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Adoum Garoua : Les parlementaires exigent sa démission

Adoum Garoua-Minsep-Cameroun

Adoum dans la fosse aux Lions ! Face à la représentation nationale vendredi 04 juillet dernier, le ministre des Sports et de l’éducation physique, invité à s’expliquer sur l’élimination prématurée des Lions indomptables à la Coupe du monde, a été incapable de donner clairement les raisons de cette déconvenue en terre brésilienne. 

S’il lui était permis de faire un choix, il aurait certainement préféré ne jamais se trouver dans ce chaudron d’élus du peuple qui l’attendaient avec impatience à ce tournant décisif. Mais puisque la séance des questions orales des députés au gouvernement est un rituel auquel aucun ministre ne peut se passer, Adoum Garoua n’a eu d’autre choix que de se plier. Un exercice particulièrement coriace pour le patron des sports qui s’est présenté à l’hémicycle de Ngoa-Ekellé avec une tête d’enterrement ; un peu comme un homme qui vit ses dernières heures. A preuve, le chef de la délégation camerounaise au Brésil tremblait au point où l’importante paperasse qu’il tenait entre les mains, s’est éparpillé au bas du pupitre. Il a fallu qu’un preneur d’images accoure pour aider le pauvre homme dont la mine laissait transparaître à la fois la peur, l’anxiété et la confusion. 

Assurément, dans sa tête régnait cette appréhension à rendre compte, à expliquer aux représentants du peuple ces contreperformances des Lions indomptables, honteusement éliminée à la Coupe du monde (trois matchs, trois défaites, zéro pointé, 32e nation sur 32 Ndlr). Cette pensée infernale, comme un spectre de plomb à ses côtés, devrait secouer de ses deux mains de glace Adoum Garoua. Ce dernier a beau faire semblant d’ignorer les regards de ses collègues présents (Amadou Ali, Bakang Mbock, Amba Salla, Ousmane Mey), le refrain horrible « expliquez-nous » scandé par les honorables devait résonner dans sa tête et trancher chacune de ses réponses comme un couteau. Résultat : le ministre des Sports jeté dans la fausse aux lions, a été «dévoré » par des députés qui n’ont jamais digéré cette déconvenue en terre brésilienne. Comme du reste tous les fans des Lions à travers le monde.

Que s’est-il passé au Brésil ? 

Le premier coup de griffe est venu de Jean-Michel Nintcheu, député du Social democratic front (Sdf). Lui qui a demandé au Minsep d’expliquer la débâcle de la sélection nationale fanion. Et Adoum Garoua, de répondre avec hésitation :

«(…) dans le sport, on n’est pas dans la gloire tous les jours. C’est une question de cycle. On a vu comment l’Espagne, champion en titre, s’est fait éliminé au premier tour. C’est ainsi que ça se passe. Le sport a ses principes et personne n’y échappe. Nos Lions ont connu la défaite et aujourd’hui s’impose la reconstruction du football camerounais ».

Une belle excuse qui a inspiré une autre question. Celle de savoir si ce ne sont pas plutôt les relations houleuses entre le Minsep et la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) qui ont contribué à cette participation catastrophique des fauves au rendez-vous brésilien.

«Je ne crois pas que l’action du Minsep soit nocive pour le football camerounais»,

explique-t-il. 

Et d’ajouter comme pour rassurer ses interlocuteurs,

« il y’a un programme de régénération de notre football qui et en cours et nous l’implémentons progressivement dans les dix régions. (…) Nous sommes en train de construire des stades un peu partout ; le gouvernement a anticipé pour permettre à notre sport en général de retrouver une certaine fluidité, notamment le programme de développement des infrastructures sportives dans lequel on a le Palais polyvalent des sports de Yaoundé, le stade de Limbé, celui de Bafoussam en cours de construction, la réfection prochaine des stades de Yaoundé, Douala et Garoua. Puis la construction de trois grands stades de 60 000 places à Yaoundé, 50 000 places à Douala et un autre stade à Maroua. Ce ne sont pas des actions ponctuelles puisqu’elles vont se poursuivre. » 

Sur le clash Adoum-Owona à Manaus 

Interrogé sur cette prétendue prise de bec qui a éclaté à l’hôtel Golden Tulipe de Manaus à quelques heures de la rencontre Cameroun-Croatie, le ministre des Sports a confié qu’il n’en était rien, si ce n’est le fruit de l’imagination de certains oiseaux de mauvais aloi.

