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Agissement au sommet de l’état : les dérapages de Louis Paul Motaze mis à nu

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Pas à la hauteur des exigences intellectuelles liées aux projets structurants dont il s’est arrogé le contrôle, le secrétaire général des services du Premier ministre (Sg/Pm) s’emmêle les pédales et multiplie les bourdes. Conséquence logique : les vrais résultats ne sont pas au rendez-vous…

L’image se voulait au départ forte. Au finish, elle est pitoyable. Jeudi 24 septembre, une forte délégation du Comité de pilotage du suivi du projet Lom Pangar, conduite par le Sg/Pm, se rend sur le site à l’Est du pays pour la cérémonie officielle de fermeture de quatre pertuis. En ce jour où la communauté musulmane célèbre la fête du mouton, Louis Paul Motaze entend, sans doute, faire savoir au président de la République et au monde entier qu’il travaille, même les jours fériés. Loin de s’en émerveiller, des Camerounais, pas dupe du tout, raillent plutôt «la prestidigitation» de l’ancien directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), pointent son «charlatanisme» et l’invitent à «se calmer un  peu», ceci dans son «intérêt». A Lom Pangar, Louis Paul Motaze s’est couvert de ridicule.

Alors que les techniciens ne manquent pas, le Sg des services du Pm s’est précipité devant les micros de la presse nationale et internationale- fortement conviée pour la circonstance – et a débité un charabia renversant. Les  experts de la Banque mondiale présents ont manqué de se cacher derrière leur petit doigt à l’écoute des déclarations abracadabrantesques d’une si haute personnalité qui ignore jusque sa propre ignorance. Qu’importe que la réputation du Cameroun s’en est trouvée écornée. Pour Louis Paul Motaze, l’essentiel est ailleurs. Il a été le terrain, un jour férié de surcroît. On l’a vu à la télé remercier la Banque mondiale, féliciter les ouvriers, encourager les responsables de Electricity development corporation (Edc). C’est, à l’observation, l’effet recherché.

Foutoir

Les choses se passent beaucoup moins bien pour lui dans le dossier de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot). En effet, se croyant le mieux placé pour arbitrer la crise que vit cette instance sportive, M. Motaze a commis des impairs. D’après des indiscrétions, il aurait manœuvré  comme un creuseur de tombe pour la confection d’une liste devant contenir les noms des membres du prochain bureau exécutif de la Fecafoot.  D’autres langues médisantes pensent qu’il aurait déjà trouvé un président et un vice-président parmi les anciens dirigeants de l’instance faîtière du football national. Le reste de la liste, disions-nous alors dans notre édition du 23 septembre, qualifiée de liste «d’union nationale pour la paix» ou du «consensus» sera, par ses soins, complété progressivement. L’on se souvient comme si c’était hier, qu’étant ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Louis Paul Motaze avait été cité, avec Roger Melingui et autres, dans le scandale du projet de construction des stades par des Chinois,  l’on se souvient également qu’étant à la tête de la commission prescrite par le président de la République pour faire la lumière sur la débâcle des lions indomptables au mondial brésilien de 2014, et pour proposer des solutions en vue du redressement du football camerounais, c’est encore lui qui s’est rendu en Suisse en mars dernier pour expliquer au Comité exécutif de la Fédération internationale de football  et association (Fifa) les négociations entamées entre les principales protagonistes de la crise que traverse la Fecafoot, au sujet du processus électoral en cours. Résultat des courses, c’est lui qui sera plutôt accusé d’avoir touché les pots-de-vin, soit environ 400 millions de Fcfa, pour maintenir le statu quo à la tête du comité de normalisation. D’aucuns voient aussi sa main derrière le retour annoncé de  Samuel Eto’o dans la tanière alors que c’est bien lui, Motaze, qui aura été l’artificier en chef de l’exclusion (non assumée) de l’ex-capitaine des Lions indomptables.

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Dans l’entourage de celui que certains appellent le «vrai Pm», l’on ne fait plus mystère de ce que le ministre des Sports (Minsep) Adoum Garoua lui doit en grande partie sa nomination. On comprend dès lors pourquoi le Minsep lui obéît au doigt et à l’œil. Du coup, il est à craindre pour les prochaines Can 2016 et 2019, organisées en terre camerounaise, pourraient ne pas répondre aux standards requis en termes d’infrastructures. Faut-il préciser que le suivi des dossiers est du ressort de l’indispensable Sg/Pm ?

Fausse note.

Véritable touche-à-tout, Louis Paul Motoze a mis la main dans le cambouis du droit d’auteur de l’art musical. Malheureusement, pas au bonheur des artistes. L’excès de zèle étant une seconde nature chez cet homme qui dit être un «fils» du président de la République. Le Sg/Pm se souvient-il avoir fait le pari de mener à terme le dossier du Port en eau profonde de Kribi. Pourtant, vont constater ses  détracteurs, c’est bien lui qui a failli enterrer la volonté éclairée du président de la République de doter le Cameroun d’un complexe portuaire moderne.

Là n’est pas le bouquet

Le fils de Meyomessi, dans le Dja et Lobo, comme un fou déchaîné, va réussir l’exploit de factoriser par zéro d’autres dossiers sensibles. On pense singulièrement au dossier Camair-Co. Les chances que la compagnie aérienne nationale prenne son envol sont sérieusement compromises. L’ancien ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), ne se souvient pas avoir juré à l’époque d’apporter une réponse aux difficultés rencontrées par « l’étoile du Cameroun ». Paradoxe, depuis qu’il est au secrétariat général des services du Pm, les problèmes de la compagnie (la disponibilité des aéronefs ; la régularité des programmes de vols ; ainsi qu’une rigueur dans la gestion) se sont aggravés, à certains égards.

Et c’est d’ailleurs le même sentiment éprouvé par de nombreux observateurs quand ils jettent un temps soit peu, un faisceau de lumière sur son rôle dans le projet de fer de Mbalam, projet dont il est le coordonnateur et dans lequel il est accusé d’avoir cédé des terres aux étrangers au franc symbolique. Inutile ici de remuer les cendres du dossier du Projet de reconversion économique de la filière banane plantain (Prebap) depuis son magistère au Minepat, en passant par la gestion du second Pont du Wouri, sans oublier le scandale de la migration numérique, un dossier dans lequel le président du Cam-Dtv est accusé d’avoir aboulé quelques centaines de millions.
Qu’à cela ne tienne, en petit comité, cet homme qu’on dit aimer la bonne chair, au propre et au figuré,  pense que la République est un festin où il peut étaler sa richesse et ses chimères de « fils » de président. A se demander où Louis Paul Motaze qui a le flair du «gombo» trouve-t-il autant d’énergie pour tenir! Il n’en a cure. Avec tout ça, l’homme peut toujours arracher les terres des autochtones et autres ayants-droit  du côté de Mouanko -région du Littoral- qui ont choisi les tribunaux pour rentrer dans leurs dus, face à la puissance financière du Sg/Pm. On le voit bien, l’ancien directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) serait sur la sellette.

Les velléités néfastes de Louis Paul Motaze ne devraient-elles pas être recadrées, afin de sauver la politique des grandes réalisations si chères à son «père»? La réponse se trouve apparemment dans la question.

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