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Accidents de la route: nos routes sont-elles maudites ?

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Nous nous amusons à taper « Cameroun + accidents de la route » dans Google. Tel un boulevard sans fin, une macabre litanie s’ouvre alors. « Six morts et plus d’une dizaine de blessés graves à Souza. C’est le lourd bilan de l’accident qui s’est produit samedi 5 janvier 2013. A l’origine, une collision entre un bus de transport en commun et un camion appartenant à une société brassicole », peut-on lire sur un site. Sur un autre, l’on parle de 13 morts à Boumnyebel. A la suite d’un stupide carambolage. De jeunes mariés y laisseront la vie, avant même d’avoir goûté aux joies du mariage. Des rescapés d’une première collision vont également se faire ratatiner par un grumier de passage. Les articles suivants sont du même ton : cinq morts ici, trois là, dix plus loin. A l’origine de la plupart, des erreurs humaines. De quoi se demander si nous ne sommes pas maudits quelque part.

Sinon, comment comprendre qu’un carnage d’une rare violence survienne précisément à l’endroit même où, quelques heures auparavant, les équipes de la gendarmerie invitaient les automobilistes à la prudence ? Comment expliquer qu’un conducteur appuie allègrement sur l’accélérateur, roule sans ceinture de sécurité ou tous feux éteints en pleine nuit, téléphone au volant, sachant bien que cela est interdit ? Comment justifier les périples imposés à des chauffeurs exténués et n’aspirant qu’au repos ? Suzanne Mefeu M., une des rescapées de l’accident de Souza, témoigne : « Il y avait près de 28 personnes dans la voiture. Excepté les deux personnes prises en cours de route, nous revenions tous d’un enterrement à Bangangté. Le chauffeur est à l’origine du drame. Il dormait pendant le voyage. Il était même incapable d’esquiver les nids de poule sur la route. La voiture allait en zigzagant. Quand on lui faisait la remarque, il rétorquait qu’il est bel et bien éveillé. Il n’a apparemment pas vu le camion qui venait en sens inverse. Celui-ci a foncé sur nous, divisant notre véhicule en deux. Il y avait du sang partout …C’était tragique.»

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En baisse dans le pays depuis quelques mois, les accidents de la route n’en demeurent pas moins des drames à éliminer définitivement du secteur du transport. Sur près de 8.000 accidents de la route en 2011, le Cameroun a enregistré environ 2.000 décès, selon un bilan communiqué par le ministère de la Santé publique en marge du lancement du chantier de construction d’un Centre national des urgences à Yaoundé. En 2012, 1250 personnes environ ont perdu la vie sur les axes routiers interurbains et urbains. D’après l’Ong « Sécuroute », en deux décennies, le Cameroun a perdu environ 15.000 personnes des suites d’accidents de la route. 100.000 personnes vivent avec un handicap physique, tandis que des millions de survivants traînent un choc psychologique. « Et encore, ces chiffres sont souvent en deçà de la réalité car les rapports des accidents où il y a une seule victime ou des blessés ne sont pas généralement transmis pour comptabilité », confie Martial Missimikim, président de Sécuroute. Pour l’Ong, au-delà des pertes en vies humaines, le Cameroun a perdu 500 milliards de Fcfa, ces cinq dernières années, du fait des accidents de la route. Selon les experts, 80% des accidents de la circulation sont dus aux négligences humaines. Est-ce à dire que la dignité humaine n’a aucune importance pour les transporteurs qui s’opposent à toutes formes de sanctions et à la moindre proposition de correction ?

Sources: CM

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