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Afrique : Boko Haram, sous-produit de l’impérialisme

Boko Haram

La guerre contre le groupe djihadiste Boko Haram a maintenant dépassé les frontières du Nigeria. Le Niger et le Cameroun ont à leur tour été attaqués. L’armée tchadienne s’est jointe à celle de ces deux pays, ainsi qu’aux troupes du Nigeria, pour tenter de soumettre ces bandes armées. La France fournit à cette alliance des moyens de transport, du carburant, des munitions et quelques spécialistes du renseignement.

Boko Haram veut imposer sa domination sur toute la région, et se moque bien des frontières. La terreur est son arme privilégiée. À Fotokol, au Cameroun, les hommes de Boko Haram ont ratissé les quartiers, égorgeant jusque dans les mosquées et tuant plusieurs centaines d’habitants. À Baga, au Nigeria, ils avaient massacré 2 000 personnes en janvier. Ces derniers jours, c’est à Diffa, au Niger, qu’ils ont frappé. Rien ne dit que la nouvelle force africaine viendra à bout des bandes armées qui terrorisent la population, ni même qu’elle sera capable d’empêcher leur extension.

Au Niger, Boko Haram a recruté dans les zones jouxtant la frontière avec le Nigeria, et ce sont ces recrues qui ont mené les premières attaques. Les raisons qui ont permis à Boko Haram de se développer au Nigeria existent également dans les pays voisins. Pour embrigader des assassins capables d’opérer de telles tueries, la secte s’appuie sur les pires préjugés obscurantistes, réduisant les femmes et les fillettes en esclavage. Mais elle utilise aussi la haine suscitée dans les populations pauvres par le pillage des ressources auquel se livrent l’impérialisme et les pouvoir locaux corrompus. Au Nigeria, le gouverneur de la Banque centrale a par exemple dénoncé la disparition de 18 milliards d’euros de recette pétrolière avant d’être limogé, et ce n’est sans doute qu’une partie de ce que verse Shell aux dirigeants du pays pour pouvoir l’exploiter.

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Pendant ce temps, le Nord Est, où s’est développé Boko Haram, reste la région la plus pauvre de ce pays dont 90 % des habitants vivent avec l’équivalent de moins de deux dollars par jour. Le même mécanisme est à l’œuvre au Niger où Aréva extrait l’uranium pour ses centrales, comme au Cameroun où Bolloré, après avoir pillé la forêt, contrôle encore une grande partie des richesses du pays. Tout cela ne peut que susciter la haine de la population. Les exactions dont se rendent coupables les armées de ces pays renforcent encore ce sentiment. Les militaires nigerians sont presque autant redoutés que Boko Haram, et les soldats tchadiens ont de leur côté un triste bilan dans les zones où ils sont intervenus, comme en Centrafrique. Pour éradiquer le terrorisme assassin, les travailleurs, la population pauvre, ne peuvent pas compter sur les armées de la région. Elles sont au service de l’impérialisme, et l’aident à perpétuer les inégalités dont se nourrit un groupe comme Boko Haram.

lutte-ouvriere-journal.org : Daniel Mescla

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