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Assainissement : voici les prochains prisonniers de l’«Epervier»

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Le Tribunal criminel spécial (Tcs) enquête actuellement, de manière assidue, sur le cas de ces dignitaires qui devraient, bientôt, connaître le froid du cachot de Kondengui.

Robert Nkili

L’ex-ministre des Transports, Robert Nkili, était hier l’invité spécial des enquêteurs du Tcs. Selon des sources introduites, pendant de longues heures, le «Petit Robert» a été auditionné sur l’acquisition, par le Cameroun, de deux aéronefs de fabrication chinoise pour le compte de la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co). En effet, selon la version officielle, les MA-60 dont il s’agit ont coûté plus de 34 milliards Fcfa à l’État. Pourtant, selon les tarifs publiés par le constructeur International Holding Corporation (Avic), le prix unitaire de ces appareils se situe à 5,6 milliards Fcfa.

On se souvient que le scandale lié à ces acquisitions fumeuses avait, 26 juin 2014, donné lieu à de violentes joutes à l’Assemblée nationale, des députés du Social Democratic Front (Sdf, opposition) tenant à voir clair dans cette affaire et exigeant la constitution d’une commission d’enquête parlementaire. Le très teigneux Jean-Michel Nintcheu avait alors apostrophé de Mintransports, expliquant que la République du Congo avait «déboursé 7 milliards Fcfa par avion» pour ce même type d’avion, cette enveloppe prenant par ailleurs «en compte les intérêts, un stock de pièces de rechange, la formation des techniciens congolais ainsi que la maintenance durant une période définie».

Face aux élus, Robert Nkili s’était, pour sa défense, fendu d’une déclaration qui a laissé plus d’un pantois : «Je reconnais que la République du Congo a acheté ces aéronefs moins chers que le Cameroun. Je ne maîtrise pas les contours financiers de l’opération. En tant que tutelle technique, je ne suis que l’utilisateur de ces aéronefs. Je ne suis donc pas concerné par l’aspect financier de l’achat. Posez la question à qui de droit.» Son départ du gouvernement, le 2 octobre dernier, n’a donc pas éteint la procédure judiciaire.

Des témoins rapportent par ailleurs qu’au sortir du face à face avec les magistrats du Tcs, M. Nkili a laissé tomber, goguenard : «Franck [Biya] m’a vraiment laissé tomber, ce n’est pas comme ça qu’il m’avait promis que les choses allaient se passer !» Une allusion au fils du chef de l’État qui laisse clairement croire que l’ancien ministre a tenté de s’acheter une immunité auprès du «lâcheur»…

Paule Avomo Assoumou, épouse Koki

À peine installée (le 30 décembre), la directrice générale de la Cameroon Civil Aviation Authority (Ccaa) pourrait se retrouver aux prises avec la justice de son pays. Son nom circule avec insistance au Tcs depuis quelques jours, et il ne serait pas exclue qu’elle fasse un tour dans le bureau des juges soucieux d’étancher leur curiosité. Ingénieure générale de l’aviation civile, diplômée de l’École nationale de l’aviation civile (Enac) de Toulouse et également privée dans le civil, la dame, selon des sources introduites, a pris une part active aux négociations portant sur l’acquisition par l’Avic.

En l’état actuel des choses, son niveau d’implication, dans ce qui apparaît comme un énorme détournement de deniers publics, n’a pas encore été établi. Mais, celle qui est désormais en charge de la certification des aéroports internationaux, de la réhabilitation des aéroports secondaires et du redressement de Camair-Co a du mouron à se faire.

Pierre Tankam

Le prédécesseur de Paule Avomo Assoumou est, certainement, un client de choix pour la justice camerounaise. En effet, longtemps avant son limogeage spectaculaire, l’ex-directeur général de l’Autorité aéronautique civile traînait déjà une odeur de souffre. Dans son édition du 14 août 2013, La Météo se faisait déjà l’écho de quelques cas emblématiques d’atteintes aux biens publics le concernant : perception d’avantages financiers indus évalués à près de 2 milliards Fcfa, signature de contrat retors avec l’Ascena ayant déjà coûté plus de 800 millions Fcfa à la Ccaa, association de malfaiteurs et coaction de détournement, octroi d’avantages au Pca/Ccaa et au Dga/Ccaa sans base légale, accaparement de l’ensemble des intérêts produits par le dépôt à terme ouvert à Ecobank, refus de transmettre les pièces justificatives aux contrôleurs formellement mis en mission par le ministère des Finances, gestion déloyale des ressources financières, détournement en bande organisée de fonds publics, utilisation à des fins personnelles de bons de carburant à hauteur de 105.096.502 Fcfa, pour le seul exercice 2011. Et la liste des méfaits présumés est loin d’être exhaustive. Désormais libéré de toute charge managériale, l’orgueilleux Pierre Tankam voit, peu à peu, se rapprocher le rouleau compresseur qu’il n’a pas voulu s’éviter.

