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Affaire Guerandi Mbara : Vers une enquête parlementaire ?

Guérandi-cameroun

Face à la gravité des allégations sur cet « enlèvement-exécution extrajudiciaire », plusieurs partis politiques proposent au parlement de tirer l’affaire Guerandi au clair.

Le silence. C’est l’option prise par le régime de Yaoundé dans ce que l’on a fini par appeler l’affaire Guerandi. Il y a plus de deux semaines, le magazine panafricain Jeune Afrique avait révélé que ce Camerounais vivant au Burkina Faso a été enlevé, et aurait ensuite été tué par les services secrets du Cameroun. Les médias en ont fait leurs choux gras. La classe politique de l’opposition- a repris l’affaire.

La dernière sortie est celle de Maurice Kamto, le président national du Mrc qui a organisé la semaine dernière une conférence de presse. Le juriste pense que si ces allégations de l’enlèvement et de l’exécution extra judicaire sont avérées, alors le Cameroun aura violé de façon manifeste ses obligations en matière du respect de la personne humaine, notamment la convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaire de 1989, ainsi que la convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées de 2006 etc.

L’homme politique dit être stupéfait du silence du gouvernement, qui inquiète plus qu’il ne rassure d’après lui. D’autres partis de l’opposition ont critiqué ce silence du gouvernement. Il en est ainsi du Sdf, qui, par le biais de son député Jean Michel Nintcheu exige une communication sur cette affaire. Owona Nguini, socio politiste pense aussi que l’Etat doit dire si Guerandi est mort ou non. Il s’interroge d’ailleurs sur le mutisme de ce gouvernement, pourtant prompt à réagir souvent pour un rien du tout. N’a-t-il pas d’arguments?

Craint-il d’être démenti par Jeune Afrique qui dit détenir d’autres éléments sur cette affaire ? Plusieurs sources pensent que ce gouvernement prépare sa réplique. En attendant, l’affaire risque se déporter au parlement dont la session de novembre se prépare activement. « Quelque soit le bout par lequel on prend cette affaire d’Etat, ce qu’il convient désormais d’appeler l’« Affaire Guerandi » ne fait que commencer. Le peuple camerounais doit connaître la vérité, toute la vérité », déclare le député Jean Michel Nintcheu.

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Lui qui est habitué aux propositions d’enquêtes parlementaires. Maurice Kamto est formel dans l’affaire Guerandi : « Le Mrc propose la création d’une enquête parlementaire » assène-t-il. Il indique que cette commission doit travailler sur la question liée à l’utilisation de la Dgre et d’autres services de renseignement par le pouvoir à des fins politiques. Au-delà des voeux, est-il possible vraiment de voir une telle commission mise sur pied dès la prochaine session ? Difficile.

Lors de la dernière session ordinaire en juin dernier, une proposition de loi- chose plutôt rare- avait été introduite par le Sénat et adoptée par les deux chambres. Elle portait sur les procédures de fonctionnement des commissions d’enquête parlementaire. S’agissant de sa constitution, l’on apprend qu’une telle commission peut être créée dans l’une ou l’autre chambre de notre parlement, sur décision prise à la majorité absolue des députés ou de sénateurs, selon le cas.

Le premier blocus se trouve donc ici. Les deux chambres sont au couleur du Rdpc, le parti de Paul Biya. Au Sénat, sur les 100 sénateurs, 82 sont de ce parti. Le Sdf ne compte que 14 sénateurs. Mathématiquement, le pari est perdu d’avance. Situation similaire à l’Assemblée nationale où, sur les 180 députés, le Rdpc en compte 148. La discipline d’un parti qui commence à exclure ses militants aidant, difficile de voir une telle commission naître. Maurice Kamto qui revendique cette commission n’a qu’un seul député.

D’ailleurs, même si cela était possible, il est difficile qu’une telle proposition atteigne le niveau de la plénière. Avant d’y arriver, il y a d’autres étapes. La conférence des présidents par exemple doit d’abord se prononcer sur la recevabilité de la proposition. Ensuite, la commission spécialisée. En tout cas, le Sdf en sait quelque chose, lui qui, à maintes reprises a tenté sans succès de créer une commission d’enquête. Sa dernière proposition portait sur les avions Ma60. Il y a sans doute une voie de sortie. Et c’est Maurice Kamto qui la propose.

« Le Mrc demande la mise en place rapide d’une commission internationale d’enquête indépendante, qui doit infirmer ou confirmer ces graves allégations d’enlèvement et d’exécution extrajudiciaires ( de Guerandi) et le cas échéant, établir la chaîne de responsabilité ainsi que les responsabilités individuelles tant nationales qu’internationales, enquêter sur la véracité du décaissement de 350 000 Euros pour financer ce présumé assassinat ». Le gouvernement en tiendra -t-il compte ?

© Le Jour : Younoussa Ben Moussa

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