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Administration pénitentiaire: La tension qui couve chez les gardiens de prison

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Promulgué en 2010, le statut spécial du corps des fonctionnaires de l’ administration pénitentiaire reste inappliqué. Au grand dam des gardiens de prison. La scène se déroule au quartier New-Bell à Douala. Non loin de la prison éponyme, des hommes en tenue échangent autour d’un verre.

La conversation à priori, menée par un gendarme et un policier tourne au bénéfice de quelques gardiens de prisons qui relativisent les plaintes des flics et des gendarmes vis-à-vis de leur statut. Sur un ton quasi émotif, les gardiens de prisons égrènent le chapelet des dispositions non appliquées, pour emprunter à leur vocabulaire, «inexistante» de leur statut. A l’observation, cinq ans après sa promulgation, le décret présidentiel portant statut «spécial» du corps des fonctionnaires de l’ administration pénitentiaire reste une vue de l’esprit dans son application. Pis, les dispositions visiblement appliquées ne bénéficient pas de l’assentiment de l’essentiel des personnels pénitentiaires.

Dans ce registre, les gardiens de prisons brandissent l’arrêté signé par le ministre de la Justice en mars 2012. Dans cette optique, les personnels syndiqués de l’ administration pénitentiaire évoquent le non-versement des droits de session dû aux délégués des personnels siégeant dans les différentes commissions. Des récriminations qui s’étendent à la décision N° 258 signé par le Minjustice au mois de juillet 2012 portant proclamation des résultats des délégués des personnels. Sous le sceau de l’anonymat, un personnel pénitentiaire indique à ce propos que «Il est loisible de vérifier que la discrimination et l’exclusion dictent le choix des délégués appelés à siéger dans les différentes commissions.» Une posture commandée par la présence récurrente de certains délégués au sein des commissions au grand dam de nombreux plaignants.

Dans les faits, la rumeur qui s’élève au sein des personnels pénitentiaires prend ses racines dans le reclassement polémiqué au lendemain du décret N° 2010/365 du 29 novembre 2010. Une situation qui fait prospérer un sentiment d’arbitraire et de subordination «malsaine» dans le corps des gardiens de prison au Cameroun. Sans ambages, de nombreux gardiens de prison soutiennent que «cette situation est voulue par certaines personnes au sommet de la hiérarchie actuelle de l’ administration pénitentiaire.» Passé le temps de l’euphorie au moment de la promulgation du décret présidentiel portant statut spécial du corps des fonctionnaires de l’ administration pénitentiaire, les tensions ayant déclenché aux grèves connues dans certaines prisons du Cameroun semblent gagner en intensité. Dans cette polémique qui bat son plein, les personnels pénitentiaires mettent en exergue la mauvaise définition de leurs plans de carrière tandis que, au sein de la hiérarchie pénitentiaire, si l’on ne se prononce pas officiellement, on met en exergue la qualité du rendement des personnels pénitentiaires. Une posture à laquelle certains observateurs ajoutent les relents de la passe d’arme vécue entre les personnels pénitentiaires et leur hiérarchie lors de la grève qui a secoué de nombreuses prisons camerounaises du 28 décembre 2006 au 2 janvier 2007.

Personnels sans abris

Outre les revendications traditionnellement évoquées par les personnels de l’ administration pénitentiaire dans les nombreuses correspondances adressées à la présidence de la République (voir encadré), la structure de ce corps de métier occupe un pan important dans les récriminations faites par les personnels pénitentiaires au ministre de la Justice, au secrétaire d’Etat auprès du ministère de la Justice chargé de l’ administration pénitentiaire et à certains personnels de la présidence de la République, les personnels pénitentiaires mettent en relief le statut de ce corps quatre décennies après sa création. «C’est une curiosité, 40 ans après la création du corps des gardiens de prison les infrastructures qui sont les siennes ne peuvent plus accueillir les 4 mille personnes qui constituent son personnel.»

