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Accidents de la circulation : A quand le permis à points ?

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Le permis à points est un système qui consiste à sanctionner les infractions d’un automobiliste sur la route. Il s’applique à tous les conducteurs, sauf aux motocyclistes. Martial Manfred Missimikim est chef exécutif de l’Organisation non gouvernementale Securoute et président de la Coalition camerounaise pour la sécurité routière et la protection du patrimoine de la route (Coaliroute). Il définit le permis à points comme «un système dans lequel on vous attribue un permis à l’issue de l’examen.

Il s’agit d’un crédit de 12 points qui est une sorte de bonus. C’est comme un crédit de communication. Il y a un système de pénalité qui fait en sorte que chaque fois que vous commettez une infraction, on vous soustrait un point. L’automobiliste peut se retrouver à zéro point, et il sera obliger de recomposer le permis. C’est une technique qui pousse tout chauffeur à être plus que vigilant sur la route.» Le nombre de points retiré dépend de la nature et de la gravité de l’infraction identifiée par le Code de la route. Le système s’applique sous d’autres cieux, en France par exemple. «La différence avec les pays européens c’est que nous faisons certes le même examen pour avoir le permis de conduire, mais le jour où on remet le carton du permis, il y a un système qui est mis en place avec 12 points dans votre compte. Chaque fois que vous êtes en infraction sur la route, un point est retiré. Tout est informatisé.» 

Le permis à points, solution attendue

Si on avait foi aux discours du ministre des Transports, on serait déjà en train de parler du permis à points au Cameroun. C’est que, au lendemain de l’accident survenu en octobre 2013 sur la route de Tiko causant une dizaine de morts et des blessés graves, Robert Nkili avait annoncé des mesures. Autour d’une conférence de presse, l’autorité en charge des transports s’est voulu menaçant : de désormais, retrait du permis de conduire aux chauffeurs responsables d’accidents de circulation grave, et instauration du fameux permis à points en terre camerounaise. Cette mesure devait entrer en vigueur depuis janvier 2014. Rendu à avril 2015, plusieurs ont oublié cette sortie plutôt folklorique de Robert Nkili. Sans doute que le ministre lui-même n’y songe plus. Certainement qu’il s’est rendu compte de la difficulté de l’application du permis à points au Cameroun. Du moins pour l’heure. Et est resté motus bouche cousue.

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Manque des équipements de contrôle.

«Justement quand le ministre avait annoncé cette mesure, nous, membres de la société civile avions dit que le Cameroun n’a pas la capacité infrastructurelle de gérer le permis à points. Ça demande un coup logistique très puissant», renseigne Martial Manfred Missimikim. Le permis à points «a beaucoup d’avantages. Prenons par exemple le cas d’un automobiliste qui heurte un piéton. Même s’’il s’en fuit, il sera repéré grâce au système informatique, aux caméras mis en place. L’automobiliste en question sera sanctionné.» Nous n’avons pourtant pas les caméras à tous les carrefours, n’est-ce reste que sur l’axe de la mort Douala/Yaoundé. L’interlocuteur rajoute : « Il faudrait qu’il y ait un système de gestion qui a les données de tous les indicateurs à points du Cameroun, à telle enseigne que si quelqu’un commet une infraction à Maroua, il est sanctionné sur le coup. Il faut créer dans toutes les gendarmeries un centre de contrôle des points. Ça nécessite des infrastructures très lourdes, c’est pour cela qu’il est pratiquement impossible de l’implémenter à l’heure actuelle. Le réseau ne fonctionne pas déjà bien. La preuve, quand vous allez souvent dans les banques pour une transaction, on vous dit que la connexion internet est défaillante.» Pour l’expert en sécurité routière, «au lendemain de l’accident de Tiko, Nkili a reçu des propositions parmi lesquelles le permis à points. Au lieu d’y réfléchir, il l’a juste balancé aux médias.» Avant de prendre à la légère la question des accidents de la route, souvenons-nous que 12 personnes en sont victimes chaque jour, selon l’Organisation mondiale de la santé. 3933 morts ont été enregistrés au Cameroun en 2013.

Valgadine TONGA et Franck BAFELI

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