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« Il ne me souvient pas avoir eu une prise de bec avec le ministre Joseph Owona. Tout s’est bien passé là-bas. On travaillait en synergie (…) Après chaque match, nous allions dans les vestiaires consoler les joueurs »,

a-t-il expliqué. Quid des rapports avec Roger Milla ? Sur le sujet, le Minsep avoue que le département ministériel dont il a la charge a d’excellentes relations avec l’ambassadeur itinérant. D’ailleurs, « il est tout le temps de nos déplacements. J’en veux pour preuve, les Jeux olympiques de 2012 à Londres et les récents jeux de la Francophonie à Nice en France. Mieux, nous demandons ses points de vue pour chaque problème ». Et son absence au Brésil alors ?… 

A quand le ménage à la Fécafoot ? 

Revenant à la charge, l’Honorable Martin Oyono du département de l’Océan a voulu savoir ce que le ministre entrevoyait au moment où le football était en train de devenir une source de ruine pour l’image de marque du Cameroun, notamment à travers la mauvaise gestion du football par la Fécafoot. Adoum Garoua a tenté de calmer le jeu :

« La Fécafoot est une institution qui a connu des moments de turbulences. Mais la Fifa et la Caf ont déjà installé un Comité de normalisation, organe transitoire qui a pour missions, le toilettage des textes, la gestion des affaires courantes et l’organisation des nouvelles élections. Ils en ont jusqu’à novembre 2014 et ce n’est qu’en ce moment que la Fécafoot sera restructurée. Pour l’heure, nous devons les laisser travailler.» 

Délégation pléthorique 

La taille (exorbitante) de la délégation officielle qui a fait le déplacement du Brésil a également constitué l’une des préoccupations des élus du peuple. Eux qui ont voulu en savoir davantage sur cette « affaire » qui a fait le tour de la toile et des réseaux sociaux. Là encore, Adoum Garoua n’a pas été convaincant.

« La Fécafoot a le droit de composer sa délégation avec son budget. En tant que ministre des Sports, je suis allé au Brésil avec une quinzaine de personnes. Il faut bien vous rappeler qu’il y’a une délégation officielle de 50 personnes constituée de joueurs, encadreurs et le président du Comité de normalisation ; une délégation officielle constitué des représentants des institutions de l’Etat (Sénat, Assemblée nationale, présidence de la république, Primature…) et une autre composée de la Direction générale de la Sûreté nationale (Dgsn), la Direction générale des renseignements (Dgre)… »,

s’est contenté le Minsep. 

Quid du rapport financier du Mondial 2014 ? 

Interpellé sur l’utilisation des fonds débloqués par les pouvoirs publics pour la prise en charge de la délégation officielle au Brésil, Adoum Garoua, en panne d’inspiration s’est montré ridicule.

« Nous sommes allé au Brésil avec un régisseur du ministère des Finances et un ensemble de responsables de ce ministère. Ils viennent juste de rentrer et n’ont pas encore présenté leurs rapports financiers, parce que les questions budgétaires sont aussi des questions techniques ». Et d’ajouter, l’air un peu embarrassé, « aussitôt que j’aurai ce rapport, je vous le transmettrai. Sachez qu’il y’a des aspects qu’il ne peut pas évoquer en ce moment étant donné qu’il y a une enquête en cours et qu’elle pourra établir un certains nombre d’éléments de réponses aux autres problématiques » 

En définitive, le Minsep a esquivé plusieurs questions, justifiant l’opportunité des réponses escomptées par l’enquête instruite par le Chef de l’Etat au premier ministre. Ce qui lui a valu d’être applaudi par quelques rares députés Rdpc mais, hué par ceux du Sdf qui lui ont lancé à tue-tête des «Démissionnez ! Démissionnez !». Pauvre Adoum ! 

Christian TCHAPMI | Le Messager

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