Culture'Urbaine

André Marie Tala : Les secrets du succès d’une icône de la musique

Avec 45 ans de carrière à son actif, l’artiste musicien originaire de l’Ouest Cameroun est une référence.

Ne lui parlez pas de retraite. Un large sourire aux lèvres, André Marie Tala nous fait comprendre dès l’entame de notre échange qu’il n’en est pas encore là. D’ailleurs le 29 novembre 2013, l’artiste musicien lancera les festivités marquant la célébration de ses 45 ans de carrière musicale. Le coup d’envoi sera donné dans la salle de spectacle de Douala Bercy. Mais c’est véritablement en 2014 que la célébration se fera grandeur nature. Avec des concerts prévus également à Yaoundé et à Paris, apprend-on de l’artiste. Ce qui, pour cet originaire du village Bandjoun, dans le département du Khoung-Ki, région de l’Ouest du Cameroun, n’est pas un signe d’adieu ou même d’au revoir à la scène. «Quand on fête un an d’anniversaire, ce n’est pas pour dire qu’on va mourir. Je suis encore là. On va juste marquer cet évènement», rassure l’auteur de l’album «Binam», sortit en 1983. L’homme qui nous reçoit cet après-midi de lundi 15 juillet 2013 dans son domicile au quartier New-bell dans l’arrondissement de Douala 2ème est visiblement bien loin de ranger sa guitare. D’ailleurs, sur l’un des canapés où il est assis, deux guitares sont posées près de lui. Un outil qui n’est jamais bien loin de l’artiste musicien. «J’ai toujours ma guitare», confirme la star, sans trop de surprise pour le reporter.

Ce dernier n’aura d’ailleurs pas de mal à retrouver le domicile du guitariste situé en plein coeur du quartier New-bell. Presque tout le monde ici connaît le chanteur de «Rouge à lèvres». «Il est affable et très simple pour quelqu’un de mondialement connu. Tout le monde le connaît ici au quartier New-bell Baganté. Et les gens sont toujours surpris de savoir qu’il réside ici à New-bell, un quartier populeux comme celui-ci», se réjouit l’une des voisines dont la maison est située juste en face de celle du chanteur. Et à en croire ce dernier, c’est depuis 40 ans qu’il habite ce quartier de la ville de Douala. «Les gens d’ici m’ont bien accueillit. Je me suis sentit bien. Et je n’ai plus jamais eu envie de partir. Chaque fois que je viens au Cameroun, c’est dans cette maison que je demeure. Et ce que j’apprécie encore plus c’est que, New-bell est un quartier cosmopolite», apprend-on de cet ancien choriste de la première chorale de la paroisse Christ Roi de Mbo’o dans la ville de Bandjoun. Et d’ajouter«il est vrai, c’est depuis 35 ans que je suis installé en France. Cependant, je ne passe pas 12 mois sans venir au Cameroun. De cette manière, je ne suis pas déraciné», explique celui que l’on présente comme étant le pionnier du bendskin.

Des titres et des albums à succès sur ce rythme, André Marie Tala en a composés plusieurs. «Je tenais à faire sortir ce rythme de New-bell. Je suis fier d’y être parvenu. Pour y arriver, je demandais aux gens de me prévenir lorsqu’il y’avait des manifestations pour que j’aille me produire. Et c’est comme cela qu’au fur et à mesure, j’ai fais découvrir cette danse. Mais cela n’a pas été facile», raconte-t-il.

Plusieurs années plus tard, André Marie Tala compte une vingtaine d’album. «Bendskin», «Nomtema» (1976, 1ère version et 1992, 2ème version), «Woman pass massa» (1986), «Je vais à Yaoundé» (1972), «Shake shake» (1989), «Hot Koki» (1974), etc. Des albums et titres dont les «textes sont des sujets vivants, car inspirés de la vie quotidienne», indique l’artiste musicien. Le bendskin est aujourd’hui, grâce au père du «Tchamassi» (style afro jazz), connu au-delà de nos frontières.

Rythmes

A en croire l’artiste handicapé visuel, son succès planétaire est le fruit de son travail et d’une rencontre. Une rencontre artistique inoubliable. Celle d’avec Manu Dibango en octobre 1972, alors que le jeune homme est âgé de 22 ans. Après avoir écouté quelques unes de ses chansons, aujourd’hui comptées parmi les classiques, le célèbre saxophoniste camerounais va l’inviter à enregistrer en France à Paris. «Une invitation que j’ai vite fait d’accepter, sans savoir par quels moyens ou avec quel argent je pourrai acheter le billet d’avion pour me rendre à Paris. Mais grâce à certaines personnes et par la grâce de Dieu, cela s’est fait», se souvient-il. Et de préciser, sourire en coin, «et c’est cette année là que j’ai enregistré mes trois 44 tours dans un studio d’enregistrement compétitif. Ce, grâce à Manu. Car en plus, j’avais accès à un grand groupe».

C’est le début de la gloire et d’une carrière riche et prometteuse. Qui va d’ailleurs devenir internationale. Et deux ans plus tard, l’artiste s’envole à nouveau pour paris pour l’enregistrement de «Hot Koki», son tout premier 33 tours. Disque qui va sortir fin 1974 et sera plagié par l’artiste musicien américain James Brown. De cette période, André Marie Tala n’a rien oublié. Surtout le procès qui s’en est suivit après le plagiat. «Personne ne me croyait de taille à affronter un artiste de renommé internationale comme Brown, encore moins de remporter le procès face à lui. Mais la justice m’a donné raison», jubile encore André Marie.

