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Albert Dzongang: « Le dernier mot appartient à la fille, c’est-à-dire Chantal Biya »

obseques- belle mère-rosette Mboutchouang-l’Ouest

Quelle lecture vous suggère cette actualité plutôt triste au sujet des obsèques de la maire de Bangou,  reine de Bandengkop, Rosette Mboutchouang, rappelée à Dieu le 2 octobre dernier et dont l’inhumation est prévue à Mvomeka’a plutôt, selon le cabinet civil de la présidence de la République ?

Je ne voudrais pas que Le Messager tombe dans le piège des autres quand vous dites à Mvomeka’a plutôt, comme s’il y avait un autre endroit plus indiqué tant sur les plans officiel que traditionnel pour accueillir les restes de la belle-mère du chef de l’Etat. Il faut noter qu’on parle davantage d’elle en lui attribuant le titre de belle-mère. Celui de reine a été évoqué après sa mort. Une reine comme elle, signifie un titre de reconnaissance pour les services rendus. Elle en a énormément rendu dans le département des Hauts-plateaux de telle sorte qu’on lui a donné le titre honorifique de reine. Même Paul Biya a été fait Nnomnguii à Ebolowa, bien avant fon des fons dans le Nord-Ouest, Nji dans la cour du sultan des bamoun…vous croyez qu’à cause de cela le chef de l’Etat, à sa mort, sera enterré à Foumban ou à Ebolowa ou à Bamenda où il revendique des titres ou ailleurs ? Ce ne sont que des titres honorifiques qui ont des valeurs symboliques qui ne reposent pas sur la tradition. Vous croyez que feue dame Mboutchouang a avalé des choses qui l’attacheraient à la terre des Bamilékés ? Sur le plan traditionnel, une femme appartient à sa famille tant qu’elle n’est pas dotée. Je ne sais pas si Ernest Mboutchouang avait doté Rosette chez les Nanga-Eboko et s’il ne l’avait pas fait, la tradition veut que la dépouille revienne à la terre des Nanga-Eboko. Ce qui suppose que leur fille n’est pas allée en mariage quelque part.  Bien entendu, personne ne dit que Rosette n’était pas mariée à Ernest Mboutchouang.

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Le cas de la maire de Bangou semble atypique…

Chez les Bamiléké il y a ce que l’on appelle discussion. Quand une femme a connu deux hommes avec des enfants à la clé, le lieu de l’enterrement est l’émanation du choix des enfants nés de différents endroits qui s’accordent sur ce lieu. Dans le cas d’espèce, Rosette n’avait pas d’enfant avec Ernest Mboutchouang né à Bandengkop. Dans nos traditions, les morts ne sont pas morts. Nous sommes tenus de les vénérer. Chez les Bamiléké cela se symbolise par l’enlèvement du crâne ou la fête annuelle pour les temps modernes. Croyez-vous que l’unique fille (Chantal Biya) et les petits enfants, qui ne sont jamais allés à Bandengkop, iraient déposer des gerbes de fleurs sur la tombe de la maman ou de leur grand-mère ? Le premier choix du lieu d’enterrement n’appartient pas à Monsieur Biya, ni à Ernest Mboutchouang. Mais à Mme Chantal Biya. Par ce que sa mère n’était pas mariée à son père. Cela signifie que normalement la dépouille de la maire irait chez le premier mari qui aurait doté la femme, monsieur Vigouroux. A la mort de Rosette, combien de personnes sont supposées être attachées à son histoire ? D’emblée son mari, sa fille, Chantal Biya, ses petits-enfants. Si on fait le vote de façon démocratique, c’est le côté de sa fille et ses petits-enfants qui prédomine. De ce point de vue, Rosette ne peut qu’être enterrée qu’à un endroit où son enfant et ses petits-enfants auront un accès facile. Comme il est établi que Paul Biya a doté Chantal, c’est son épouse, sans polémique aucune, ils ont des enfants. Chantal Biya ne pourrait en aucun cas être enterrée ailleurs si elle avait eu un deuxième homme. Elle sera enterrée à Mvomeka’a. Dans cette optique, il est de bon ton qu’elle inhume sa mère là où elle-même sera enterrée avec ses enfants et petits-enfants.

Que dire de la ville de Nanga-Eboko qui, s’apprêtait à accueillir les restes de sa fille, si l’on en juge par les missions avancées du cabinet civil de la présidence de la République et les comités d’organisation locaux qui se sont mis sur pied ?

C’est normal ! Les Camerounais récupèrent tout. Beaucoup plus les morts que les vivants. Même à l’Ouest, les comités locaux d’organisation se sont mis en place. Nul doute que le cabinet civil s’est aperçu que les conditions n’étaient pas réunies pour le déplacement du chef de l’Etat. Pour moi, le chef de l’Etat dans cette affaire, est secondaire. Le dernier mot appartient à la fille, c’est-à-dire Chantal Biya. Ces obsèques revêtent un caractère politique eu égard à l’implication du cabinet civil et même du statut de la défunte qui était pas moins maire de Bangou, c’est-à-dire la première magistrate de cette commune.

Entretien avec Alain NJIPOU

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