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Abdoulaye Harissou : Le complot depuis la Centrafrique ?

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L’opposant Aboubakar Siddiki et le notaire Me Abdoulaye Harissou ont été interpellés respectivement le 9 et le 27 août derniers. Ils sont gardés dans un lieu tenu secret alors que des questions se multiplient sur les vrais motifs de ces arrestations.

Bientôt une semaine que Me Abdoulaye Harissou a été arrêté. Résidant dans la région de l’Extrême-Nord, l’ex-président de l’Ordre national des notaires du Cameroun a été convoqué mercredi dernier chez le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakary, pour se faire signifier son interpellation manu militari par les agents de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre) aussitôt chargés de le conduire par avion militaire à Yaoundé où il est depuis lors gardé au secret. Le lieu exact de sa détention n’est pas précisé.

Selon divers témoignages, il serait soit à la Direction de la recherche extérieure soit à la Direction de la surveillance du territoire (Dst). Les mêmes sources soulignent que ni son bureau, ni son domicile à Maroua où son épouse tient un restaurant n’ont été perquisitionnés. Nos sources à Maroua indiquent que l’émotion qui s’était emparée de cette ville lorsqu’il a été interpellé est vite  retombée. « On n’en parle plus vraiment ici. C’est peut-être à Garoua dont il est natif, qu’il faut mesurer l’intérêt des gens », apprend-on.

A l’Union démocratique du Cameroun (Udc), parti de l’opposition où le notaire a occupé les fonctions de secrétaire à l’organisation mais surtout de vice-président,  aucune réaction officielle n’a été faite à ce jour. Un cadre de ce parti explique pourquoi : « Me Abdoulaye Harissou avait démissionné de l’Udc. Il a même signé une tribune dans deux quotidiens de la presse écrite pour annoncer cette démission ». Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2004, il a été aux avant-postes de la joute électorale comme coordonnateur dans le Grand Nord de la coalition de l’opposition.

Notaire de Marafa

C’est donc un acteur politique bien connu. Me Harissou est aussi connu comme un proche de Marafa Hamidou Yaya, l’ancien ministre d’Etat chargé de l’Administration du territoire, condamné à 25 ans de prison pour le détournement de fonds publics dans l’opération d’achat d’un avion présidentiel. Ils sont tous les deux originaires de Garoua. Des confrères affirment d’ailleurs que Me Harissou est le notaire de l’ex-ministre. Ses déboires actuels auraient-ils quelques liens avec cette proximité ? Rien n’est moins sûr.

Le gouvernement a visiblement opté pour le mutisme dans cette affaire. En l’absence d’une version officielle toujours attendue, plusieurs sources indiquent que Me Abdoulaye Harissou ferait l’objet d’une enquête pour une tentative de « complot contre la sûreté de l’Etat » à partir de la République centrafricaine. Toutefois, aucune procédure judiciaire n’est lancée contre lui à ce jour. C’est le flou total. On parle d’écoutes téléphoniques compromettantes. Nos confrères de Mutations ont évoqué une filature dans l’entourage du notaire pendant trois mois. Des échanges téléphoniques auraient révélé des contacts avec des responsables de la Seleka qui ont renversé le régime de François Bozizé en République centrafricaine l’année dernière.

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Des contacts opérés en vue d’obtenir « un apport en logistique et en ressources humaines question de déstabiliser le Cameroun à partir de la région de l’Est », écrivaient nos confrères jeudi dernier. Selon nos informations, Me Abdoulaye Harissou aurait rejoint dans les locaux de la Dgre ou de la Dst, Aboubakar Siddiki Bouba, président du parti politique de l’opposition dénommé Mouvement patriotique du salut Camerounais (Mpsc). Ce dernier avait été interpelé le 9 août dernier dans ses bureaux à Bonadibong à Douala, par des hommes encagoulés, sans doute des agents de la Direction générale de la recherche extérieure ou de la Direction de la surveillance du territoire.

Les témoins de cette interpellation affirment que les hommes encagoulés l’ont brutalisé devant ses deux petits-enfants (3 ans et 5 ans). Aboubakar Siddiki Bouba serait lui aussi suspecté de tentative de déstabilisation du Cameroun à partir de la République centrafricaine. « C’est une affaire très grave qui n’a rien à voir avec la politique, encore moins une quelconque persécution des ressortissants du Grand Nord. Il se trouve que lorsque des indices concordants de déstabilisation convergent vers un citoyen ou un groupe de citoyens, l’Etat doit tout mettre en oeuvre pour préserver l’intégrité du territoire », indiquait une source policière citée par nos confrères de l’OEil du sahel, quelques jours après son interpellation.

Lettre ouverte aux députés

L’Upc a dénoncé cette interpellation qui relève, selon ce parti, d’un système visant à semer la terreur au Cameroun : « Que le pouvoir n’instrumentalise pas des événements conjoncturels pour régler des querelles intestines, mater le peuple et se maintenir toujours et encore au pouvoir. » Aboubakar Siddiki Bouba est par ailleurs l’auteur d’une lettre ouverte aux députés de la République du Cameroun pour dire son exaspération suite aux révélations faites depuis la prison par Marafa Hamidou Yaya, dans l’une de ses lettres ouvertes au sujet du crash du Boeing de Camair le 03 décembre 1995.

L’ex-ministre avait fait des révélations sur une « défaillance » et « grossière négligence » dans l’exécution des contrats d’entretien de l’avion sinistré, mais aussi sur une corruption mise à nu autour de ces contrats ainsi que les aveux des principaux acteurs. Faisant écho à ces accusations graves, Aboubakar Siddiki Bouba a demandé « solennellement l’ouverture d’une enquête parlementaire pour faire la lumière sur cette scabreuse affaire afin que les responsabilités soient établies aux fins de :

    1. Indemniser les familles des soixante onze (71) victimes du crash du Boeing 737-200 de la Camair en appliquant le principe du taux de placement bancaire.
  • Reverser le reliquat à notre jeune étoile Camair-Co pour qu’elle brille sur tous les cieux du monde.
  • Traduire en justice les auteurs et complices qui ont résulté en perte de vies humaines, destruction et prévarication de la fortune publique. »

Quatre semaines de détention pour Aboubakar Siddiki Bouba et une semaine pour Me Abdoulaye Harissou. Seront-ils un jour présentés à un juge ?

© Le Jour : Claude Tadjon

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