Cadre de l’ administration pénitentiaire, Calvin (non d’emprunt) souligne que c’est une situation à l’origine du sous-emploi des cadres de l’ administration pénitentiaire. Tout comme la même source évoque le non-respect de la répartition des fonctions par grade. Une disposition prévue par le décret portant statut spécial du corps des fonctionnaires de l’ administration pénitentiaire. «La réalité dans l’ administration pénitentiaire est que les administrateurs généraux des prisons continuent d’occuper des fonctions qui ne correspondent plus à leur grade actuel.» Une assertion confortée par un autre gardien de prison qui précise que «les administrateurs de prison médecins au lieu d’exercer dans leur cadre professionnel de prédilection sont souvent réduits à occuper des fonctions de chef de service régional de la santé pénitentiaire.» En contradiction avec la réglementation qui indique que leur statut les destine aux fonctions de chef de service régional de l’ administration pénitentiaire ou de directeur adjoint de l’ administration pénitentiaire. Des constats faits dans de nombreux compartiments de ce corps de métier.

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La multitude de requêtes adressées au président de la République, au Premier ministre chef du gouvernement ainsi qu’au ministre de la Justice reste visiblement sans conséquence positive dans l’exercice du métier de gardien de prison au Cameroun. A tort ou à raison, un d’eux en service à Bafoussam estime que «Nous (les personnels de l’ administration pénitentiaires, Ndlr) sommes désabusés, maltraités et brimés. Il peut paraître exagéré de le dire ainsi mais nous avons souvent l’impression d’être confondus avec les détenus.» C’est que, à en croire de nombreuses sources proches de l’ administration pénitentiaire, l’application, souvent «sélective» de certains droits réservés aux personnels de l’ administration pénitentiaire et la multiplication des sanctions et des incarcérations et autres affectations disciplinaires que connaissent certains d’eux au sein de cette profession font dire à certains que l’application du décret présidentiel portant statut spécial du corps des fonctionnaires de l’ administration pénitentiaire n’est pas pour demain.

Joseph OLINGA N.

Focal: Les maux qui minent la prison

La reconstitution des carrières fait partie des plaintes souvent évoquées au sein de l’ administration pénitentiaire. Entre satisfaction de certains bénéficiaires et ressentiment de nombreux recalés, la question divise parfois au sein même de ce corps de métier. C’est qu’une frange considérable des personnels de l’ administration pénitentiaire estime avoir été lésée dans les reclassements effectués au lendemain de la publication du décret N° 2010/365 du 29 novembre 2010. Selon ceux-ci, l’application dudit décret aurait ignoré la reconstruction des anciens personnels de l’ administration pénitentiaire. Une mesure qui n’aurait bénéficié qu’aux jeunes fonctionnaires. Une assertion que ne partagent pas tous les personnels intégrés dans ce corps au lendemain du décret signé par le président de la République.

Dans cette cuvée, nombreux estiment que les bénéficiaires de ce reclassement seraient parrainés par quelques hauts responsables du ministère de la Justice ou de la présidence de la République. Au ministère de la Justice, l’on réfute cette vision qui serait celle des aigris en fin de carrière. Tout comme l’on bat en brèche les affirmations portant sur la disponibilité de l’incidence financière permettant le reclassement de l’ensemble des personnels, surtout, permettant la prise en compte de la reconstitution en solde des anciens personnels. Les récriminations évoquées par l’essentiel des personnels de l’ administration pénitentiaire ne s’arrêtent pas là. Outre l’ingérence de l’ administration centrale dans la gestion des carrières, l’inapplication des textes sur le paquetage et la prise en charge des dépenses relatives au décès semble partagée par la majorité des personnels de l’ administration pénitentiaire.

Les dispositions contenues dans le décret portant statut spécial du corps des fonctionnaires de l’ administration pénitentiaire prévoit en effet que les frais de mise en bière du défunt ; le transport de la dépouille du lieu de décès au lieu d’inhumation soit pris en compte par son administration. Tout comme le même dispositif indique en son article 101 alinéas 6 que «l’ administration prend également à sa charge les frais funéraires relatifs au décès du conjoint et les enfants mineurs à charge.» Aussi l’article 7 de ce décret prévoit que «l’ administration fournit le cercueil du fonctionnaire décédé, même retraité.» Une mesure qui, souligne le même texte, s’applique également à son conjoint et ses enfants mineurs à charge.

J.O.N.

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