusées qu’elle n’avait pas eu accès aux dépouilles. Et ce depuis le 22 janvier 2016, date où, officiellement, les corps ont été déposés à la morgue. Le second enseignement est encore plus cocasse. Le matin de la levée des corps, les deux dépouilles n’avaient pas été identifiées. «Quand nous sommes arrivés à la morgue, le morguier a affirmé ne pas être informé de la présence des corps des deux policiers dans son service.

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Après l’intervention du directeur de l’hôpital régional, les corps ont été retrouvés après une longue fouille là où l’on classe les morts non identifiés», signale un membre de la famille du commissaire Ousmaïla Sagou. Une situation étonnante dans la mesure où les corps ont été annoncés avoir été retrouvés par l’armée, dont dûment identifiés. De plus, c’est un officier de l’armée qui a acheminé les corps à la morgue…

AUTOPSIE

Lors de la réunion du 02 mars 2016 à la délégation régionale de la police, les deux familles ont exigé une autopsie des corps. En l’absence d’un médecin légiste dans la ville de Maroua, un médecin de l’hôpital régional de Maroua s’est toutefois chargé de ce travail. En partie seulement est-on tenté de dire, puisqu’avant même de rendre ses conclusions, le directeur de l’hôpital régional de Maroua a signé les certificats de genre de mort où il n’est mentionné nulle part les causes de la mort des deux policiers.

Pourtant, à l’observation, les deux corps ne manquent pas de curiosités. «Le commissaire était vêtu de sa djellaba, mais celle-ci était déchirée à certains endroits. Je pense qu’il a été ligoté. On y voit aussi des traces de deux balles au niveau de la poitrine, de même que sa tête est en bouillie. Il a été enterré puis déterré, cela se voyait bien. Quant à celui de l’inspecteur principal de police à la retraite, il présentait quelques différences. Il n’avait plus que son pantalon, a reçu aussi des balles à la poitrine. Il a été visiblement égorgé et sa tête également fracassée.

Une autopsie aurait aidé à clarifier davantage la situation», explique l’un des proches du défunt commissaire spécial de Dabanga qui a assisté à la levée des corps. Pour les familles, le plus dur commence. Elles sont dans l’attente, car elles refusent d’admettre le silence de l’Etat devant de tels actes ayant conduit à la mort de ses citoyens. Alors que l’on mettait en terre, le 04 mars 2016, Ousmaïla Sagou à Afadé et Adam Hassan à Houdouf, une seule réflexion taraudait les esprits : que faire maintenant ?

Qui poursuivre ? Devant quelle juridiction ? Car le challenge n’est pas seulement celui de la justice. Il s’agit aussi de réparations. Car les deux victimes étaient des pères de familles. Ousmaïla Sagou laisse trois femmes et 12 enfants ; 04 à l’université, 04 au secondaire et 04 autres au primaire. Quant à Adam Hassan, il laisse deux femmes et 16 enfants.

RAOUL GUIVANDA

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