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Ahmadou Ahidjo renait sur Facebook

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Une page se revendiquant de l’ancien président de la République Ahmadou Ahidjo, décédé il y a bientôt 25 ans, entretient les internautes sur sa vision du Cameroun.

Lorsque qu’un utilisateur du réseau social Facebook tape le nom d’Ahmadou Ahidjo dans l’onglet dédié à la recherche, une dizaine de pages s’affichent, renvoyant au célèbre patronyme du premier président du Cameroun (1960-1982). A côté de celles appartenant aux divers homonymes du « Père de la Nation Camerounaise », une page retient très vite l’attention, par son message d’appel surprenant, accompagné d’une photo en noir et blanc d’Ahmadou Ahidjo : « Vous pouvez poser des questions au président Ahmadou Ahidjo sur les raisons de sa brouille avec Paul Biya, lui laisser un message, ou lui demander conseil. Il vous répondra de l’audelà où il repose depuis le 30 novembre 1989. »

25 ans après son décès, le deuxième premier ministre de l’Etat du Cameroun (1958-1960), après André Marie Mbida, serait donc toujours présent, en esprit, dans un lieu mystique d’où il donnerait sa version des faits sur des épisodes de l’histoire de la nation qu’il dirigea 24 ans durant. Une situation peu probable à laquelle de nombreux « Facebookeurs » semblent pourtant croire comme des paroles d’évangiles. Basé sur le principe d’une page ayant pour objectif de relater l’activité d’un personnage publique, « Président Ahmadou Ahidjo, la page officielle » est suivie par 3.287 personnes. A côté du profil interactif de son successeur constitutionnel, qui totalise plus de 47.000 adhérents, celle de « l’illustre prédécesseur » de Paul Biya fait plutôt palle figure, mais n’en demeure pas moins un espace d’échanges où l’on peut discuter à bâtons rompus avec le défunt.

Répondant à la question d’un de ses fans, voulant connaitre les conditions dans lesquelles le nom de baptême Lions Indomptables a été choisi , le pseudo Ahmadou Ahidjo répond avec la solennité propre aux hommes d’Etat dont il se revendique « Les Lions Indomptables du Cameroun, c’est Tonye Mbock, mon premier ministre de la jeunesse et des sports, à qui j’avais demandé de trouver un nom de guerre par lequel on désignerait notre sélection nationale, qui m’avait fait la proposition  que j’ai tout de suite approuvée , d’appeler notre équipe les Lions Indomptables. »

La page d’Ahmadou Ahidjo présente quelques clichés rares de l’inauguration du Stade omnisports de Yaoundé, qui porte son nom, construit à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations 1972. D’autres photos inédites nous permettent de faire un voyage dans le temps, à travers des clichés où l’on peut voir l’ancien couple présidentiel posant tout sourire, des rencontres au sommet avec Teodoro Obiang Nguema de Guinée équatoriale et des anciens présidents comme le Français Georges Pompidou, lors de sa visite effectuée au Cameroun au début des années 1970, l’Américain John Fitzgerald Kennedy, qui reçut le président Ahidjo à sa descente d’avion à Washington en 1961 ou avec son ami le Sénégalais Léopold Sédar Senghor.

A chaque fois, l’administrateur du profil Facebook prend le soin d’accompagner les photos de commentaires explicatifs, pour le grand plaisir de ses admirateurs «  merci Excellence pour ces photos. Vous me permettez de découvrir des choses que je ne savais pas», écrit Raymond N. Concernant les conditions de son décès, « le fantôme de Dakar » se fait plus grave et relate avec une précision déconcertante ses derniers moments sur terre « j’ai été pris d’un malaise chez moi aux côtés de mon épouse Germaine.

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Mes proches ont tenté de me ranimer en vain. Dieu m’a rappelé vers lui ». A la lecture de cette réponse présidentielle, plusieurs commentaires empreints d’émotion sont visibles : « Papa tu nous as quitté trop tôt », « tu nous manques », « nous ne cessons de penser à vous ». Devant ce florilège de réactions, notre Ahmadou Ahidjo est plus que flatté et salue « la bonne mémoire de mes compatriotes qui ne m’ont pas oublié. » L’oubli, il en est question à plusieurs reprises sur cette page.

Plusieurs photos de sa dernière demeure dakaroise, où l’ancien président de l’Union Nationale Camerounaise (UNC) repose depuis sa disparition le 30 novembre 1989, jalonnent son profil dans le réseau social. Certains commentaires d’internautes s’insurgent contre la position du pouvoir actuel de Yaoundé qui continue de renvoyer la responsabilité du rapatriement de la dépouille de l’ancien président à sa famille. L’intéressé lui-même prend position et pense que le moment viendra où il foulera à nouveau le sol du Cameroun. « Le président »laisse à travers certaines publications transparaitre une vision plus intime de lui-même « Eko Roosevelt faisait partie, avec Eboa Lottin des artistes camerounais que j’affectionnais bien » peut-on lire après qu’il a partagé des mélodies de ces deux chanteurs célèbres.

Allocutions

Sur les questions politiques aussi, « Président Ahmadou Ahidjo, la page officielle » entend se faire entendre. Extraits d’allocutions datant de la période où il était vivant, témoignage de personnalités saluant son passage au sommet de l’Etat, l’ancien président argumente sur ses réalisations et ses choix politiques. Mais il préfère ressortir de vielles citations tirées de ses discours. Sur les grands sujets de l’actualité nationale, comme le ralliement de sa fille Aminatou Ahidjo à la politique de son dauphin Paul Biya, il se fait moins prolixe et s’impose « un silence de mort ».

Qu’à cela ne tienne, le président de la République Unie du Cameroun démissionnaire le 4 novembre 1984, répondant à une question concernant la gestion actuelle de son pays répond « l’autorité de l’Etat doit être rétablie et la valeur du travail revalorisée. » Un subtil pied de nez à l’actuel locataire du Palais de l’unité, dont il dit que les idéaux de rigueur et de moralisation étaient déjà des socles de sa politique bien avant que le Père du Renouveau ne s’en empare le 6 novembre 1982.

A la fin de ce périple dans les carnets numériques post mortem d’Ahmadou Ahidjo, l’internaute le plus fragile sera surement tenté de croire que l’esprit de l’ancien président continue de planer sur le réseau social créé par l’Américain Mark Zuckerberg. Pour les plus rationalistes, il s’agira juste d’un canular bien huilé. A l’approche du 25ème anniversaire de sa disparition, Ahmadou Ahidjo n’est pas prêt de disparaitre de la mémoire collective.

© Le Jour : William Oyono

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