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Malgré un procès en cours, l’artiste poursuit sa carrière. Sa notoriété se construit au fil des scènes. Sur lesquelles il côtoie les plus grands artistes d’alors. Notamment Claude François. En dépit des sollicitations pour le voir s’installer aux Etats-Unis, André Marie Tala va choisir de vivre en France. Mais avant d’en arriver là, les débuts de carrière de ce fils de l’Ouest n’ont pas été un fleuve tranquille. Comme de nombreux artistes de sa génération, il a connu l’école des cabarets. A l’instar du cabaret «La paillotte», le seul dans la région de l’Ouest à l’époque. Et c’est à cette période de ma vie et de ma carrière que j’ai fais la connaissance de mon ami et frère Sam Fan Thomas, qui poussait à la guitare. Nous avons travaillé pendant 10 ans. Sam c’est un bosseur !», soutient cet ancien leader vocal du groupe «Rock Boys», devenu plus tard «Black tigers». C’est à la suite de plusieurs déconvenues et dans l’espoir de découvrir autre chose qu’André Marie et ses compagnons de musique débarquent dans la capitale économique. «Je me rappelle, que c’est au cabaret «La piscine» située à l’époque au quartier Cité-sic que nous avons déposés nos valises et guitares. C’était notre premier contrat à Douala», se souvient-il nostalgique. Avant de poursuivre, «Après «la piscine», ça été les cabarets «Castel», «Djengou». J’en voulais toujours plus et j’aime le travail bien fait», déclare celui qui se reconnaît un caractère de gagneur. Un esprit qu’il a cultivé même lorsqu’il voyait encore. «Peut-être aussi parce que j’ai toujours été entouré des forceurs», suppute le guitariste.

Décontracté, l’artiste connu pour sa maestria et son aisance à la guitare semble très à l’aise et au top de sa forme. Vêtu de manière simple mais élégante ce lundi, (chemise marron brodée sur le côté gauche et un pantalon sombre) une gourmette, une chevalière en plus de son alliance complète sa tenue. Outre ses lunettes noires qui ne le quitte jamais. Handicapé visuel depuis l’âge de 15 ans, André Marie Tala a appris à développer tous ses autres sens, nous apprend-il.

Décrocher et raccrocher son téléphone ou même lire l’heure sur sa montre ne lui pose aucun souci. Néanmoins, il doit le plus souvent faire appel à André qu’il nous présente comme son frère. Et lorsqu’André Marie Tala est au pays, il peut toujours s’appuyer sur ce sexagénaire. Ce qui ne semble poser aucun souci à ce dernier. «C’est mon frère. Il doit pouvoir compter sur moi. Quand il arrive au Cameroun, je l’accompagne partout, jusqu’au moment où il prend le vol pour son retour en France», indique André. Né le 29 octobre 1950 à Bandjoun, c’est dès l’âge de 3 ans que ce père de famille perd sa mère.

Recueillit et élevé par Marie-Thérèse Meku Mamwa, il vit une enfance heureuse auprès de cette mère d’adoption qui lui a inculqué des valeurs d’éthiques et de morales, nous informe-t-il. Le petit orphelin découvre alors un univers musical. «Ma grand-mère était une célèbre chanteuse qu’on invitait à se produire lors des cérémonies et rites traditionnels. Comme la danse des femmes, les chants et des rythmes des jumeaux au village. On venait la chercher de partout. Et en dehors d’elle, j’avais aussi un oncle Thomas Fokam qui jouait de l’accordéon. Alors je pense qu’il y avait un don unique». Celui qui va véritablement lui fournir l’instrument adéquat pour s’épanouir sur le domaine musical n’est autre que Paul Wafo qui lui offre sa première guitare. Il avait sans doute décelé quelque chose en moi qu’à l’époque, moi-même je ne me rendais pas encore compte, croit-il savoir. Loin de s’apitoyer sur son sort, le jeune aveugle qui affirme par ailleurs avoir progressivement perdu la vue suite à décollement de la rétine, va vite très vite apprendre à vivre avec son handicap.

Cependant, «durant les deux premières années, j’ai souffert. Mais après, je me suis dis que je ne suis pas le seul dans le monde». Marié depuis plusieurs années, (il s’est refusé à donner le nombre d’années de leur mariage, ndlr) à Charlotte et père de plusieurs enfants dont il n’a pas donné le nombre, André Marie Tala préfère rester discret en ce qui concerne sa vie privée. «Un artiste doit avoir un jardin secret et mon épouse n’aime pas s’exposer. J’ai le devoir de protéger ma famille», affirme celui qui, aujourd’hui, entend mettre sur pied deux projets qui lui tiennent à coeur : la création de l’Association pour l’intégration et l’entraide des personnes handicapées en Afrique (Apiha) et celle d’un Centre d’étude de promotion artistique et culturel (Cepac). «Avec cela, j’aurai le sentiment d’un travail complet», soutient le meilleur chanteur d’Afrique Centrale lors des Kora en 2000. Son voeu, l’intervention des pouvoirs publics dans la question des droits d’auteur dans notre pays et la piraterie. «Quelque soit la force d’un artiste, il serait utopique de croire qu’on peut s’en sortir seul. L’Etat doit s’intéresser aux problèmes des artistes musiciens qui parfois meurent sans soins. Et la piraterie, c’est le Sida des oeuvres de l’esprit», conclut André Marie Tala.

Source : infos.cm

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