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Afrique Média se délocalise à Malabo et à Ndjamena

Les locaux de Douala  de la chaîne de télévision panafricaine ont finalement été scellés ce mercredi 12 août 2015 par le préfet du Wouri.

«Urgent: Affaire Afrique Media-CNC: Suite à la pression de certaines autorités du Cameroun, nous vous informons que la chaîne de télévision panafricaine émet depuis ce matin de Malabo et de Ndjamena. Dès lors, chers téléspectateurs, vous serez privés des débats pendant trois jours car nos techniciens  sont à pied d’œuvre pour le réaménagement des studios  de Malabo et de Ndjamena… Par ailleurs, tous les panélistes sont priés de prendre attache avec la compagnie aérienne Ceiba pour l’obtention de leurs billets d’avion. » Tel est le message synthé qui circule sur la télévision panafricaine Afrique Media, depuis ce mercredi 12 août 2015, en mi-journée. Une annonce qui laisse croire que les responsables de ce média auraient finalement capitulé  face au Conseil national de la Communication. Les deux institutions s’étaient engagées  dans un retentissant  bras de fer depuis le 04 juin 2015, date la suspension de la chaine. Le message est diffusé alors que  Peter Essoka, Vice-président du CNC venait de déclarer au journal de 13 heures sur les antennes de la radio nationale avoir finalement réussi à faire sceller les bureaux de ce média, basés dans la ville de Douala. Une première tentative engagée lundi au siège de cette télévision au quartier Ndogbong avait échoué à cause des populations qui sont sortis en masse pour s’y opposer. Cette fois-ci, les éléments de la police et les autorités sont allés apposer les scellés plutôt au niveau de la base d’Akwa.
Les bureaux de Ndogbong que cameroon-info.net a visités ce mercredi après midi, même sans être scellés ont aussi été libérés par les employés de cette chaine, sous les ordres de leur patron, Justin Tagou, apprend-on. Ce bâtiment était désespérément vide à notre arrivée. Au deuxième étage à partir duquel émet la chaine panafricaine, la porte centrale est hermétiquement fermée. Les quelques rares employés encore visibles dans le coin, s’étaient réfugiés dans une buvette non loin de leur immeuble. Ils ont été très vite rejoints par une dizaine de sympathisants, venue une fois de plus s’opposer à ce qu’ils considèrent comme une forfaiture de la part du CNC. Très déterminés, ils étaient   résolus à affronter la police qui était annoncée avec insistance dans les lieux. Certains sont même venus de très loin. « J’ai appris l’information à travers les réseaux sociaux depuis Mbanga. Je rentrais de ma plantation et j’ai immédiatement pris la route de Douala. Il n’y a aucun jeune de Mbanga qui ne connait pas ce que l’on appelle révolte », menace un des inconditionnels de ce média qui n’a pas souhaité décliner son identité.  « Nous ne sommes pas en France ici, nous sommes au Cameroun. On va les attendre parce que nous avons le sang à l’œil », vocifère un autre téléspectateur. Ces derniers entendent manifester devant les bureaux de la chaine panafricaine pendant toute la soirée. Au moment où nous quittions les lieux, leur nombre n’arrêtait de croitre.
Le Conseil National de la Communication avait collé un mois de suspension à ce média et six mois à deux de ses journalistes que sont Mohamed Bachir Ladan et Juliana Tadda. Il reprochait globalement à Afrique Media, « la généralisation des manquements professionnels » et « des confusions préjudiciables entre liberté d’opinion et les atteintes à la dignité des personnes ». Face à la résistance des dirigeants de cette télé, il a décidé d’employer la méthode forte, en apposant les scellés, d’abord  sur les locaux d’ Afrique Media de Yaoundé, le 06 août 2015. Si l’opération de Yaoundé, n’avait rencontré aucune résistance, celle de Douala allait se révéler plus compliquée pour les autorités administratives et les forces de l’ordre qui ont du rebrousser chemin lors de la première tentative, lundi dernier, à cause des manifestants. La mission a finalement pu être accomplie ce mercredi 12 août 2015.

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