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Alerte: forte odeur de pillage au barrage de Memve’ele

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Dieudonné Bisso et Martin Claude Ndibi, respectivement directeur du projet et chef comptable, sont accusés par le personnel de siphonner les caisses de l’unité opérationnelle de cette infrastructure.

Les nouvelles en provenance de Nyabisan, dans le Sud-Cameroun, ne sont pas rassurantes. Un coup d’œil des grands ateliers confine en effet au pessimisme : malgré des chiffres tronqués, exhibés pour vanter le taux de réalisation des travaux de construction du barrage hydroélectrique de Memve’ele, les différents ouvrages avancent à pas de tortue au point qu’il ne serait pas surprenant que le planning général des travaux sur la mise en service de l’ouvrage, prévu pour l’année 2017, connaisse un sérieux retard.

Mis à l’index, le directeur du projet et son chef comptable, Dieudonné Bisso et Martin Claude Ndibi respectivement. Selon des confidences, ces deux responsables sont accusés d’avoir mis en place des stratégies criminelles sur les deniers publics à travers des opérations de surfacturation, de marchés fictifs, de détournements de véhicules du projet et autres manipulations sur les salaires. Une gestion jugée calamiteuse et qui ne laisse pas d’inquiéter au sein de l’unité opérationnelle, sise au quartier Bastos à Yaoundé.

D’après les bruits de couloirs, le personnel du chantier n’est pas toujours affilié à la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), alors que cette rubrique est prélevée dans les salaires. Pour mieux illustrer les crimes en cours sur le chantier de Nyabisan, des sources introduites évoquent l’affaire de 23 ouvriers qui seraient passés de vie à trépas depuis le lancement des travaux de ce barrage. Plusieurs témoins rapportent ainsi comment les corps de certains d’entre eux ont été découverts en pleine forêt, en état de putréfaction pendant qu’on invoquait des cas d’accidents du fait de conditions de travail déplorables (soudure, coffrage, etc.). Même le syndicat mis en place pour sauvegarder les intérêts des travailleurs de Shino-Hydro n’y a pu rien faire, face à un directeur du projet également accusé d’avoir signé des contrats et accords complices avec les Chinois, piétinant ainsi les droits des ouvriers.


Réseaux Inoni.

Dans ce climat de tension permanente, soufflent des sources concordantes, Dieudonné Bisso sait pouvoir compter sur ses relations bien placées auprès du gouverneur du Sud, des patrons de la gendarmerie et de la police. Plus loin, on apprend que l’esclavagisme instauré par le patronat chinois vis-à-vis des ouvriers camerounais ne fait que bénéficier au directeur du projet, qui officie comme un arbitre ayant clairement choisi son camp. Les pots-de-vin aidant, l’homme réussit à tous les coups à étouffer dans l’œuf toutes les revendications liées aux licenciements abusifs.

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Pendant ce temps, apprend-on, Dieudonné Bisso ne manque pas d’afficher des signes ostentatoires d’aisance sociale. Les employés pointent par exemple ses nombreux immeubles à Yaoundé, ses actions dans l’agence de transport La Mvila, sans compter son insolent parc automobile ou encore son concubinage avec une commissaire de police principale. Une anecdote rapporte en outre comment, lors des inscriptions biométriques sur les listes électorales en 2013, et contrairement à l’engagement multiforme d’élites visant encourager cette opération, Dieudonné Bisso, au contraire, se sera distingué par sa pingrerie.

Son chef comptable, Martin Claude Ndibi, est pour sa part loin de faire partie des miséreux du chantier. Ancien cadre à la Cnps, il a fait sortir des terres une villa sise au quartier Mendong, à Yaoundé moyennant – excusez du peu – près de 20 millions de Fcfa. D’autres informations, non confirmées, lui prêtent également un duplex dans son village Biba, par Ebolowa, estimé à quelque 70 millions de francs.

«En réalité, ces deux prédateurs se sont assis sur ce projet structurant pour préparer leurs vieux jours. Et peu importent les résultats dans la réalisation des travaux à Nyabisan : ils doivent leurs postes aux réseaux Inoni Ephraïm (l’ex-Premier ministre aujourd’hui en prison, Ndlr), qui ont décidé de placer leurs pions pour servir leurs intérêts au détriment du mérite et de la performance que prône le président de la République. Dieudonné Bisso, par exemple, est détenteur d’un douteux doctorat en physique obtenu en 2008 à l’université de Yaoundé. Son chef comptable, lui, a connu une traversée du désert après avoir été chassé de la Cnps par Louis Paul Motaze pour malversations financières au centre provincial de Bertoua. C’est par un concours de circonstances que ce dernier s’est fait recruter dans le projet, grâce à la solidarité familiale à l’époque de Philémon Mendo, son frère par alliance», confie un employé de la zone d’emprunt B3. Info ou intox ?

Toutes nos tentatives pour joindre les deux hommes sont restées vaines. Aux dernières nouvelles toutefois, leurs cas auraient d’ores et déjà été portés devant les services compétents du Contrôle supérieur de l’État (Consupe). Il y va en effet du devenir de cette infrastructure, appelée à booster le déficit énergétique du Cameroun et même des pays voisins à l’instar du Gabon et de la Guinée Équatoriale.

Nadine Bella

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