Features

Armement de Boko Haram: Un procès inutile contre la France

armes-de-guerre-saisies-douane-camerounaise-France

Accusé de fournir le matériel de guerre au groupe islamiste nigérian, le pays de François Hollande, par l’entremise de son ambassadrice au Cameroun, éclaire. C’est à travers un communiqué de presse que Christine Robichon répond à ceux qui voient la main de son pays derrière l’armement de Boko Haram.

«La France exerce un des contrôles les plus stricts au monde sur ses ventes d’armements. Selon plusieurs rapports, une grande partie des armes de Boko Haram a été prélevée à l’armée nigériane, une autre provient de trafics illégaux dans la région», précise l’ambassadrice de la France au Cameroun. Avant de renchérir : «La lutte contre les trafics d’armes dans la bande sahélo-saharienne fait partie des objectifs de l’opération Barkhane, menée aux côtés des forces tchadiennes, nigériennes, maliennes, mauritaniennes, etc.»

En fait, cette réaction fait suite aux affirmations d’Hassan Sally Ben Bakary, ministre de la Communication de la République du Tchad en visite de travail et d’amitié au Cameroun, mercredi 4 mars. Lors d’une conférence de presse conjointe à Yaoundé avec son homologue camerounais Issa Tchiroma Barkary, le Tchadien avait alors déclaré que «40% des armes utilisées dont le matériel militaire récupéré, chars, mitrailleuses, munitions et autres blindés, à la grande surprise des soldats tchadiens, sont de marque française.» Hassan Sylla Ben Bakary a indiqué qu’il ne désignait pas la France comme un fournisseur d’armes de la secte Boko Haram. Il s’agit, selon lui, d’un avertissement afin que Paris contrôle mieux les circuits de vente de matériel militaire. «Mon pays montre ces images et continuera de les montrer afin que ceux qui les fabriquent sachent que ces armes ne se retrouvent pas là où elles doivent être», a-t-il poursuivi.

Nous suivre ►► Facebook   Twitter   Instagram   Youtube 

Brouilles.

Depuis lors, les commentaires vont bon train dans les chaumières. De nombreux géostratèges pensent que la France n’a pas intérêt à financer un tel movement. Et même, nuancent-ils, parlant de l’arsenal de guerre de Boko Haram, que dira-t-on des Kalachnikov d’origine russe sorties des entrepôts libyens retrouvées entre les mains des rebelles du Soudan, Somalie, touaregs y compris les troupes djihadistes opérant dans le désert du Sahara?

Nicolas Sarkozy, alors président de la République française, en chassant Mouammar Kadhafi du pouvoir en Libye en 2012, n’avait-il pas ouvert ces entrepôts d’armes aux terroristes ? En plus, on ne saurait imputer au pays de François Hollande d’avoir distribué des kalachnikovs aux rebelles centrafricains pour déstabiliser le régime de François Bozizé. Lesquelles armes étaient revendues à la frontière Cameroun-Rca au prix de 35 000 Fcfa.

Ce sont encore ces mêmes armes que brandissent les hommes d’Abubakar Shekau, plus que jamais déterminés à asseoir un khalifat islamique par tous les moyens. «S’il n’est pas exclu que l’image de la France a été écornée sous Nicolas Sarkozy, notamment avec la déstabilisation du régime de Laurent Gbagbo en Côte-d’ivoire et en Libye, il est tout de même important de retenir qu’elle n’a ni de près ni de loin contribué à la déstabilisation de la sous-région Afrique centrale. En République centrafricaine, elle a envoyé des soldats pour mettre fin à la guerre civile. Aussi, on ne saurait nier sa participation au retour de la paix au Mali. Face à Boko Haram, elle est prête à contribuer à la coordination d’une force militaire régionale en Afrique de l’Ouest», souligne un diplomate camerounais sous cape. Du coup, d’autres commentateurs pensent que Boko Haram pourrait utiliser l’impact médiatique et psychologique créé par cette affaire de financement d’armes pour semer le doute et maintenir le Cameroun, le Niger, le Tchad et le Nigeria dans la phobie des attaques.

René Atangana

Populaires cette semaine

To Top