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Affaire Guerandi – Issa Tchiroma: «le Gouvernement ne commente pas la rumeur»

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Les journalistes arrivés vendredi dernier, dès 17 heures, dans ce qui sert traditionnellement de salle des conférences de presse du ministère de la Communication, n’ont pas arrêté de  supputer sur l’objet de l’invitation du patron des lieux, le ministre Issa Tchiroma Bakary. Pour certains, c’est l’évidence même, le ministre de la Communication (Mincom) va surement discourir sur l’affaire Lydienne Eyoum, car rappellent-ils, Yves Leconte, sénateur français chargé des Français de l’étranger, s’exprimant sur Rfi au courant de la semaine, a averti que le ministère des Affaires étrangères de l’Hexagone, suivait de très près, le cas de la Franco-Camerounaise condamnée le 26 septembre dernier, à 25 ans d’emprisonnement pour des faits de détournement de deniers publics. Mais pour d’autres journalistes, le gouvernement aurait finalement décidé de s’exprimer sur l’affaire Guérandi qui secoue le landernau politico-social depuis trois semaines déjà.

«Je ne crois pas que le gouvernement puisse parler de l’affaire Gérandi, ce serait se tirer une balle dans le pied », commente un journaliste. Après près de trois heures d’attente – le ministre refusait de s’exprimer seulement devant une trentaine de journalistes – le porte-parole du gouvernement autoproclamé va arriver et dérouler, pendant près d’une heure, la raison de la rencontre avec la presse : « l’affaire Eyoum ». Venu le moment très affectionné par le ministre Tchiroma, celui des questions réponses, les hommes des médias présents vont assister, médusés à une mise en scène bien préparé par les services de Mincom et le modérateur de la rencontre, Alain Belibi de la Crtv, la télévision nationale, va «avec [votre] permission monsieur le ministre », ouvrir une parenthèse qui n’a rien à avoir avec le sujet de la conférence de presse, et « qui sera tout de suite refermée après».  Les journalistes n’ont pas vu le coup venir, et sont tous dans le décor.

Mimétisme

 La parenthèse concernera, évidemment, l’affaire Guérandi. « Chaque fois que je réunis la presse, commence le Mincom, c’est pour donner l’information, pas pour commenter la rumeur». «Le gouvernement ne commente pas la rumeur !», assène une première fois le Mincom. Une boutade qui en rappelle étrangement une autre : celle lancée par le président de la République en 2012 à Nyabisan alors que les micros de la Crtv s’enquérait des lettres ouvertes de l’ex-ministre Marafa Hamidou Yaya qui mettaient en ébullition le sérail. « Je ne commente pas les commentaires» avait alors déclaré Paul Biya.

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Le scénario, et la boutade, ont de toute évidence été bien assimilés par Issa Tchiroma Bakary. «J’ai appris que Guérandi a dialogué avec des gens sur les réseaux sociaux et qu’il a même échangé avec ses proches», a poursuivi le Mincom, tout ce que j’ai à dire à propos c’est que le gouvernement ne commente jamais la rumeur». Une phrase que patron de la Communication gouvernementale va répéter et  répéter encore comme une façon de marquer que le gouvernement se débine sur cette affaire qui met en cause l’existence d’un Etat de droit au Cameroun. Prompt à convoquer des conférences de presse sur des faits divers, le Mincom refuse obstinément de se prononcer sur la disparition tragique ou non de l’un de ses citoyens. Il s’agissait pourtant d’une information à confirmer ou à démentir. S’il est vrai que qui ne dit mot consent, alors le Mincom confirme l’assassinat de l’ex-capitaine.

© Ludovic Amara | Le Messager


Focal: 
Le coup de gueule d’ Issa Tchiroma

«J’ai été victime du déni de l’équité dans le traitement de l’information», a gravement déclaré le Mincom. Le courroux d’Issa Tchiroma vient de ce que, au courant de la semaine écoulée, il est approché par Radio France internationale (Rfi) pour s’exprimer sur l’affaire Lydienne Eyoum : «l’interview dure six minutes, mais la retransmission 30 secondes !», a rapporté le Mincom. «Alors que deux des avocats de la défense,ont eu chacun trois minutes !», a manqué de s’étrangler le Mincom. «Je  proteste contre Rfi ! J’attends de Rfi, au nom de l’équité de l’information, que si on accorde cinq minutes aux avocats de maître Eyoum, que l’on accorde les même cinq minutes aux avocats du Cameroun», a pleurniché le ministre de la Communication. L’arroseur arrosé ? En matière de censure, le gouvernement camerounais est très mal placé pour donner des leçons à ceux qu’il accuse de déni l’équité dans le traitement de l’information.

L.A. (Stg)

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