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Jean Louis Beh Mengue

Voici une année, certains médias à capitaux privés se faisaient l’écho d’un rapport du Conseil supérieur de l’État (Consupe) portant sur la gestion à l’épicière du directeur général l’Agence de régulation des télécommunications (Art). Jean Louis Beh Mengue a ainsi, «en violation de la réglementation relative au recouvrement des créances de l’État, adressé des correspondances demandant à l’opérateur Orange de ne payer que 1.250.000.000 Fcfa sur les 4.140.440.000 Fcfa de pénalités infligées et d’investir le reste, soit 2.890.440.000 Fcfa, pour le développement de son réseau téléphonique et à Mtn de ne rien payer sur les 523.220.000 Fcfa de pénalités dues et d’investir ladite somme pour le développement de son réseau téléphonique».

Le bon Samaritain, qui a ainsi fait perdre d’énormes sommes d’argent au Trésor public, restait pourtant droit dans ses bottes. Il justifiait ses petits «cadeaux» auxdits opérateurs sur le fait que sa structure «a pour fondement juridique l’autonomie financière, fonctionnelle et décisionnelle dont jouit l’Agence dans le décret qui l’a créée et dans l’article 36.1 de la loi du 21 décembre 2010 régissant les communications électroniques au Cameroun. Cette action pragmatique présente l’avantage d’assurer un développement direct et immédiat du secteur, et de tourner le dos à l’inertie inhibitrice et conservatrice, et est de nature à inspirer les pouvoirs réglementaires qui, on le sait, restent souvent en déphasage avec les tendances pratiques s’agissant du secteur des télécommunications». Pour le Consupe, pourtant, «l’autonomie financière, fonctionnelle et décisionnelle reconnue à l’Art ne confère pas à l’intéressé le pouvoir de transfert de ses ressources financières aux tiers, sans autorisation préalable du conseil d’administration et des tutelles. Ce d’autant plus que, selon la réglementation régissant l’organisation et le fonctionnement de l’Art, lesdites ressources constituent des deniers publics». L’homme est donc, désormais, plus proche de la case prison que de l’augmentation.

Dieudonné Evou Mekou

Voici donc un directeur général de la Caisse autonome d’amortissement (Caa) qui se prévaut du titre de «membre de la famille présidentielle», et sur qui courent pourtant de fortes menaces d’arrestation. La Chambre des comptes a, en fin 2012, épinglé ce vénérable personnage quant à la «fiabilité des comptes» de 2004 à 2006, au sujet desquels elle n’avait pu obtenir les pièces justificatives en termes de comptabilisation du capital social d’un montant de 5 millions Fcfa dans les états financiers. Elle invoquait ainsi un flou sur une somme de 200 millions Fcfa constituant la contribution de la Caa «au prêt subordonné d’un milliard à la Douala Stock Exchange, que le gouvernement a demandé aux organismes publics membres de son conseil d’administration».

Dans le même élan, la Chambre des comptes précisait que «les notes explicatives du bilan actif pour 2005 et 2006 indiquent 290 millions au compte  »titres de participation »». Pourtant, face au scepticisme de la Chambre, Dieudonné Evou Mekou avait déclaré, pince-sans-rire, que «la participation directe de la Caa dans le capital de la Dsx est actuellement de 90 millions». Une affaire qui, ajoutée à une autre sombre histoire autour d’une opération d’Obligations du trésor à coupon zéro (Otz) de 100 milliards de Fcfa effectuée il y a une dizaine d’années, pourrait corser son dossier au Tcs.

Amadou Ali

Le 15 juin 2010, à l’ouverture du 2ème séminaire régional annuel sur la lutte contre la corruption en Afrique le vice-Premier ministre, ministre de la Justice garde des Sceaux, Amadou Ali, étonnait son monde en déclarant, devant l’ambassadeur des États-Unis au Cameroun, Janet Garvey, «plus de 50 dossiers sont en cours d’instruction». Et de préciser qu’une cinquantaine de dossiers étaient suivis à la phase de l’enquête préliminaire, de l’information judiciaire et devant les juridictions de jugement (tribunaux de grande instance, cours d’appel et Cour suprême). Dans ses attributs de chasseur de criminels économiques, ce dignitaire du régime avait, le 16 septembre 2007, confié à Francis Dooh Collins, ténébreux «expert en intelligence économique», une enquête portant sur la fortune planquée à l’extérieur par des gestionnaires de crédits. S’en est suivie une File of Economic Criminals Suspected, une liste de 61 noms de présumés détourneurs de deniers publics, révélée par les services américains. Depuis lors, la fameuse enquête d’Amadou Ali, qui au passage aura coûté près de 1 milliard Fcfa au contribuable, au titre des commissions payées à l’«expert» est tombée dans les oubliettes. Mais, Paul Biya ne semble pas avoir oublié…

Mamouda Labaran

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