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Affaire Prebap : Nganou Djoumessi dos au mur

Emmanuel-Nganou-Djoumessi-Union-européenne

Indexé dans l’affaire du Projet de reconversion économique de la banane plantain (Prebap), le ministre de l’Économie, du Plan et de l’Aménagement du territoire (Minepat) engage la riposte dans la logique de l’amalgame et l’opacité. Et, annonce une réunion interministérielle pour maquiller les faits.

Depuis quelques jours, le Minepat vit dans les convulsions de l’inquiétude et le spectre permanent de la prison. Emmanuel Nganou Djoumessi, puisqu’il s’agit de lui, est dans la tourmente suite à la lettre du 15 janvier 2015 de son collègue des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minimidt) indiquant au secrétaire général de la présidence de la République que le dossier Prebap est entre les mains du Minepat depuis 2011. Mis à l’index, l’homme à qui on n’enseigne plus l’art des coups fourrés veut se laver de tout soupçon.

Et pour montrer qu’il est bien Nganou Djoumessi, il a réagi par médias interposés en se contentant de soutenir que « dans les jours à venir, une réunion interministérielle d’évaluation de la mise en œuvre, par chacun, des missions qui lui incombaient va réunir les concernés ». Pour lui, son département ministériel a exécuté la mission qui lui avait été assignée dans son entièreté. Et l’ancien infirmier de Zoétélé, dans le Dja et Lobo, de soutenir qu’il s’agit aujourd’hui de recadrer l’objectif global du Prebap qui, selon lui, a été exécuté entre 2011 et 2015. « Il ne s’agit pas de le relancer ; sans doute, faudra-t-il mieux préciser les concours de son exécution ; l’évaluation nous dira sur quel axe insister», reconnaît-il. En voilà pour les subterfuges…

Le plus grand propriétaire terrien de la capitale et environs n’étant pas allé beaucoup plus loin dans ses explications, ce qui amène à penser que l’affaire Prebap pourrait être plus grosse qu’on ne le pense. C’est à peine si La Météo ne reste toujours pas sur sa soif. Car, dans la défense de l’ex-secrétaire général adjoint des services du Premier ministre, aucune préoccupation de votre bihebdo ne trouve encore quelque éclairage précis. Au contraire, sa défense semble plutôt comporter des contorsions acrobatiques et autres omissions volontaires qui trahissent l’opacité dans laquelle le projet Prebap aura été géré.

Panique à bord.

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La lettre de M. Bondé à Ferdinand Ngoh Ngoh a donc l’avantage aujourd’hui de relancer le dossier. Car, jusque-là, Emmanuel Nganou Djoumessi n’avait pipé mot. L’ancien ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative a voulu juste rappeler à qui de droit que « le ministre en charge de l’Industrie a assuré le pilotage de ce programme jusqu’en 2011, date à laquelle le dossier a été transféré au Ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), sur hautes instructions du Premier ministre, chef du gouvernement, pour sa mise en œuvre. J’ai transmis par lettre séparée de ce jour votre correspondance au Minepat pour compétence et suite à donner.» Pas plus.

Traduction, si M. Nganou Djoumessi a accompli son devoir citoyen et républicain, mieux, s’il s’est investi sans faiblesse aucune avec toute la rigueur qu’impose la saine et transparence gestion de la chose publique, pourquoi tout ce bégaiement entendu aujourd’hui ? Autant dire si l’ouverture d’une information judiciaire au niveau du Tribunal criminel spécial (Tcs) est plus que jamais urgente pour mettre à nu les autres facettes sombres dont recèle ce scandale. Et l’on verra alors si toutes les personnalités citées dans ce dossier renversant seront disculpées.

Rappelons que c’est en 2004, que le Cameroun s’était doté d’une institution, dénommée programme de reconversion économique de la filière banane plantain (Prebap). L’objectif de ce programme était de développer la filière banane plantain, deuxième culture commercialisée au Cameroun après les pommes de terre, pour en faire une base alimentaire de substitution aux aliments importés d’Asie, notamment le riz et le blé dans la sous-région. Ce à travers la production intensive, la transformation et la distribution des produits et sous-produits. En 2008, deux ans après le démarrage effectif du projet, le gouvernement avait fait l’annonce de ce que les objectifs chiffrés avait été définis et que le programme pouvait entrer en action. Après la phase pilote qui couvrait de 2008 à 2011, le Cameroun (en confiant le dossier au Minepat) entendait faire passer la production annuelle de plantain de 1,3 million de tonnes à 4 millions de tonnes en cinq ans. Notamment en travaillant à atteindre des rendements à l’hectare de 26 tonnes, contre 6,5 tonnes actuellement, avec 250 000 emplois à la clé. Ces vastes projets semblent aujourd’hui abandonnés. Pourtant, apprend-on, 70 milliards Fcfa ont été débloqués pour soutenir les pépinières, la sélection des plans, l’aménagement des terres, l’encadrement des jeunes paysans, la fourniture des pesticides et des matériels agricoles.

Mamouda Labaran

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